Quartier Français

Published on août 15th, 2014 | by Anne-Fleur Andrle Stephan

0

Dump everything for the pleasure of our taste buds?

Étant expatriée moi-même, je sais que tout plaquer en France pour venir s’installer à l’étranger n’est pas quelque chose qui s’improvise. On part pour faire ses études, pour suivre un conjoint, pour commencer le boulot de ses rêves ou pour monter sa boîte ?

Ce mois-ci, je vous présente des Français qui ont décidé de se lancer dans l’aventure, pas toujours évidente, de la création d’entreprise. Oui, mais ils ont l’originalité de s’être lancés dans un nouveau concept : le goût !

Au sommaire, nous allons rester sur la Côte Est Américaine : première escale prévue à New York, la ville de tous les possibles, où nous rencontrerons David Foult, qui a fondé une entreprise, “Try the World” permettant de faire un tour du monde des saveurs, un mois sur deux. Nous finirons notre voyage un peu plus au nord, dans la région de Boston où Cécile et François sont venus s’installer pour ouvrir leur épicerie fine française “MA France”.

photo-1_large-2

Kat & David, co-fondateurs de « Try the World. » Photo par Anne-Fleur Andrle

Direction New York pour rencontrer David…
Direction New York pour commencer, où j’ai rencontré David, jeune entrepreneur français de 25 ans. David, parisien d’origine, est arrivé aux États-Unis dans le cadre de son Cursus universitaire, pour suivre des études d’économie et de sciences politiques à la prestigieuse université de Columbia. Pas plus de six mois après le début des cours, David, assoiffé de découvertes culturelles en tous genres, lançait sa start-up « Try the world ». Même si ses études l’ont certainement aidé à relever le défi de l’entreprenariat aux Etats-Unis, David insiste bien sur le fait que le plus important c’est la passion, et non la formation.

Kat & David, co-fondateurs de « Try the World »
« Try the world » n’est cependant pas une aventure solo puisque David a eu l’idée de fonder cette entreprise avec Kat, américaine, et elle aussi passionnée de voyages. Tous deux connaissaient le modèle des « Box » (boîtes livrées chez vous le plus souvent, auxquelles le client peut s’abonner ou non, et offrant diverses gammes de produits : du collant au maquillage, en passant par la musique et la bière) et ont décidé d’appliquer ce modèle à leur passion.

Mais alors, « Try the world ,» c’est qui ? C’est quoi ? C’est la belle histoire de deux étudiants en économie de Columbia, Kat, américaine, et David, français, tous deux passionnés de voyages et de découvertes. Kat et David sont passés par un incubateur Google, situé à NY, et ont vendu tous leurs stocks en seulement deux jours, après avoir passé deux nuits à faire eux-mêmes les boîtes à la main ! Après un tel succès, Kat et David ont décidé de tout reprendre depuis le début : le site Internet, le marketing, la logistique, et de lancer les abonnements quelques mois plus tard.

Qu’est-ce que c’est « Try the world » du coup ? C’est un abonnement offert aux membres de « Try the world » permettant de recevoir une box gourmet d’un pays différent tous les deux mois pour $45 par box. La première box est la Paris Box (la française donc) permettant aux gourmets de retrouver tout un tas de produits français, comme la crème de marrons de Clément Faugier, du thé du très célèbre Palais des Thés, du sel « Le Saunier de Camargue, » de la moutarde de Dijon (la vraie !), des petits sablés, de bons caramels, des nougats, et bien d’autres choses. Ça y est, moi perso, je salive ! Mais alors, outre la France, « Try the world » propose quoi ? Cela dépend des envies et des demandes des abonnés. Ainsi, on pourra retrouver le Japon, le Brésil, et d’autres pays.

La « Brazil box » et la « Japan box »
En parlant d’abonnés, qui peut être intéressé par un tel concept ? On pourrait penser (c’était mon cas) que la majorité des clients de Kat et David sont français, des expats en mal du pays ? En fait, la plupart d’entre eux sont américains ! Qui a dit que les américains n’étaient pas des aventuriers de la cuisine ? Moi ! Je l’avoue. Ceux que j’ai rencontrés m’ont tout de même fait goûter un sandwich au beurre de cacahuète et à la confiture avec un verre de lait, en échange des toasts de foie gras avec un verre de Sauternes que je leur avais rapportés de France. Mais c’est une autre histoire !

Quel avenir pour le petit bijou d’entreprise que Kat et David ont monté d’un bout à l’autre ? Ils souhaitent rester aux US et espèrent, à terme, vendre une box de chaque pays, pas seulement aux Etats-Unis, un peu partout. Nous leur souhaitons plein de succès !

[Le French Quarter Mag n’est pas le seul à s’être intéressé à Try the world, BFM TV a interviewé David il y a quelques jours… http://www.bfmtv.com/video/bfmbusiness/grand-journal-new-york/try-the-world-met-monde-boite-nouvelle-levee-fonds-david-foult-grand-journal-new-york-26-07-3-4-213787/ ]
Plus d’infos, site internet : http://www.trytheworld.com et Facebook : https://www.facebook.com/TryTheWorldBox /Instagram & Pinterest : http://www.pinterest.com/trytheworld/ / Twitter : https://twitter.com/trytheworldbox

Embarquons maintenant pour Boston, au cœur de la Nouvelle-Angleterre, à quelques centaines de kilomètres au nord de la grande pomme.

C’est avec grand plaisir que nous nous rendons maintenant à Lexington, à quelques kilomètres de Boston, pour rencontrer Cécile et François, partenaires au travail comme dans la vie. Cécile et François sont mariés et sont tous deux originaires de notre chère Dordogne.

Avant l’aventure américaine, Cécile était coiffeuse et avait son propre salon, alors que François était fonctionnaire de police. Deux carrières qui ne les prédestinaient pas du tout à venir ouvrir une épicerie fine française à Boston ! Et pourtant, ces deux passionnés de voyages, mais aussi de moto, de football (le français !) et de cinéma, n’ont pas hésité longtemps lorsque l’occasion s’est présentée… Rendant visite à des amis vivant dans la région, Cécile et François en sont tombés amoureux, et se sont vite rendu compte qu’il y avait un véritable manque en termes de produits de nos terroirs. Ils n’ont pas hésité longtemps, et malgré le fait qu’ils n’avaient jamais vécu à l’étranger auparavant, ont lancé le projet « MA France. » Malgré tout, ce genre d’aventure ne s’improvise pas. Il aura fallu environ deux ans pour monter ce beau projet de A à Z en duo et pour établir des relations de confiance avec des fournisseurs proposant des produits de qualité.

Déjà un peu plus d’un an que « MA France » a ouvert ses portes. Retour sur une aventure hors du commun.

P1030567-2

Vitrine de « MA France » de Cécile et François. Photo par Anne-Fleur Andrle

Dès le début de leur aventure, Cécile et François ont compris que leur présence sur Internet et sur les réseaux sociaux serait capitale pour marquer leur empreinte dans le paysage gourmand de Boston. À la recherche permanente de nouveautés, sélectionnées par de très longues recherches mais aussi en fonction des goûts et aspirations des gourmets (nombreux !) que « MA France » compte parmi ses clients. Là encore, on pourrait croire que les expatriés désespérés font le pied de grue chez Cécile et François, mais c’est loin d’être la majorité de la clientèle de « MA France. » En effet, beaucoup de francophiles, souvent au retour d’un voyage en Europe, viennent dévaliser leur magasin dans l’espoir de retrouver les saveurs si particulières de leur périple.

Donc, tout plaquer en France pour venir ouvrir une épicerie fine française, c’est possible. Mais franchement, à chaque fois que je tente de ramener de bons produits « bien de chez nous » sur les terres de l’Oncle Sam, on m’en dissuade. Par quel tour de magie Cécile et François procèdent-ils ? Toujours impossible pour moi de faire ma tartiflette par exemple, mais c’est sans compter sur le côté astucieux des paysans français qui ont trouvé une combine pour détourner un peu la loi. Prenons l’exemple de la fameuse tartiflette et de son reblochon : oui, malheureusement, le reblochon est un produit interdit aux Etats-Unis mais les fermiers français ont plus d’un tour dans leur sac ! Ils ont ainsi créé le fromage « le préféré de nos montages », qui, lui est pasteurisé et a un petit jour de différence avec notre cher reblochon national. Du coup, le « Préferé de nos montages » est autorisé au pays des cow-boys. Il est un peu moins fort, certes, mais plein de goût et la tartiflette que j’ai faite l’hiver dernier était très réussie.

Le fromage, en général, c’est ce que l’on s’attend à trouver dans une épicerie française, mais croyez-moi, aller chercher du fromage chez Cécile et François, c’est une magnifique expérience. On sent qu’ils sont heureux de partager leur connaissance et ce goût! Comme Cécile le dit, c’est un challenge de tous les jours de servir de bons fromages : ils ne travaillent qu’avec de petits producteurs, pour n’avoir aucun fromage industriel et pour conserver leur originalité, ne servir que des fromages « hors du commun », mais les lois changent tous les mois, il faut s’accrocher !

P1030391-2

Le fameux comptoir de fromages de « MA France. » Photo par Anne-Fleur Andrle

Cécile et François ont bien compris qu’il fallait s’entourer des meilleurs pour servir le meilleur. Aussi, il était fondamental pour eux de pouvoir servir du bon pain frais et des viennoiseries tous les matins. Comme le dit Cécile « Quoi de plus français qu’une baguette ? » Vous marquez un point Cécile ! Nos deux jeunes aventuriers des temps modernes sont donc partis à la recherche de « THE Baguette » de Nouvelle-Angleterre et ont trouvé la boulangerie avec qui ils travailleront à Cape Cod. Depuis quelques mois, ils sont en partenariat avec un pâtissier français et ont pu ajouter à leurs produits des gâteaux (éclairs, Paris-Brest, mille-feuilles, etc.), des friands en tous genres, des quiches, mais aussi des macarons dont les saveurs changent à chaque saison.

L’avenir de « MA France » ? Cécile et François l’envisagent sereinement et fourmillent d’idées : un coin crêpes dans le magasin (la Bretonne que je suis, croise les doigts), mais aussi l’ouverture d’une autre boutique ! À tout ceci s’ajouteront l’attente des autorisations ainsi que les démarches côté immigration pour prolonger l’aventure de ce côté de l’Atlantique. Croisons les doigts pour que ce joli projet continue !

Voilà le récit de deux aventures bien différentes mais toutes deux visant à nous faire partager une (ou plusieurs) culture(s) par la gastronomie. Ces deux entreprises ont l’originalité, commune, d’avoir été pensées par deux duos, que rien ne préparait à un tel challenge. Comme quoi, être auto-entrepreneur, c’est dans les tripes, non ?

Je souhaite « bonne chance » à Cécile, François, Kat et David et suis ravie d’avoir pu les rencontrer pour pouvoir partager avec vous un petit peu de leur aventure.

 


About the Author

Coming from the "Far west" of France, Anne-Fleur grew up in Finistere (Brittany). Currently working in the hightech industry, she represents a French company specialized in smartglasses apps in the US. Engineer by training and based in Boston, she loves to get back to her Briton roots a couple of times a year. After graduating from the Université de Technologie de Compiegne, in France , she decided to pursue her studies in biomedical sciences at the graduate school of the State University of New York (SUNY) in Buffalo, NY. Driven by sciences and her desire to learn, Anne-Fleur hosted a radio show, "les échos de l'innovation" (literally innovation echoes) for a couple of years, offering debates and interviews, aiming to dissect misconceptions in science and technologies for the layman. Always thirsty for discovery, she loves traveling, initiating new projects and exploring the ocean, on a sailing boat or with her snorkel.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


CAPTCHA Image
Reload Image
Back to Top ↑