Art & Culture

Published on janvier 15th, 2016 | by Pascal Ordonneau

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Rue de l’Espérance à Paris

13e arrondissement (Quartier Maison-Blanche)
Début : 27 rue de la Butte-aux-Cailles, Fin 61 rue Barrault
Métro : Tolbiac, Glacière, Corvisart
Longueur 280 m Largeur 12 m.

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Rue de l’Espérance. Photo par Pascal Ordonneau.

Voici à nouveau ce paradoxe qu’on rencontre très fréquemment à Paris. Plus les vertus sont d’un ordre essentiel, moins les rues qui en portent le nom sont flamboyantes. L’espérance fait partie des vertus cardinales. La rue de l’Espérance à Paris est rien moins que « cardinale » ! C’est une petite rue charmante, parmi les petites rues de Paris. Son charme est peut-être un peu plus raffiné que celui des autres rues vertueuses : quand la rue des Vertus est étroite, sombre et par mauvais temps parfaitement sinistre (or on le sait bien les vertus ne peuvent pas être ni sombres, ni mauvaises, sinistres !) et la rue de la Félicité peu riante, la rue de l’Espérance le serait presque.

Avant de s’en expliquer, revenons un peu en arrière sur les origines de cette rue de l’Espérance. Tout d’abord, point important pour l’histoire et la géographie, il faut se souvenir que Paris comme Rome comporte 7 collines dont une fut nommée Butte aux Cailles du nom d’un certain Monsieur Caille qui en fut propriétaire au beau milieu du XVIème siècle. Située sur la rive gauche de la Seine, le mot « colline » est bien adapté, car la Butte aux Cailles ne monte pas bien haut: elle culmine à 63 mètres au-dessus du niveau de la mer. Notre rue appartient à cette colline qu’elle permet de monter par le Sud. Avant d’être rattachée à la Ville de Paris en 1860, elle appartenait à la commune de Gentilly sous la dénomination de sentier de la Butte-aux-Cailles. Elle constitue un accès à la Butte-aux-Cailles à partir du sud et de la rue de Tolbiac.

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Rue de l’Espérance. Photo par Pascal Ordonneau.

S’il y a charme, il est dû à une caractéristique de l’ensemble des rues de la Butte aux Cailles : c’est une colline de calcaire gypseux. C’est à l’abondance de ce matériau dans son environnement immédiat que le vieux Paris puis le Paris haussmannien, doivent cette particularité d’être une ville où la pierre domine. La pierre extraite des mines de la Butte aux Cailles était très appréciée et fut débitée d’abondance, multipliant les tunnels, les cavités et laissant des creux un peu partout dans le sol de la butte. Une fois les mines abandonnées… il ne resta plus que les vides laissés sous terre rendant la construction en surface particulièrement hasardeuse.

Pour construire, il fallait d’abord s’assurer de ce qui se trouvait en dessous du projet immobilier. Si on découvrait, (très fréquent) des « vides », il fallait alors soit les combler, soit monter des piliers ou des pieux. La construction sur la Butte aux Cailles est ainsi caractérisée par une abondance de petits immeubles de deux ou trois étages et par de petites maisons de ville. On y trouve plus rarement des immeubles urbains traditionnels de 5 ou 6 étages.

Cela donne à la rue de l’Espérance, bordée de ces petites maisons ou des immeubles de faible hauteur, un côté très humain, très village comme on aime dire à Paris. Le ciel s’y découpe généreusement et donne à la rue et à toutes celles qui la jouxtent cet aspect riant qu’on évoquait plus haut.

Toutes ces explications ne disent pas pourquoi, elle se nomme rue de l’Espérance au lieu d’être restée, sentier de la Butte aux Cailles. Faut-il penser que puisqu’il existait (et existe toujours) une rue de la Butte aux Cailles, quelqu’un s’est dit qu’il serait judicieux d’en changer le nom pour ne pas créer de confusion ? A moins que cela soit un legs de l’histoire : la Butte aux Cailles fut été le lieu d’une des batailles qui marquèrent la guerre civile qui se déroula principalement à Paris en 1871. La rue de l’Espérance, en effet, aboutit sur la place la Commune de Paris, qui incarnait la révolte de Paris et se poursuit par la rue de la Butte aux Cailles. Son nom évoquerait alors l’Espérance pour un monde meilleur qui porta les révolutionnaires (on les nommait, les Fédérés) à défendre la Butte contre un ennemi bien supérieur en nombre ?

Ou bien faut-il simplement penser à un propriétaire terrien fier d’Espérance, son épouse qui aurait voulu l’honorer en attribuant son prénom à une partie de la rue bordant ses terrains ? Cela ne serait pas surprenant : deux rues à proximité de la rue de l’Espérance portent encore le nom des propriétaires de terrains alentours, les rue Buot et Alphand, il en est de même de la très longue rue Barrault, et un peu plus loin du passage Boiton. Plus loin encore, la rue de Pouy renvoie à l’épouse d’un autre propriétaire. Quant au passage Sigaut, il porte le nom d’un des premiers propriétaires résidents.

Pour accroître le mystère, il faut parcourir la rue de l’Espérance et se trouver à un croisement un peu surprenant. En son premier tiers en remontant vers la place de la Commune de Paris notre rue croise la rue de la Providence ! Faut-il y voir un signe ? S’agit-il d’une pure coïncidence ? On en débattra lorsqu’il sera question de cette dernière rue.

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Rue de l’Espérance. Photo par Pascal Ordonneau.

En attendant, on évoquera un texte qui mentionne la rue de l’Espérance. Il est tiré d’un journal local, consacré au XIIIème arrondissement, « le 13 du Mois ». Il évoque dans un dossier spécial : la réputation sulfureuse du quartier demeuré un véritable village à l’écart des grandes restructurations de Paris: on a longtemps prétendu qu’y habitaient ou y trafiquaient « Des mauvais garçons avec des flingues ». On peut lire cette anecdote de 1978 narrée par un jeune marocain, étudiant à Paris, Abdel Ajenoui : «je passe devant un bar, un type sort en courant. Derrière lui, un homme d’une cinquantaine d’années se jette à sa poursuite et l’injurie, pistolet à la main. Il tire deux fois, je vois les impacts sur le mur. Le jeune parvient finalement à tourner vers la rue de l’Espérance. Au moins cette fois, il s’en est sorti. »

« Mais en vérité, continuait le journal, la Butte n’est pas un lieu réputé pour ses truands. »


About the Author

40 ans de banque chez plusieurs établissements français et anglo-saxons ; il est l’auteur de plusieurs livres sur l’économie et la banque, d’un livre de voyage, d’un roman et d’un livre sur l’Allemagne. Il écrit pour les journaux et la radio, dont les Echos, le Figaro, Huffington Post, Radio France International.



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