Art & Culture

Published on novembre 9th, 2017 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Le Don Camilo, le plus ancien cabaret de Paris… Spectacles humoristiques et cuisine fine française dans un cabaret mythique aux murs parés d’éclats de miroir.

Jean Vergnes, Rédactrice en chef Isabelle Karamooz et l’artiste Jean-Jacques de Launay.

 

J’ai eu la chance d’interviewer le fondateur du Cabaret Don Camilo à Paris, Jean Vergnes, et un de ses amis fidèles et artiste Jean-Jacques de Launay à l’intérieur de la magnifique salle de spectacle du Don Camilo dont le décor a été imaginé par le sculpteur César. Un grand merci au Cabaret Don Camilo ainsi qu’à Jean-Jacques de Launay pour généreusement m’avoir accueillie et invitée dans leur petite famille pour un soir. Pendant plus de 3 heures de surprises, d’humour et d’émotions intenses, j’y ai découvert le fabuleux talent des différents artistes proposés.

L’artiste Jean-Jacques de Launay.

 

French Quarter Magazine : Don Camilo, pourquoi ce nom ?

Jean Vergnes : Au départ, nous devions appeler le cabaret « Les amants de Vérone et tout » mais un ami m’a suggéré Don Camilo parce qu’à l’époque les stars attiraient tout le monde et nous nous sommes dit qu’avec la présence de Fernandel, nous étions sûrs de remplir la salle. Effectivement, nous avons appelé Fernandel et nous avons fait sa cantine et l’aventure du Don Camilo a commencé. J’ai débuté avec des gitans notamment les cousins de Jean Bournat. Nous avons eu à l’époque un succès immédiat. Pour en citer quelques uns, nous avons eu le grand acteur américain Boboc à l’époque, Ava Gardner etc… Plus tard, Elsa Minnelli dans les années 1980-2000. Elle a répété ici avec Aznavour avant de se produire à l’Olympia. Beaucoup d’artistes sont passés ici.

French Quarter Magazine : Comment avez-vous eu l’idée du cabaret Don Camilo ?

Jean Vergnes : J’avais fait la connaissance de Fifi Lebeau, le tonton qui était propriétaire du Libertis. C’était le cabaret numéro un de Paris. Un jour, l’idée m’a pris et j’ai acheté les locaux pour le transformer en cabaret. J’ai eu la chance de pouvoir débuter avec Hugues Aufray et Pierre Perret. Ce fut un succès immédiat. De grands artistes sont passés ici comme Jean Sablon, star internationale, premier crooner de France. Parmi les grandes vedettes, il y avait Charles Trenet, Léo Ferré, Thierry le Luron, Pascal Brunner et les artistes dernièrement sortis sont Laurent Gerra, Laurent Ruquier, Michaël Gregorio et Gérald Dahan que nous voyons à la télé actuellement.

Stephane Collaro.

 

French Quarter Magazine : Quand le Cabaret Don Camilo a-t-il ouvert ses portes à Paris ?

Jean Vergnes : L’ouverture du Don Camilo date de 1963 avec à l’époque la venue d’Enrico Macias et Pierre Barouh parmi tant d’autres.

French Quarter Magazine : Comment la soirée du cabaret est-elle animée ?

Jean Vergnes : Nous avons un présentateur qui est Sylvain Collaro, le frère de Stéphane Collaro qui présentait le Cocorico Coco Boy dans les années 70 et 80 avec Jean Roucas. Jean Roucas et Michel Leeb ont débuté ensemble et peu de temps après Bernard Mabille et Pierre Douglas sont devenus tous les deux des stars, surtout Bernard.

 

French Quarter Magazine : Comment recrutez-vous les artistes ? Que recherchent les spectateurs en venant au cabaret ?

Jean Vergnes : Le Don Camilo est un tremplin pour nos artistes. Ils cherchent à venir chez nous et apprécient le cabaret Don Camilo parce qu’ils savent qu’ils vont être remarqués par le show business et les imprésarios.

Jean-Jacques de Launay : Le cabaret est une école particulière. Il y a un rythme et un humour particulier et le rire change avec le temps. L’artiste aujourd’hui doit pouvoir s’adapter.

Jean Vergnes : Le spectateur des années 60 n’était pas le même qu’aujourd’hui car il n’était pas un spectateur averti. Il fallait surtout faire des spectacles qui plaisaient aux femmes. C’était la femme qu’il fallait sortir, c’est elle qui restait à la maison, qui écoutait la radio. L’homme n’était pas mélomane. Il n’avait pas le temps. Alors il lui arrivait de sortir sa femme et il la laissait choisir. En fait, on est toujours à vos genoux ! (rires)

 

French Quarter Magazine : Parlez-nous de votre pièce, du nouveau concept que vous aurez à la rentrée !

Jean Vergnes : Nous allons faire une pièce de théâtre dans la deuxième partie de notre cabaret traditionnel parce qu’à l’époque de Shakespeare, nous dînions pendant les pièces de théâtre ce qui serait impossible de faire à l’heure actuelle. Mais nous, nous remettons cela à la mode. Et cela va être extrêmement drôle car ça sera sur les élections présidentielles avec nos propres artistes. Ils répètent tous les jours depuis trois mois et sont en train de s’éclater. Ce sera le talent de plusieurs artistes. Cela aura lieu au courant du mois d’octobre en fin de semaine, les jeudis, vendredis et samedis jusqu’aux élections.

Jean-Jacques de Launay : C’est une pièce de fiction qui sera basée sur les élections présidentielles et les hommes politiques avec l’humour des gens du cabaret et avec des personnages réels. Nous allons leur choisir des mots spécialement pour eux, bien sûr !

Jean Vergnes : Avec leur propre voix car il y aura deux imitateurs qui sont Yann Jamet et Gérald Dahan.

French Quarter Magazine : Quel est le plus grand plaisir que vous éprouvez en ce qui concerne le cabaret ?

Jean Vergnes : Le plus grand plaisir pour moi, c’est la vibration tous les soirs de voir le public se détendre et se décoincer. Au bout d’une heure, nous avons l’impression qu’ils sont plus relaxes et que tout va bien. Je définie le cabaret comme étant un maximum dans un minimum de temps pour un minimum de prix, c’est cela le Don Camilo. Cela créé l’intensité et qu’est-ce que la vie sans intensité ?

Jean-Jacques de Launay : C’est bien dit et c’est bien vrai ! Jean parle des gens qui arrivent au cabaret et qui, après une heure, se lâchent et sont tellement heureux. Au départ, ils sont un peu coincés car la plupart ne sont jamais venus au cabaret. Il y a aussi beaucoup d’habitués qui reviennent avec d’autres personnes, cela fait des clients nouveaux. Lorsqu’ils arrivent et lorsqu’ils sortent, les clients ne sont plus les mêmes. Il y a des rires et du bonheur et à la fin les artistes passent dans la salle. Ce sont des félicitations et des mercis, ce sont presque des embrassades qui se font.

Jean Vergnes : Et l’assiette est à la hauteur du spectacle ! Pour moi qui suis un gourmet, j’ai voulu créer un repas de qualité avec des produits frais comme le foie gras de canard qui est fait maison.

 

French Quarter Magazine : Dans vos soirées dîner-spectacles, invitez-vous le public à faire de l’improvisation ?

Jean Vergnes : Non, mais je sais que de plus en plus le public veut participer. Ce qu’ils aimeraient beaucoup voir, c’est qu’à la fin du spectacle, il y ait quelqu’un qui descende dans la salle pour faire chanter tout le monde. Et là, c’est l’enthousiasme !

Richard Vergnes : Il y a quand même de l’interaction mais cela se limite essentiellement aux spectateurs du premier rang car les artistes sur scènes ne voient pas ce qui se passe au-delà de deux ou trois mètres devant eux à cause des éclairages. Certains artistes descendent également dans la salle. Cependant, nous avons déjà une soirée qui est assez longue avec les spectateurs qui arrivent à 20 heures et la soirée qui se termine entre minuit et minuit et demi donc si nous devions encore enchaîner derrière, cela nous amènerait trop tard dans la nuit et comme le métro est jusqu’à 1 heure du matin, c’est mieux de terminer le spectacle vers minuit et demi.

Jean-Jacques de Launay : Le mieux est l’ennemi du bien comme on dit!

French Quarter Magazine : Parlez-moi du côté international du Don Camilo.

Jean Vergnes : Il y a des francophones, c’est certain. En dehors des Français, nous avons des Belges, des Suisses, des Canadiens, des Québécois et toutes les ex-colonies françaises. Egalement beaucoup de gens du Maghreb et des Sénégalais par exemple. En fait, le Don Camilo, c’est la France profonde. Ce n’est pas le Lido ou le Moulin Rouge connus des étrangers mais plutôt le cabaret le plus connu des Français.

 

French Quarter Magazine : Avez-vous assisté à d’autres cabarets ?

Jean Vergnes : Oui, j’allais souvent dans tous les cabarets. C’est là que j’ai trouvé que cela était bon enfant dans l’ensemble. Je pense que ce qui est important pour le cabaret, c’est d’avoir des personnalités qui font venir des spectateurs parce que les gens aiment les artistes qui ont une certaine notoriété. Ce n’est pas uniquement le talent qui importe car c’est après qu’ils le découvrent.

Jean-Jacques de Launay : Moi, je dirais que le cabaret est la Formule 1 du spectacle. Je voudrais aussi dire que le cabaret du Don Camilo est l’endroit où nous rions le plus et qui apporte du bonheur. Pour nos amis expatriés de Las Vegas et d’ailleurs qui rentrent en France et se demandent où est-ce qu’ils vont aller pour sortir et passer une bonne soirée, je leur recommande le Don Camilo et je suis garant de l’authenticité de la véritable qualité du Don Camilo car nous y mangeons, nous y rions et nous y faisons la fête.

 

French Quarter Magazine : Vous aviez comme voisin Serge Gainsbourg qui habitait juste dans la rue Verneuil à côté du Don Camilo. Est-ce que vous avez quelques anecdotes à nous raconter ?

Jean Vergnes : La maison de Serge Gainsbourg donnait sur notre jardin et souvent quand il venait dans notre club, il tenait à ce que nous lui creusions un tunnel pour qu’il arrive directement au « Saint Père » à l’époque. Un soir aussi, nous avons eu Serge Gainsbourg et Jacques Dutronc ensemble sur scène. Cela a dégénéré et ils se sont retrouvés tout nus. Si j’avais eu l’idée de les photographier, je revendais cela une fortune aujourd’hui. (rires)

Jean-Jacques de Launay : Par contre, tu aurais perdu des amis ! (rires)

Jean Vergnes : Oui, c’est bien vrai, nous ne pouvions pas lui faire ça ! C’était quelqu’un avec plein d’humour. Chez lui, il était très méticuleux aussi. Un jour, je lui ai demandé pourquoi il s’habillait un peu comme un sans abri et il m’a répondu, si je m’habillais comme un « pingouin, » personne ne m’achèterait mes disques. Donc, il était en osmose avec son public et jouait un peu le rôle d’un clochard. En fait, il s’est créé son personnage.


About the Author

was born in the royal city of Versailles, France and have lived in the United States since 1996. After earning a Bachelor's degree in History from the University of California Berkeley and studying for a Master program in education at the University of Southern California, she went on to teach French to aspiring UNLV and CSN students in Nevada. When she is not teaching, she is writing, interviewing people in a wide range of circumstances, pitching story ideas to writers and editors, taking pictures, traveling, painting or trying delicious foods.



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