Gastronomie

Published on juillet 12th, 2014 | by Nathalie Monsaint-Baudry

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Don’t mess with our bread

D’où êtes-vous ? Ce n’est pas exactement la même chose que d’où venez-vous ?
Where are you from? Le Français qui vit ailleurs a plusieurs réponses possibles en tête lorsqu’on le lui demande. Pour faire simple, il dira qu’il vient de France, bien entendu… Mais encore ? Contrairement à ce à quoi beaucoup d’Américains s’attendent, nous ne venons pas tous de Paris.

Combien de fois nous trouvons-nous un peu embarrassés face à cette question pour donner la véritable réponse ? Il y a celles et ceux qui tentent de s’en sortir « par le haut » en répondant être world citizens. Citoyens du monde, certes… Nous qui avons tous vécu à l’étranger savons ce que cela signifie, au fond. Nous finissons tous par savoir fonctionner dans un environnement international et sommes aussi à l’aise à New-York, Sidney ou Pékin. Nous avons le code. Mais venons-en aux faits. Creusons un petit peu. Vous êtes d’où, au juste ?

The Loire River from the Southern Bank - near Nantes

La rivière de la Loire depuis la rive sud – près de Nantes. Photo par Nathalie Monsaint-Baudry

Un Alsacien le dit, un Breton, un Basque, un Corse également. Mais il y a là une grande subtilité. Êtes-vous de la France du Nord de la Loire, ou du Sud de la Loire ? Rive Droite ? Rive Gauche ? Par exemple, si vous êtes de Nantes, vous sentez-vous « Pays de la Loire » ? Ce qui en soi, historiquement parlant, ne veut absolument rien dire. Vous sentez-vous Breton ? Vendéen ? Et puis si vous êtes de Nantes, difficile d’être du Sud-Loire… le Sud vous comprenez, c’est déjà l’annonce de la Vendée. Nantes est une ville coupée en deux : au Nord de la Loire, les ardoises, au Sud, les petites tuiles orangées qui annoncent déjà la mollesse de l’accent, la facilité, le pays de cocagne. Un peu de sérieux, s’il-vous-plaît ! Parce qu’il faut aussi expliquer à l’interlocuteur américain qui ne sait pas dans quoi il a mis le doigt quand il vous a posé cette question innocente : where are you from… in France? En quoi votre langue révèle aussi votre provenance… Pour un Tourangeau, entendre parler le français avec l’accent de Montpellier peut écorcher l’oreille… trop de mollesse, comme si les syllabes en bouche n’étaient pas contenues. Trop de dérapages, d’accents circonflexes prononcés partout. Et puis le mot « pain » se prononce « paing. »

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Sel de l’île aux Moines, Morbihan. Photo par Nathalie Monsaint-Baudry

Dis-moi quel pain tu manges et je te dirai qui tu es
Si vous êtes Breton, vous ferez la différence entre un Finistérien, debout face aux tempêtes de la Mer d’Iroise, et un Morbihannais lové au Sud du Golfe, aussi émollient que lénifiant, le Saint-Tropez de l’Ouest de la France. Si vous êtes Normand, il faudra vous définir soit de la Seine-Maritime, du Pays de Caux, de la Manche, du côté de Barfleur ou du côté de la Hague – faut pas confondre – de l’Orne, de l’Eure, du Calvados… voire du Perche. Nous savons tous inconsciemment qu’il y a une zone d’appartenance à un terroir qui définit un territoire administratif, mais davantage encore. Vouvray n’est pas Montlouis même s’il s’agit du même cépage et même si les deux villes se font face de part et d’autre des rives de la Loire, pas si paisibles que ça. C’est similaire à la fondation de Rome. Le sillon tracé par le soc de la charrue a dessiné la frontière entre ce qui est Rome, et ce qui ne l’est pas, ou ne l’est plus. En anglais, le mot « terroir » fait appel à une paraphrase : the taste of the earth – for lack of a better word. Il y a le sel de Guérande, de Camargue, de Noirmoutier, et les sels d’autres terroirs… Cela reste du sel, ou de la fleur de sel me direz-vous. Ne parlons pas des fromages.

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Pains garnis. Photo par Nathalie Monsaint-Baudry

Je ne mange pas de ce pain-là, ça ne mange pas de pain, c’est du pain bénit, manger son pain blanc en premier, avoir du pain sur la planche, le pain de notre enfance révèle souvent une signature régionale. Êtes-vous plutôt miche, flûte, baguette, bâtard ou ficelle ? pain plié, pain brié en batard court lamé, en feuille, en épi ou en couronne ? à moins que vous ne soyiez fougasse ? ou pain fendu du Berry, pain Marguerite d’Ardèche, pain Pistolet d’Ile de France, pain tordu du Midi-Pyrénées, pain Vivarais de Saône et Loire en losange ? Subrot d’Alsace, pain cordon de Bourgogne, pain Régence de l’Oise en arc de cercle ? Pain collier du Poitou, pain en scie de Lozère, couronne Bordelaise ? Tout cela reste du pain me direz-vous également. Nous sommes loin de la sour dough French baguette. Même si en France, une uniformisation se constate partout aussi. Des labels sont nés de regroupements de moulins : la Ronde des Pains, Banette, Festival des Pains, Baguépi, Campaillette. Ces « marques » qui garantissent à chaque Français de trouver sa baguette 1900, sa Festive ou sa Grand Siècle partout dans l’Hexagone pour faire comme s’il s’agissait d’un pain d’antan. Rassurant. Il y a un vrai désir de retour au bon pain. On sait encore parler mie alvéolée en France. C’est notre pain quotidien.

Quant à la brioche, la seule dite « à tête », elle est forcément Parisienne. Chaque région apporte aussi sa réponse, tressée ou ronde : la gâche vendéenne, le cougnou du Nord, la pogne à la fleur d’oranger, le kouglof alsacien, le gochtial du sud du Morbihan… Vous avez certainement en bouche le goût et la consistance de votre brioche locale. Parce que la brioche a sa place bien à elle, ce n’est plus du pain, ce n’est pas encore du gâteau… nous entrons dans l’univers des viennoiseries, gruau, baguette viennoise, pain au lait. Expliquez aussi cela à un Américain.

Paris et la Province
Un Parisien ne tient-il pas à son arrondissement ? Parce qu’au fond, tout tourne bien autour de sa zone de confort. Le Parisien est attaché à son quartier, sa rue, son boucher, où il peut acheter un vrai poulet de Bresse, de Loué ou de Janzé, voire un poulet noir de Chaland ou même encore mieux une géline noire de Racan. Le Parisien vient encore chercher dans sa boulangerie de quartier le pain qui aura un goût d’antan. Finalement, il vit à peu près comme un Bordelais, un Marseillais, un Lyonnais, un Lillois – oserais-je dire comme un Provincial qui s’ignore ? Mais attention, il ne faut pas confondre. Il ne faut surtout pas le lui dire. Il est quand même Parisien, c’est indiscutable. Il y a Paris… et la Province. L’adjectif « provincial » reste encore connoté péjorativement, même si nombreux sont les Franciliens à vouloir venir s’y installer et nombreux les Provinciaux à devoir vivre à Paris.

Bon, nous ne savons pas trop comment commencer à la décrire, « la Province ». J’y mets une lichette de Lyon, un zeste de Marseille, une bulle de Reims, une goutte de Bordeaux, des miettes de Montpellier, Grenoble, Nice, Strasbourg, Rennes, Brest, Tours, Caen, une pincée de Rouen, Bourges. Vous complétez cette longue liste sans oublier les sous-préfectures pour ne blesser personne. Ainsi se dessine notre territoire. Par association de goûts parfois, ou de chansons. Une ville en appelle une autre. Comme un collier de perles qui s’enfilent. Il y a les villes de destination et les villes que nous traversons parfois sans jamais y faire escale, mais nous savons qu’elles existent et qu’elles font partie intégrante de notre idée de la France. Amiens, Chartres, Albi pour leurs cathédrales, Thiers pour les couteaux, Avignon pour son Palais, Vierzon pour la chanson, le Puy-en-Velay pour les lentilles, Agen pour les pruneaux, Montélimar pour son nougat, Nice pour sa salade, Orléans pour Jeanne d’Arc, Pithiviers pour sa galette éponyme, Dijon pour sa moutarde, Clermont-Ferrand pour Volvic, Toulouse par sa couleur, Nantes par Barbara… Nous savons à peu près où elles se situent par rapport à la ligne de la Loire qui tranche le pays en deux : Nord et Sud. C’est météorologique. Et puis, c’est de bonne guerre, chaque grande métropole régionale aura son quant-à-soi vis-à-vis des autres villes satellitaires. C’est ainsi et ce n’est pas prêt de changer. Et ce n’est pas le découpage régional en cours qui s’esquisse qui fera bouger les lignes profondes.

Radio Nostalgie
Au sens large, zoom arrière oblige, nous sentons-nous tous Français, bien entendu. Tenez, essayez d’expliquer à un Américain ce qu’est un livret de famille, ou bien le concept d’être rattaché à un Ministère (ou détaché)… Nous partageons tous une idée de la France. C’est un pays attachant… Fredonnons quelques airs si cela vous dit sous forme d’interlude. Julien Clerc, capte bien ce vague à l’âme dans Terre de France :

« Nous sommes des gens
Parfois gais
Quand on est triste
Il fait mauvais
Ce sont les choses du temps
Qui ont fait nos tempéraments

Tu peux bien changer de nom
Le visage de tes régions, de nos frontières
Accrocher des fleurs fanées sur nos calvaires,
Sur nos calvaires… »

Tenez, vous souvenez-vous de Lettre à France ? Michel Polnareff vivant longtemps en Californie, met le doigt où ça fait mal : le mal du pays, la nostalgie en grec :
Depuis que je suis loin de toi
Je suis comme loin de moi
Et je pens’ à toi tout bas
Tu es à six heures de moi
Je suis à des années de toi
C’est ça être là-bas
La différence
C’est ce silence parfois au fond de moi

Tu vis toujours au bord de l’eau
Quelquefois dans les journaux…
Tu n’es pas toujours la plus belle
Et je te reste infidèle
Mais qui peut dire l’avenir de nos souvenirs
Oui, j’ai le mal de toi parfois
Même si je ne le dis pas
L’amour c’est fait de ça… […]
Je pense à toi tout bas…

C’est un peu ce que chante Michel Berger quand il dit :
Je veux chanter pour ceux
Qui sont loin de chez eux
Et qui ont dans leurs yeux
Quelque chose qui fait mal
Qui fait mal…

Ainsi sommes-nous faits. Français de l’Étranger, oscillant entre l’ambivalence de vouloir faire bouger les choses en France, et notre désir enfoui de ne pas trop y toucher. Chez nous, la complexité administrative, red tape, s’appelle un millefeuille… C’est pas beau ça ? (le terme, pas les arcanes administratives, vous l’aurez compris !)
Bon, d’où êtes-vous… au juste ?

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About the Author

French born and naturalized American, Nathalie Monsaint-Baudry lived in Italy and in the US - mostly in California - for about twenty years, studying linguistics in Italy, France and the US, art history, film studies and comparative literature. She earned a CAPES in 1990 from the French Ministry of Education. She majored in American Civilization Studies with a Master's degree from the University of Nantes, France. While in Los Angeles, she worked in pre-production and post-production for independent movie directors, films d'auteurs, translating for example, Elia Kazan's Beyond the Eagean with author and filmmaker, Michael Henry Wilson. Upon returning to France, she worked as a cross-cultural facilitator, professor & consultant. She is an essayist and contributor for various French and US magazines. Her articles, work and lectures are attempts to comprehend what happens when two very different cultures, languages, philosophical and aesthetic perspectives are at play within the same person. When the “can do” attitude collides with the Cartesian doubt, when“doing” and “being” are constantly negotiating and debating with one another. When “positive feedback” gets under the scrutiny of the French pique and critique. When simplifying is up against complexifying. She is married, two grown-up children (bi-cultural and multi-lingual), she managed a château in the Loire Valley for 8 years. She just finished restoring a XVth-XVIIth château near Nantes (Western France, by the Loire river), and is currently developing cultural projects combining her love for cooking, painting, music and her French life-style savoir-faire and savoir-vivre along with designing cultural retreats or expeditions to Italy. www.monsaintbaudry.fr http://pinterest.com/highcontext/conscience-esthétique/pins/ www.facebook.com/nathalie.monsaintbaudry



3 Responses to Don’t mess with our bread

  1. CLEARC'H says:

    Très juste, Nathalie ! Tu sais aussi que le Finistère étant une construction administrative, on y distingue le Léonard du Cornouaillais. Et malheur à celui qui confond un Capiste (du Cap Sizun) avec un Bigouden ! En Corse, enfin, on ne te demande pas d’où tu viens, mais qui tu es : « et toi, tu es le petit-fils de qui ? »

  2. Dear Nathalie,
    Can I have your copyright permission to add quotation of your ‘Don’t mess with our bread’ piece to the support handbook I supply to American and British managers who are preparing to work in France?
    The quotation would fully attributed to you as named author, mentioning that it was published on LinkedIn. (The Handbook is not for publication.)
    with my thanks,
    John Twitchin

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