Gastronomie

Published on juillet 10th, 2018 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

2

A Taste of Paris: Entretien avec l’auteur américain David Downie

L’auteur David Downie. Photo d’Alison Harris.

Je suis ravie de vous présenter l’auteur américain David Downie, originaire de San Francisco, qui a déménagé à Paris au milieu des années 1980. Ses articles de cuisine ont paru dans de nombreux magazines et journaux du monde entier et Downie tient à partager Paris avec ses lecteurs. Il a écrit plusieurs livres de non-fiction sur Paris, parmi eux « Paris, Paris: Journey into the City of Light » ; « Paris to the Pyrenees; and A Passion for Paris: Romance and Romanticism in the City of Light » et son dernier livre: « A Taste of Paris: A History of the Parisian Love Affair with Food, » une histoire culinaire délectable de la capitale gastronomique du monde.

 

French Quarter Magazine : Pourquoi être venu à Paris ?

David Downie : Trop de raisons pour les énumérer toutes ! Parmi elles, un désir de vivre dans une belle ville historique où la qualité de la vie est excellente. Où j’ai des amis qui sont intéressés par autre chose que gagner de l’argent et grimper l’échelle sociale, un endroit où je pouvais commencer une nouvelle vie en écrivant sans que ça me coute trop cher. Je n’avais pas besoin de voiture, je pouvais avoir une assurance maladie et une retraite et j’avais le sentiment que la démocratie sociale fonctionnait bien. La folie de l’ère réactionnaire de Reagan était loin. J’ai aussitôt intégré le système français – sécurité sociale, impôts, retraite, santé –et c’est une des meilleures décisions de ma vie. Bien sûr, j’aimais aussi le vin et la nourriture !

French Quarter Magazine : Qu’est-ce que vous aimez le plus à Paris, maintenant c’est que c’est votre résidence ?

David Downie : A peu près les mêmes choses que j’aimais il y a 30 ou 40 ans. On peut y être marginal, se consacrer à l’art ou la littérature et ne pas gagner beaucoup d’argent, être soi, être ouvert avec un esprit critique et ne pas avoir à prétendre tout le temps que tout est beau et grand et merveilleux et positif – l’optimisme institutionnalisé et l’incapacité des américains à accepter leurs émotions est extraordinairement factice et ennuyeux.

French Quarter Magazine : Quand vous êtes arrivé à Paris, qu’est-ce qui vous a impressionné le plus ?

David Downie : Le sens de l’histoire, le respect pour la culture et la bonne vie. Aussi, avoir la liberté de ne pas avoir de religion. En Amérique, nous avons la « liberté de religion ». Alors qu’en France, on est libre de ne pas en avoir. Quel soulagement ! Et « intellectuel » n’est pas une insulte, alors que dans l’Amérique de Reagan, le mantra était « la cupidité est positive ». C’est revenu à l’ordre du jour avec l’ère lamentable du président actuel. Je m’abstiendrai d’autres commentaires.

French Quarter Magazine : Qu’est-ce que vous a décidé à écrire « A Taste of Paris » ?

Le nouveau livre de David Downie : A Taste of Paris.

David Downie : Je suis un écrivain professionnel, c’est comme ça que je gagne ma vie. C’est mon 14eme livre publié. Ce qu’il contient et son inspiration viennent du passé, de mes premières promenades dans Paris dans les années 70 et 80. Depuis longtemps, j’ai vu cette ville en termes de « topographie gastronomique », ce qui coïncide pour la plus grande part avec l’histoire de la ville et son expansion vers l’extérieur, comme une spirale ou une coquille d’escargot. L’histoire est très riche et pour moi infiniment fascinante. Alors après plusieurs décades d’écritures sur Paris, son histoire, sa nourriture, j’ai décidé de prendre toutes ces fils et de les tricoter ensemble en quelque sorte, pour parler de l’histoire d’amour plusieurs fois centenaires des parisiens avec la nourriture et le vin. C’est une célebration, une autobiographie, une aventure urbaine.

French Quarter Magazine : Quelle est l’une des choses les plus intéressantes que vous ayez appris lors de vos recherches pour votre livre « A Taste of Paris » ?

David Downie : Juste à quel point la gastronomie française depuis le début est venue ou a été fortement inspirée par l’Italie. C’est incroyable. Même les plats préférés et les plus connus d’aujourd’hui sont en fait d’origine romaine ou Italienne. J’ai l’impression que mes lecteurs français ne sont pas ravis de cette révélation !

French Quarter Magazine : Quel est le rôle du critique gastronomique aujourd’hui quand chacun peut être un critique (Trip advisor, Yelp, etc…) ?

David Downie : Je suppose que l’on peut se demander d’une façon générale quel est le rôle du journalisme, ou de la science politique, ou de la photographie quand chacun peut être un expert de salon en science politique, photographie ou journalisme. Le monde a désespérément besoin de vrais experts. Si vous étiez malade, iriez-vous voir un gourou bien noté par Trip advisor ou Yelp, ou iriez-vous voir un médecin ou un chirurgien avec des diplômes et du savoir-faire ? Le désastre politique en Amérique aujourd’hui est le résultat de l’amateurisme : les électeurs ont préféré un « outsider » à un politicien professionnel. Et regardez le résultat ! Comme la plupart des journalistes et critiques sérieux, j’ai passé des années à être vieux jeu et à vérifier tout ce que j’écrivais avant de publier un article ou un livre. Maintenant, chacun fait comme il veut, et il en résulte une prolifération de verbiage inutile bon à mettre à la poubelle. Ramenez les professionnels, s’il vous plait ! Les critiques ont besoin de savoir comment écrire mais aussi comment manger, comment interviewer, comment vérifier vos sources, poser des questions difficiles, aller dans les coulisses, etc. Je ne peux même pas vous dire combien de critiques improvisés complimentent de la nourriture absolument immangeable. C’est choquant.

French Quarter Magazine : Si vous parliez à quelqu’un qui n’a aucune idée de ce qu’est la cuisine française, comment la définiriez-vous ?

David Downie : C’est une question à la fois fascinante et impossible à répondre. J’aurais besoin d’un livre entier pour le faire ! Je pourrais dire que la cuisine française est le résultat de siècles, de millénaires d’influences réciproques, d’essais et d’échecs, de la fusion de traditions culinaires paysannes, bourgeoises et aristocratiques. C’est un mélange très complexe de cuisines plurielles qui s’ajustent les unes avec les autres, qui reflètent l’état des régions et des conditions socio-culturelles du pays au bout d’un certain temps. Il se trouve aussi que c’est une des premières cuisines du monde, pas la première, une des premières. Mais elle offre des douzaines de merveilleux classiques et aussi une tendance à expérimenter (parfois de façon excentrique) qui passionne et met l’eau à la bouche des gourmets et des « foodies ».

French Quarter Magazine : Les restaurants de Paris sont-ils meilleurs ou pires si vous comparez avec votre arrivée ?

David Downie : Ni pire ni meilleure, certains sont merveilleux et l’ont toujours été, et il y en a d’autres – destinés aux touristes ou aux prétentieux de la jet-set – qui sont remarquablement horribles. Je dirais que le point le plus bas a probablement été atteint il y a 25 ans ; la qualité des ingrédients s’est beaucoup améliorée ces dernières années. Aussi, on trouve beaucoup de jeunes chefs inspirés, qui en ont assez des filières industrielles de provenance des ingrédients et des préparations. Alors, l’un dans l’autre, je pense que l’on mange aussi bien et peut-être même mieux qu’il y a 40 ans. Il faut aussi penser au-delà du secteur des restaurants habituels – le secteur comprend aussi le pain, les pâtisseries, les légumes, les marchés etc. Ce secteur est très vivant.

French Quarter Magazine : Quel est votre quartier préféré à Paris ? Votre restaurant du coin préféré ?

Le Marais. Photo de Nexity Conseil et Transaction.

David Downie : Je ne suis pas sûr que j’aie un quartier préféré. Je pense que j’ai des coins préférés dans certains quartiers. La plupart d’entre eux sont dans le centre historique de la ville, je dois dire, et j’ai un penchant pour le Marais où je vis depuis 30 ans.

En ce qui concerne mon restaurant préféré, si je vous le dis, je ne pourrai plus y avoir une table ! Mon conseil : lisez mon livre – vous y découvrirez les endroits que j’aime et aussi ceux que j’évite. En toute franchise, je vous dirai que je préfère les endroits traditionnels, les bistros, les brasseries, et les cafés. J’ai diné dans beaucoup, beaucoup d’établissements étoilés et hauts de gamme et j’ai bien peur que ce style ne m’impressionne plus beaucoup, bien que je respecte le talent et le savoir-faire de ceux qui y travaillent et je n’ai aucune hostilité a leur égard.

 

Cet article a été traduit en français par Anne-Cécile Baer Porter.

 

 

 


About the Author

was born in the royal city of Versailles, France and have lived in the United States since 1996. After earning a Bachelor's degree in History from the University of California Berkeley and studying for a Master program in education at the University of Southern California, she went on to teach French to aspiring UNLV and CSN students in Nevada. When she is not teaching, she is writing, interviewing people in a wide range of circumstances, pitching story ideas to writers and editors, taking pictures, traveling, painting or trying delicious foods.



2 Responses to A Taste of Paris: Entretien avec l’auteur américain David Downie

  1. Tu-Oanh says:

    Nice interview Isabelle! Have you read The New Paris by Lindsey Tramuta? I’d also recommend Pancakes in Paris by USC alum Craig 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


CAPTCHA Image
Reload Image
Back to Top ↑