Art & Culture

Published on janvier 15th, 2016 | by Anne-Fleur Andrle Stephan

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“Dessine-moi un Parisien” …

Quand nous avons quitté la France pour nous installer aux Etats-Unis, il y a environ cinq ans, mon mari et moi avons organisé une soirée d’au revoir dans un petit bar du centre de Paris avec nos amis et notre famille. C’était enfin le grand jour. Nous devions nous envoler le lendemain à l’aube. Mon mari était heureux de « rentrer à la maison » (il est américain), et moi alors que j’étais très heureuse à l’idée d’écrire un nouveau chapitre de ma vie, j’avais des trémollos dans le ventre et étais très émue. Nous avons passé une soirée extraordinaire avec toutes les personnes qui nous ont rejoint pour la fête en nous rappelant tous ces moments fous et étranges passés en France, soit dans ma ville natale, Brest, ou encore à Paris, où je vivais à l’époque. Ce sont des moments que je chéris encore aujourd’hui. Nous nous amusions alors à imaginer la vie qui nous attendait aux Etats-Unis. A l’époque, nous déménagions à Buffalo pour nos études, dans l’état de New York : pays des chicken wings, des tempêtes de neige et des chutes du Niagara.

Alors que j’étais attristée par ces au revoirs, je savais que je reviendrais d’une manière ou d’une autre. Et je l’ai fait. Mais revenir en tant que « visiteur » ne sera jamais pareil à un local qui vit chaque jour de l’année dans un lieu en particulier. Et c’est aussi vrai quand on connaît bien la ville mais que l’on a décidé de s’expatrier ailleurs. Habiter quelque part constitue une sorte de contrat stipulant que l’on sera là pour les bons comme pour les mauvais moments. Habiter quelque part veut dire que l’on garde cette force d’improviser et d’être spontané, tandis que visiter (et je sais que mes amis expatriés seront d’accord avec moi) veut dire sans cesse avoir un emploi du temps chargé permettant de « voir tout le monde » et de passer du bon temps. Honnêtement, cette spontanéité me manque : envoyer un texto à ma sœur et la retrouver dans notre café préféré avant d’aller faire nos achats de Noël ensemble, organiser une soirée raclette avec mes amis sans pour autant organiser tout ceci pendant des mois ni avoir à économiser (pour le billet d’avion ou même pour le fromage !), me rendre chez Ladurée avec mon Papa pour acheter et déguster des macarons, trouver un nouveau hammam avec ma Maman ou encore essayer un nouvel Happy Hour avec mes frère et sœurs (et finir par fermer le bar nous-même). La spontanéité de ces rassemblements en augmente encore leur qualité, et ça a tendance à me manquer.

Cependant… si je ne vivais pas si loin, je ne sais pas comment serait ma vie. On a tous tendance à idéaliser nos souvenirs. Je lisais l’autre jour quelque part une définition de la nostalgie « Sentiment qui nous fait croire que tout était mieux avant ». Je sais bien que ce n’est pas vrai et je refuse de vivre avec une telle négativité en tête en permanence. Finalement, savoir que je n’ai pas ce luxe de « spontanéité physique » m’a rendue amoureuse du temps : je chéris chaque moment, je ne perds plus mon temps et savoure chaque minute de ma vie. Je fais de mon mieux pour partager mes sentiments et émotions, mes bons comme mes mauvais passages comme dans un livre, et je sais tout ceci pour être plus humaine. En effet, je réalise que l’on tend à surprotéger : nous-même, nos enfants, nos maisons, nos voitures, etc. Je voudrais que nous soyons plus humain. Je nous souhaite de laisser fendiller cette enveloppe protectrice dont nous nous recouvrons en permanence et d’en sortir de temps en temps, pour montrer au monde qui nous sommes vraiment. Voilà ce que je nous souhaite pour 2016. Je pense sincèrement que l’humanisation de nos relations – personnelles comme professionnelles – est la clé de l’empathie et de la fraternité, et que cela devrait ultimement nous amener à plus de paix. Et qu’est-ce que nous avons besoin de paix… !

Cela peut paraitre un peu étrange comme article, un peu différent. Je suis entièrement d’accord. En cherchant à « m’humaniser », j’ai décidé de me confier de cette façon. J’espère que vous ne m’en voudrez pas.

Si vous regardez les informations, les lisez ou les écoutez, et vous demandez ce qui s’est passé en France en 2015, il y a de grandes chances que vous ayez encore en tête ces attaques immondes qui ont secoué notre pays en janvier et en novembre. Inutile de préciser qu’en tant qu’être humain, j’ai été choquée. Inutile de préciser qu’en tant que française, j’ai eu peur. Inutile de préciser qu’en tant que parisienne, j’ai été blessée. Inutile de préciser qu’en tant qu’expatriée je me suis sentie très loin de ma famille, la France. Trop loin. Appartenir à un pays, c’est finalement comme faire partie d’une grande famille : je veux être là dans les bons et les mauvais moments.

Mais pensons à tout ceci, et alors que nous nous souvenons encore avec émotion de ces héros modernes tombés trop tôt, prenons un moment pour nous rappeler de cette fraternité et de cet amour, qui ont été les réactions ultimes des parisiens et du peuple français. Non ! Si vous vous promenez place de la République – place devenue le point de ralliement des amoureux de la France – les passants et badauds attroupés ne vous parlent pas de haine ni de guerre, non ! Ces personnes vous parlent de liberté, vous dessinent l’Amour, le chante ou encore débattent avec passion de la vie !

Nos cœurs encore ensanglantés, dont les blessures cicatriseront un jour, débordent d’amour. L’autre jour, j’étais au téléphone avec ma Maman pendant qu’elle marchait dans la rue. Pendant que nous discutions, elle n’a pas fait attention à son itinéraire et s’est retrouvée devant le Bataclan. Elle m’a dit qu’elle n’arrivait pas simplement passer devant, et qu’elle avait besoin de s’arrêter et de se recueillir. Imaginez-vous que les Archives Nationales récoltent régulièrement les dessins, poèmes, lettres ou autres formes d’amour déposés devant ces lieux tristement célèbres afin de les préserver, et que malgré cela il n’y a plus de place pour en déposer d’autres tellement les parisiens, français et autres terriens continuent à venir montrer leur soutien et amour ? Pouvez-vous croire que plusieurs personnes viennent simplement chaque jour jeter les fleurs fanées et rallumer les bougies devant ces mémoriaux ? Cela m’avait déjà frappé plus tôt en 2015 lors que j’étais passée par hasard devant l’hypercasher de la porte de Vincennes, puis devant les bureaux de Charlie Hebdo : plusieurs mois après ces barbaries, l’amour était partout.

Regardez cette vidéo, extraite de la cérémonie d’hommage national aux victimes de novembre et écoutez cette chanson « Quand on a que l’Amour » de Brel :

Tout est dans les paroles : « Quand on a que l’amour pour parler aux canons ». C’est ça qui est ressorti de ces terribles évènements : l’Amour. Nous savons être si forts, si unis et si humains lorsque nous souffrons. Mon cadeau à toutes ces victimes est que je veux essayer de faire durer cette humanité.

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Dessine-moi un Parisien d’Olivier Magny. Photo par Amazon.

Le quotidien Le Monde a décidé de publier les portraits des victimes de novembre, chaque jour. Ces portraits sont extraordinaires, ils étaient nos amis, nos profs, nos parents, nos voisins, et les vies de ces personnes – bien que beaucoup trop courtes – sont belles. Les mots me manquent… Ces publications sur les réseaux sociaux du journal sont sans fin. Aujourd’hui nous sommes le 3 janvier 2016, plus d’un mois et demi après les attaques, et toujours ces portraits qui nous font pleurer. On m’a dit l’autre jour « C’est dingue, j’aurai aimé être amie avec chacun d’entre eux », car oui ! Ils étaient « la crème de la crème », notre crème de la crème, peut-être parisiens parmi d’autres mais d’incroyables amoureux de la vie et de grands êtres humains.

C’est pourquoi, pour honorer ces mémoires de parisiens partis trop tôt, je veux vous recommander ce livre, plein de rires et de sarcasme mais mine de rien assez précis. « Dessine-moi un parisien » est un petit livre organisé par chapitres de deux à trois pages, décrivant des aspects très concrets et pratiques de la vie d’un parisien. Le tout avec un grand sens de l’humour. Dans chacun de ces chapitres, l’auteur Olivier Magny (100% parisien lui-même) propose une description d’un thème en particulier, suivi de deux petits sections : le « conseil utile » et le « parlez parisien ». Une grande amie me l’a offert en 2011 lors de mon départ de France, et je suis toujours heureuse – et encore plus aujourd’hui – de le rouvrir et de rire en lisant l’acidité et le second degré de ces quelques mots.
Lisez ces quelques mots décrivant ce petit chef d’œuvre sur Amazon : « Difficile de définir un Parisien. Habitant de la capitale : trop réducteur. Râleur invétéré : trop généraliste. Comme celui-ci se définit avant tout par ce qu’il aime, mais surtout ce qu’il n’aime pas, par ce qu’il fait, mais surtout ce qu’il ne fait pas, Olivier Magny dresse une liste exhaustive et tout à fait subjective des Must parisiens. Et tout y passe : des trois façons d’être cool (iPhone, converse, sushi), aux «p’tits week-ends en province qui font trop du bien », en passant par les joies indicibles du « café gourmand » ou le « J’adore l’accent du sud ». Autant de réflexions drolatiques, ponctuées d’exemples vibrant de réalisme et d’expressions typiques employées par le sujet d’étude. Au programme : Mauvais esprit et mots d esprit, porté par un auteur 100% parisien, qui manie à la perfection l’auto dérision. »

Parce que nous sommes tous parisiens et qu’il ne faut pas oublier de rire, je vous le recommande !
Et que 2016 nous rende tous plus humains ! Bonne année.

[1] Appelé “Dessine-moi un parisien” en français. Un blog à l’origine: http://www.o-chateau.com/stuff-parisians-like/full-list-of-stuff-parisians-like.html


About the Author

Coming from the "Far west" of France, Anne-Fleur grew up in Finistere (Brittany). Currently working in the hightech industry, she represents a French company specialized in smartglasses apps in the US. Engineer by training and based in Boston, she loves to get back to her Briton roots a couple of times a year. After graduating from the Université de Technologie de Compiegne, in France , she decided to pursue her studies in biomedical sciences at the graduate school of the State University of New York (SUNY) in Buffalo, NY. Driven by sciences and her desire to learn, Anne-Fleur hosted a radio show, "les échos de l'innovation" (literally innovation echoes) for a couple of years, offering debates and interviews, aiming to dissect misconceptions in science and technologies for the layman. Always thirsty for discovery, she loves traveling, initiating new projects and exploring the ocean, on a sailing boat or with her snorkel.



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