Événements

Published on février 15th, 2018 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Un événement avec l’American Institute for Levinassian Studies à Las Vegas à ne pas manquer !

 

French Quarter Magazine a interviewé Christian Grusq, Président et fondateur de l’American Institute for Levinassian Studies afin de faire un point complet sur le développement de son réseau aux Etats-Unis, sur l’origine et le rôle de l’Institut et discuter d’une conférence à Las Vegas en mars 2018 avec la participation de French Quarter Magazine qui aura pour thème générique “Alterity in question.”

French Quarter Magazine : Bonjour M. Grusq. Faut-il selon vous être féru de philosophie pour ouvrir un centre American Institute for Levinassian Studies aux Etats-Unis ?

Christian Grusq : Bonjour Isabelle Karamoz. Pour ouvrir un institut de philosophie, il faut bien évidemment d’abord aimer cette discipline, et surtout avoir l’envie forte de partager cette passion d’« amour de la sagesse », comme la traduction grecque le propose.

Et même, si je ne pense pas qu’il faille nécessairement être féru de philosophie, au sens académique du terme, je crois certainement que la philosophie est un formidable outil.

S’arrêter de gesticuler un instant en posant un simple regard sur le monde qui nous entoure avec une attention particulière, penser ce que nous y faisons et à la place que nous y occupons, voilà ce à quoi la philosophie peut inspirer des réponses, ou tout au moins des pistes de réflexion.

En fait, l’une des préoccupations essentielle de la philosophie est de prendre le temps de questionner certaines de nos idées quotidiennes tout à fait courantes, communes à chacun d’entre nous et surtout utilisées sans vraiment y réfléchir.

Comme l’historien se pose des questions sur ce qui a eu lieu dans le passé, le philosophe se demande « qu’est-ce que le temps ? ».

De la même manière, à la question de savoir si c’est mal de doubler tout le monde dans une file d’attente, le philosophe demandera «  qu’est-ce qui rend une action bonne ou mauvaise ? »

French Quarter Magazine : Quelles ont été les retombées de l’ouverture de ce centre aux Etats-Unis, lancé il y a plus d’un an ?

Christian Grusq : Nous avons effectivement lancé à Los Angeles cet institut le 1er Mars 2016 à l’Alliance Française de Los Angeles avec l’aide de sa Présidente Isabelle Leroux, et depuis nous n’avons cessé de croître, en organisant aussi des conférences à UCLA, où le Prof Jean-Claude Carron, Directeur Scientifique de l’AILS, y enseigne dans le Département de French and Francophone Studies.

A Los Angeles, nous avons même organisé une conférence dans une galerie d’art sur Melrose Ave et une autre à l’American Jewish University

Notre première série de séminaires en 2016 était sur la Violence, la seconde en 2016/2017 le sujet a été l’Ethique, et nous avons abordé cette 3ème année sur l’Altérité.

Nous avons même eu l’heureuse surprise d’être suivi dans nos travaux par un public d’Amérique du Sud, et notamment du Costa-Rica, du Brésil et d’Argentine, d’où un vrai sens au nom même d’American Institut, donc non limité au seuls publics et universitaires des USA.

French Quarter Magazine : Quels sont les participants et les membres de American Institute for Levinassian Studies?

Christian Grusq : Tout d’abord il est important de préciser que toutes nos conférences sont exclusivement en anglais, et celles et ceux qui y participent sont majoritairement américains.

Notre public est, dans sa grande majorité, quotidiennement très éloigné des questions philosophiques, au sens où ils ne sont ni étudiants, ni universitaires, ni même ayant dans leur activité professionnelle un rapport immédiat à la philosophie. Cela peut évidemment paraître un peu surprenant, cependant l’enseignement de la philosophie n’étant pas aux USA, un passage obligé, comme c’est le cas par exemple en Europe, il y a peut-être un mélange heureux de curiosité et d’intérêt plus profonds.

Je pense qu’ils aiment l’idée de la pensée, que nous acceptons tout le monde, qu’il n’existe pas pour nous de question inutile, et que nos conférences sont aussi très conviviales.

Il n’y a pas pour le moment de membres, je travaille avec une formidable et talentueuse petite équipe et notre intention est d’accroître notre présence dans le champ philosophique américain. Nous voulons d’abord partager et ouvrir le champ de la réflexion ensemble.

French Quarter Magazine : Cela fait plus de 10 ans aujourd’hui que Benny Lévy (1945-2003), fondateur de l’Institut d’études lévinassiennes, nous a quitté. Pouvez-vous nous en dire plus sur lui et sur Emmanuel Levinas (1906-1995) qui est le point de départ de l’Institut ?

Christian Grusq : Emmanuel Levinas n’est pas le point de départ, il est le point de croisement.

L’Institut d’études lévinassiennes, depuis sa création et dans sa forme actuelle, est avant tout une totale création de Benny Lévy – et de lui d’abord – accompagné par deux autres intellectuels français, Bernard-Henri Levy et Alain Finkielkraut.

Né au Caire en 1945, Benny Lévy et sa famille quittent l’Egypte et s’installent à Bruxelles en 1956 où il y est élève au Lycée Français, puis il arrive à Paris en 1963 pour entrer en Hypokhâgne au Lycée Louis Le Grand, et intègre Normale Supérieure, véritable creuset des philosophes français.

Il devient proche et travaille avec le philosophe français Jean-Paul Sartre, jusqu’á sa mort en 1980, lit Levinas, et soutiendra sa thèse de philosophie en novembre 1985 intitulée « Philon d’Alexandrie en regard des Pharisiens » qui sera publié en 1988 sous le titre Le logos et la lettre, portant sur la pensée allégorique de Philon d’Alexandrie, un juif hellénisé, vivant à Alexandrie au début de notre ère, n’ayant accès à la Bible qu’au travers de sa traduction en grec – qui était sa langue maternelle.

Mais le grec est aussi la langue de la philosophie dont elle véhicule, qu’on le veuille ou non, les concepts et les représentations.

Qu’arrive-t-il donc pour la Bible dans cette traduction des versets (la lettre) en propositions philosophiques (le logos) ?

C’est pour Benny, rapporté par lui-même, son choc: «  Le monde a été créé avec des lettres ! »

Parti à Jérusalem en 1995, il y crée en 1996 une Ecole Doctorale dépendant de l’Université de Paris VII (Jussieu), avec des cours et des séminaires de philosophie et de littérature qui ont lieu dans les locaux de l’Alliance Française, et la 1ère année porte sur Levinas, décédé en 1995. Cependant une nouvelle direction de Paris VII décide de fermer son Ecole doctorale, et même l’Alliance Française fermera ses portes en Décembre 1999.

C’est ainsi, que Benny Levy crée l’Institut d’études lévinassiennes au printemps 2000 à Jérusalem avec Bernard-Henri Levy et Alain Finkielkraut, Levinas étant le point de croisement de ces trois philosophes.

Après presque 3 années de succès et d’engouement, Benny décède le 15 octobre 2003.

Début 2004, les activités reprennent rapidement à Paris, sous la direction de son fils René Lévy, philosophe et talmudiste, de Gilles Hanus, professeur de philosophie et l’un des élèves le plus proche de Benny, qui prends la direction des Cahiers d’études lévinassiennes, et d’un petit groupe d’amis et d’élèves de Benny, et pour ma part j’en prendrai la présidence du Comité.

La figure qui a permis à l’Institut d’exister est Emmanuel Levinas, celle dont il porte presque le nom, et le « presque » a une assez grande importance ici : nous ne sommes pas un Institut Levinas.

Levinas reste le point de départ philosophique des trois fondateurs.

Pourquoi Levinas ? Parce qu’il se distingue par une certaine singularité, qui associe trois ingrédients rarement réunis :

– En premier lieu, une présence importante dans le champ de la philosophie en tant que discipline du savoir, et lui-même comme introducteur de la phénoménologie.

– Deuxièmement, une certaine étrangeté dans la monde philosophique français et même européen, constitué essentiellement d’universitaires. Levinas n’était pas un produit de l’Université française, bien qu’il en ait été l’élève et qu’il y ait, finalement, que très tardivement enseigné, alors qu’il était déjà mondialement reconnu.

Emmanuel Levinas venait de Lituanie, a été élevé en russe et n’a appris le français qu’à l’âge de dix-huit ans, pour ses études.

Malgré ce « retard », il s’est imposé comme l’un des philosophes français les plus originaux, aussi pour des questions de style et d’écriture.

– Troisièmement, Levinas était juif et entretenait un rapport particulier aux textes de la tradition juive – tant la Bible que le Talmud – qu’il interrogeait comme penseur et non comme objets de dévotion, réduisant le gouffre séparant dans la langue et dans la pensée, le savoir de la croyance.

Cette triple conjonction particulière a produit un renouvellement dans le champ de la pensée, et c’est ce à quoi nous nous attachons.

French Quarter Magazine : En tant que président et fondateur de American Institute for Levinassian Studies, vous aidez à étendre les activités de l’Institut d’études lévinassiennes (www.levinas.fr) à travers le pays. Les conférences sont uniquement en anglais: tous ceux qui y assistent sont encouragés à participer activement et à exprimer leurs connaissances et leurs opinions. Quels sont vos principaux objectifs liés aux communautés pour l’AILS?

Christian Grusq : Comme vous l’aurez compris, il est d’emblée exclu que l’AILS soit un institut universitaire voué à l’étude savante des thèses de Levinas ou de son œuvre. La volonté première de Benny Levy, que nous nous efforçons de poursuivre, reste celle d’une pensée vivante, d’une pensée se déployant, se faisant.

Cette production d’une pensée ne peut exister que par la confrontation voulue et organisée de plusieurs penseurs de styles et d’horizons très différents sur un même thème annuel. Il s’agit de sortir des conférences académiques convenues, sans pour autant rien sacrifier à la rigueur.

Nous travaillons donc « autour » de Lévinas et non « sur » lui – et la latitude offerte par cet « autour » est immense.

Les thèmes de travail sont traités avec la plus grande liberté, y compris par rapport aux thématiques des textes de Levinas dont elles sont issues.

C’est le sens que nous donnons à l’adjectif « levinassian » qui qualifie les études menées au sein de l’AILS. Tous les thèmes travaillés ont donc un caractère quelque peu décalé par rapport à ce que l’on pourrait s’attendre à trouver même dans un colloque consacré à un penseur. Nous tenons à ce décalage.

French Quarter Magazine : Quelle programmation l’AILS offre-t-elle aux membres ou aux non-membres qui souhaitent rejoindre vos séries de séminaires, conférences, événements et réunions?

Christian Grusq : Nous proposons un séminaire annuel autour d’un thème générique issu de la pensée de Levinas, que nous déclinons, avec environ une conférence par mois, par des intervenants très divers et issus de milieux extrêmement différents.

Nos conférenciers peuvent être écrivains, avocat, physiciens, sociologues, galeriste, universitaires, artistes, médecins, directeur de musée, politiciens, entrepreneurs, etc…et même philosophes… !

Notre seul critère, comme pour ce qui concerne la revue philosophique annuelle que nous publions, n’est pas nécessairement la possession de diplômes mais une parole intéressante, puissante, nouvelle, et surtout sans tourner en rond !

French Quarter Magazine : Pensez-vous que nous devrions tous lire la série d’essais d’Emmanuel Lévinas?

Christian Grusq : Ce n’est pas moi qui vous dirais le contraire, bien évidemment !

Emmanuel Levinas est un philosophe essentiel dans la pensée du XX° siècle, et même aux USA où un bon nombre d’universitaires et de philosophes américains travaillent sur sa pensée.

Levinas a irrigué la pensée de la plupart des philosophes en étant l’introducteur, par la France, du moins l’un des introducteurs principaux, de la phénoménologie, cette nouvelle méthode de réflexion qui constitue le cœur vivant de la philosophie du XX° siècle.

Pour lui, ce qui importe est ce qui apparaît à la conscience. La phénoménologie est « la science de ce qui apparaît à la conscience ».

Alors oui, lisez Levinas, et lisez aussi nos Cahiers d’études lévinassiennes, notre revue, publiée à un rythme annuel, depuis 2002, et qui constitue une chambre de résonance de ce qui se pense chez nous.

French Quarter Magazine : Parlons maintenant de la conférence prévue à Las Vegas en mars 2018 avec la participation de French Quarter Magazine qui aura pour thème générique “Alterity in question.” Pourquoi est-il si important pour les participants de tous genres d’assister à cette conférence?

Christian Grusq : D’abord j’espère que tout ce dont nous avons parlé jusqu’à maintenant sera suffisamment attractif et même éveillera la curiosité.

Las Vegas est un lieu particulier dont le nom est porteur d’une activité particulière qui est le jeu, et tout ce qui s’y décline autour.

Las Vegas est connue comme la capitale mondiale du jeu.

Le thème annuel de l’AILS est l’Altérité, ce qui est autre, tout ce qui n’est pas moi, et pourquoi pas « de moi ».

Qu’en est-il du jeu et de l’action de jouer, le gambling ?

Gagner ou perdre au gambling procèdent de la même manière : une chose extérieure à moi que je prends comme point de jonction et auquel je me donne volontairement: le hasard.

C’est un comportement assez paradoxal, basé sur des pratiques qui pourraient apparaître absurdes, et pourtant accepté et partagé à travers le monde et dans l’histoire humaine.

Cependant, pour le philosophe, il faut aller au-delà du visible, du gambling.

Ce « hasard » est-il une contingence, la possibilité qu’une chose arrive ou n’arrive pas, ou une coïncidence, l’intersection de deux séries causales prenant au dépourvu celui ou celle qui, pour le meilleur ou le pire, se trouvait à leur centre ?

Telle est l’une des raisons pour laquelle aller parler de cela à Las Vegas, confirme ce qu’écrivait le poète français du XXème siècle Paul Eluard « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. »

French Quarter Magazine : Les participants rencontreront-ils certains types d’experts et pourront-ils travailler avec eux en réseau ?

Christian Grusq : Il y aura, je le souhaite, des experts dans des domaines autour du jeu et de la philosophie du jeu, et ce qui devrait être encore plus intéressant, je l’espère, sera d’avoir parmi nous, dans le public, des experts du jeu ayant l’expérience et le vécu de cette recherche du hasard, productrice de cette adrénaline particulière, et que nous pourrons frotter à la lumière de la philosophie, depuis les grecs, et même avant.

Donner et renouveler le sens à tout cela, tel en est l’enjeu.

French Quarter Magazine : Qu’espérez-vous de cette conférence AILS ? (Les présentations, le dialogue entre les participants et les questions posées).

Christian Grusq : Afin de ne pas me répéter abusivement, tout cela à la fois, et aussi faire connaître l’American Institute for Levinassian Studies au public de Las Vegas, et pourquoi pas prendre date pour 2019 !

 

 

 

 


About the Author

was born in the royal city of Versailles, France and have lived in the United States since 1996. After earning a Bachelor's degree in History from the University of California Berkeley and studying for a Master program in education at the University of Southern California, she went on to teach French to aspiring UNLV and CSN students in Nevada. When she is not teaching, she is writing, interviewing people in a wide range of circumstances, pitching story ideas to writers and editors, taking pictures, traveling, painting or trying delicious foods.



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