Art & Culture

Published on mai 10th, 2015 | by Julie Chaizemartin

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Charles De La Fosse, l’inconnu de Versailles

Tant d’éloges et de critiques ont été faites à propos de la réalisation de la chapelle royale de Versailles, la plus célèbre étant celle de Saint-Simon, qui s’écrie quand il voit l’ensemble architectural et peintural du lieu : ” Cette belle chapelle de Versailles, si mal proportionnée, qui semble un enfeu par le haut et vouloir écraser le château. ” Mais aujourd’hui, ce sont bien des millions de touristes, qui ont oublié Saint-Simon et qui admirent, les yeux écarquillés, la magnificence voulue par le seul désir d’un monarque aux ambitions démesurées.

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Charles de La Fosse. Photo by Wikimedia.org.

Et l’on se dit : “Et si l’on visitait encore une fois Versailles ?” Parce qu’on ne l’a peut-être pas bien regardé ce château, on est peut-être passé à côté de peintures nichées au sommet des plafonds, au creux des écoinçons, assombries par le temps, noyées dans la profusion d’or et de stucs. On ne s’en lasse pas, me direz-vous, de visiter Versailles, mais cette fois-ci, on porterait une attention particulière à l’un des grands peintres de Louis XIV, Charles de La Fosse, longtemps oublié et mésestimé, et dont le nom a été occulté par d’autres, les Le Brun, Lemoyne, Rigaud, Jouvenet… Une exposition actuellement le fait sortir de l’ombre, comme l’indique Béatrix Saule, directrice du musée : ” De voir toutes ces oeuvres rassemblées, on a une vision extraordinaire du peintre. C’est une vraie découverte. ” Car, si Charles de La Fosse est le plus méconnu des peintres du Roi Soleil, c’est que plusieurs de ses grands décors réalisés pour des commandes privées ont disparu. Il ne reste aujourd’hui que quelques esquisses du maître et plusieurs peintures à l’huile, dont beaucoup sont issues de collections particulières. Mais surtout, ce sont ses grands décors pour Versailles, qui témoignent de son talent extraordinaire de coloriste, et qui le font aujourd’hui passer de l’inconnu de Versailles à l’invité d’honneur du château. Un juste retour des choses quand on pense qu’il vécut 80 ans et ne cessa jamais de peindre, pour le roi, mais aussi pour les Tuileries, pour les Invalides, pour la Grande Demoiselle (cousine de Louis XIV) et pour le château aujourd’hui détruit de Marly…

Dans le château de Versailles, sur les pas de Charles de La Fosse

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Plafond du Salon d’Apollo, peinture de Charles de La Fosse. Photo par www.crcv.revues.org.

Arrêtons-nous un instant sous le plafond du salon d’Apollon, qui vient d’être restauré, dans le Grand Appartement du Roi, et qui dévoile enfin les nuances de couleurs utilisées par l’artiste. Regardons le Char d’Apollon s’envoler dans un tourbillon de nuages aux teintes roses et mordorées. Une délicatesse de la palette, un cadrage dynamique et une sensualité qui annoncent déjà la légèreté et les audaces du XVIIIe siècle. Charles de la Fosse n’hésite pas à utiliser les coloris qu’il a vus chez Titien et Véronèse lors de son voyage en Italie, à Rome et à Venise, entre 1659 et 1664, comme le montre également à merveille la peinture du Sacrifice d’Iphigénie au-dessus de la cheminée du salon de Diane, quelques mètres plus loin. Mais, dans ce tableau, on perçoit surtout ce que le peintre doit à Rubens dont il admirait par-dessus tout la peinture, qu’il découvrit un jour de l’année 1675, dans la collection du duc de Richelieu. La Fosse devient ainsi un des tenants du coloris face aux défenseurs du dessin incarnés à cette époque par Philippe de Champaigne. Deux postures, deux écoles, qui donnent lieu à une querelle, et qui voient finalement le coloris sortir vainqueur, signant l’entrée dans un XVIIIe siècle friand d’idées nouvelles.

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La résurrection du Christ par Charles de la Fosse, peinture dans le mi-dome au dessus de l’organe de la Chapelle Royale, Palais de Versailles. Photo par www.versaillestovictoria.com.

La visite se poursuit au Grand Trianon, dans le salon des malachites, où l’on peut admirer Apollon et Thétis et Clythie changée en tournesol, deux tableaux de chevalet, encore mythologiques, au service de l’image du roi, mais dans une atmosphère plus intime. Il s’agit ici d’une peinture raffinée, pour la sphère privée du monarque, qui raconte avec sensualité les amours des dieux. Enfin, son Grand oeuvre se trouve dans le cul-de-four de l’abside de la chapelle royale, où il peint La Résurrection du Christ, un Christ triomphant accompagné d’une nuée d’anges. Les leçons apprises de son maître, Charles Le Brun, sont toujours là, bien acquises, mais avec cette touche personnelle en plus, qui rend ses réalisations moins pompeuses, plus ” rococo ” même, avec ses enroulements scénographiques de nuages, d’anges, de putti, et le place parmi les artistes préférés des années fin de règne du monarque.

Les dernières années de Charles de La Fosse sont marquées par sa fréquentation assidue du salon du financier Pierre Crozat, rue de Richelieu à Paris, qui était alors le coeur vibrant de la vie artistique et intellectuelle de la capitale. C’est là qu’il se lia notamment d’amitié avec Watteau, et qu’il croisa peut-être le comte de Caylus et plusieurs grands collectionneurs. Une société nouvelle dont il vit les prémices et dont sa peinture annonçait déjà les lignes gracieuses et la lumière éclatante.

L’exposition, encore visible jusqu’au 24 mai 2015, se targue ainsi d’être la première rétrospective du peintre qui était considéré de son temps comme le plus grand décorateur au service de la cour. Une belle occasion de revoir Versailles !

Photo d’Entête: Charles de La Fosse de www.lefigaro.fr


About the Author

Historienne de l'art et journaliste. Diplômée en droit et en histoire de l'art à la Sorbonne et à l’École du Louvre, Julie collabore à plusieurs magazines sur des sujets historiques et culturels. Elle a également créé en 2011 un fonds de dotation qui soutient des projets de sauvegarde du patrimoine à l'étranger (en collaboration avec l'UNESCO) et est l'auteur du livre "Ferrare, joyau de la Renaissance italienne" publié en 2012 (éditions Berg International).



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