Art & Culture

Published on novembre 21st, 2018 | by Laurence de Valmy

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Adelaide Damoah: une réinterprétation moderne et féministe des anthropométries d’Yves Klein

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Le premier regard sur les œuvres de body printing réalisées par Adelaide Damoah évoque immédiatement les performances anthropométriques d’Yves Klein des années 1960. Là où Klein a créé des peintures grâce à des modèles féminins (blancs) utilisés comme pinceaux vivants dans sa couleur bleu emblématique, le travail de Damoah et ses performances sont une réponse féministe à son travail. En effet, elle devient la créatrice et l’actrice des peintures alors que les modèles de Klein étaient des assistantes passives.

yves klein

Les créations de la jeune artiste britannique d’origine ghanéenne mixent des influences africaines et occidentales et soulignent des questions sociales telles que la race, la sexualité ou l’identité et utilise son corps comme point de départ. Elle se définit comme peintre et artiste performeuse. «La peinture et la performance sont liées. Quand je peins, je performe et quand je performe, je peins». Elle combine ses impressions corporelles avec des collages d’images du passé et du présent ainsi que des textes en anglais ou en ses langues maternelles ghanéennes.

Sa carrière actuelle est le résultat direct de son parcours personnel: après avoir obtenu son diplôme en biologie appliquée, elle a ensuite travaillé dans l’industrie pharmaceutique. Après de nombreuses années de douleur chronique, elle a été diagnostiquée comme souffrant d’endométriose. Le temps passé en convalescence lui a permis de se développer en tant qu’artiste tout comme Frida Kahlo dont elle revendique l’influence. Ses racines africaines et leur héritage resteront au cœur de ses prochaines aventures artistiques «Je veux continuer à emmener mon travail plus loin».

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Quels sont selon vous, le plus et le moins d’avoir eu une carrière antérieure avant d’être artiste ?

C’est une bonne question que je l’on ne m’a jamais posée comme telle ! Évidemment, cela dépend de votre carrière antérieure. En ce qui me concerne, je travaillais dans l’industrie pharmaceutique et j’avais une formation de haut calibre dans les domaines de la vente, de la communication, des techniques de présentation… ensuite j’ai eu la pratique de la discussion avec les médecins et d’apprendre à gérer les objections et les refus sans se décourager. Tout cela a été une bonne formation qui m’a formée pour avoir la ténacité et la volonté de continuer quand les choses sont difficiles. Cela m’a aidée à avoir les nerfs solides. Ensuite le fait de ne pas avoir eu de formation artistique académique, fait que j’ai probablement mis plus de temps à acquérir ces compétences, même si je pratiquais depuis l’âge de 16 ans. Mais d’un autre coté, ne pas avoir cette formation m’a libérée et m’a aidée à réfléchir en dehors des sentiers battus. Je fais ce qui vient naturellement et me convient comme artiste.Screen Shot 2018-11-19 at 11.37.57 AM

Quelles ont été les étapes pour atteindre cet objectif d’être artiste ?

Cela ne s’est en effet pas fait du jour au lendemain… ma naïveté et le fait de ne rien connaître du monde de l’art m’a aidée dans un sens car, une fois ma décision prise, j’ai assisté à une conférence professionnelle remplie de millionnaires parce que c’était ce que je savais faire ! Je me suis donc présentée en 2005 avec mon portfolio et mes cartes de visite dans le but de vendre des œuvres. J’étais naïve et je ne savais pas si mon travail était bon ou pas !

Cela m’a permis de rencontrer un homme d’affaires, Emile, qui pensait que j’étais prête à faire une exposition personnelle alors que je n’étais pas du tout sûre de l’être ! Suite à cela, nous avons eu quelques réunions et, rapidement, il m’a présenté à des personnes qui m’ont aidée à concevoir mon site internet et nous avons organisé une exposition. C’était dans l’espace d’un créateur de vêtements pour hommes qui était ami avec Emile. L’espace était magnifique et ressemblait à une galerie d’art. Il a eu des sponsors pour l’exposition, ma sœur m’a aidée pour les relations publiques et j’ai eu beaucoup d’interviews et de reportages de la presse. C’était donc mon premier pied dans la vie d’artiste professionnel. À partir de ce moment là, j’ai continué à organiser mes propres expositions, avec l’aide de nombreux amis, bien sûr.

Vous êtes membre du  BBFA (Black British Female Artists Collective)Comment avez-vous rejoint le groupe et quelle est sa mission?

Cela a commencé en 2015 grâce mon amie Enam Gbewonyo, fondatrice du collectif. Elle m’a invitée à les rejoindre et comme je crois vraiment en la collaboration et les relations j’ai dit oui ! Son objectif est de fournir une plate-forme aux artistes femmes émergentes de la communauté pour présenter leur travail et faire savoir au monde entier qu’elles existent.Screen Shot 2018-11-19 at 11.36.40 AM

Vous êtes l’une des artistes de l’agence MTArt fondée par la française Marine Tanguy, comment avez-vous commencé à travailler avec eux ?

C’était le résultat d’une interview. En 2017, j’ai rencontré Roby Wilton, qui travaillait avec Katrina Alexa, co-fondatrice de l’AWITA (Association of Women in the Arts). Pendant que je discutais avec Roby, mon assistante discutait avec Katrina. Une fois l’entretien terminé, nous avons fait connaissance et avons rapidement commencé à collaborer. Elle m’a aidée à travailler sur ma communication entre autres choses. Un jour, elle m’a invitée à l’ouverture d’une installation réalisée par MTART au London Bridge, où elle m’a présentée Marine Tanguy, fondatrice de MTArt. Nous sommes restées en contact et lorsque j’ai présenté ma performance à l’exposition Unfold Space pendant la semaine Frieze en 2017, Marine est venue me dire qu’elle aimait mon travail. Quelques mois, nous travaillions ensemble.

Quelle est l’importance des médias sociaux pour vous?

Quand j’ai commencé en tant qu’artiste, les médias sociaux devenaient très importants et j’étais sur Facebook et MySpace depuis le début. J’ai fait beaucoup de rencontres via les médias sociaux et j’ai commencé à travailler de plus en plus avec des artistes et à aller à des expositions. J’ai aussi commencé à interviewer des artistes et des galeristes. Tout ce processus de création de relations avec les gens et de partage avec eux m’a vraiment aidée et a accéléré mon parcours. J’ai aussi beaucoup appris grâce à Katrina Alexa qui m’a aidée à adopter une approche stratégique d’Instagram. J’ai réalisé que dans le monde de l’art, les gens veulent consulter votre Instagram avant votre site Web. Il doit donc être aligné sur votre esthétique et refléter votre travail.

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Vous venez de terminer votre exposition personnelle Genesis à Londres. Quels sont vos projets à venir?

Je travaille sur différents projets ; L’un d’eux est une sculpture à partir de l’image de mon arrière grand-mère que j’utilise à plusieurs reprises dans mon travail. J’ai aussi d’intéressantes collaborations à venir : une avec une société scientifique et une autre avec une société artistique. A côté de cela, je veux continuer à emmener mon travail plus loin. J’ai récemment travaillé sur une série pour une exposition à la galerie Different de Londres sur les femmes de Picasso. La plupart des informations les concernant ont généralement été négatives et en faveur de Picasso, alors qu’il les traitait mal. Le travail que j’ai fait pour cette exposition était un peu différent et je veux pousser plus loin cette nouvelle technique. En termes de sujet, je pense travailler sur l’histoire du christianisme dans mes familles en particulier et dans l’histoire de l’Afrique en général et à la façon dont cela a changé les choses là-bas. Je suis vraiment intéressée à revenir avant la colonisation et à creuser le sujet des pratiques spirituelles d’alors et où elles se trouvent maintenant. Je ne sais pas combien de temps cela me prendra, car c’est un sujet vaste mais important pour moi.

Contact

adelaidedamoahart.com

instagram.com/adelaidedamoah

facebook.com/AdelaideDamoahArtist


About the Author

is a French born artist, who lives and works in New York Great area. She is a painter creator of the POST series, painted Instagram of the past revisiting art history. She was awarded an Artist Residency by the Eileen Kaminsky Foundation (ESKFF) at Mana Contemporary,NJ in 2017. She created the blog "The Curious Frenchy" and is a now contributor to French Quarter Magazine. https://www.instagram.com/laurencedevalmy/



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