Art & Culture

Published on décembre 22nd, 2014 | by Lucie Pierron

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Exposition de François Truffaut à la Cinémathèque du 8 octobre 2014 au 25 janvier 2015

« Finalement, ce qui me rend heureux dans le cinéma, c’est qu’il me donne le meilleur emploi du temps possible ». François Truffaut.

La cinémathèque de Bercy accorde une rétrospective jusqu’en janvier 2015 sur le réalisateur François Truffaut, membre de la Nouvelle Vague, disparu en 1984. L’exposition, à la scénographie travaillée et audacieuse, nous plonge par des documents intimes, des notes, des carnets et des extraits de ses films dans le monde féerique du cinéaste.

Pourquoi trente ans après sa mort, le cinéaste reste t-il adulé et son œuvre populaire, en France comme à l’étranger ? « Par l’intimité présente dans ses films » semble répondre cette exposition.
En effet, le spectateur se sent proche d’Antoine Doinel héros des Quatre-cents coups, mais également proche de l’univers propre à Truffaut habité par les plus grands acteurs de son temps (Catherine Deneuve, Jean-Paul Belmondo ou Gérard Depardieu). Ainsi, au même titre que le cinéma constitua pour Truffaut un refuge, le spectateur ressent la même sensation quand il visionne un de ses films.
C’est donc par son esthétique, par la personnalité du réalisateur et par son rapport au cinéma que le public continu d’être séduit par les films de ce grand cinéaste.

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Lettre à propos de Stanley Kubrick. Photo par Lucie Pierron.

Le personnage de Truffaut
Truffaut commence son entrée dans le cinéma en 1953, en tant que critique. C’est avec son article fracassant « Une certaine tendance du cinéma français », dans lequel il s’en prend violemment aux scénaristes classiques (Aurenche, Bost et Delannoy) qu’il se fait connaître.
Il écrira en ces termes sur Stanley Kubrick «A débuté dans le tape à l’oeil en copiant froidement les travellings d’Ophuls et la violence d’Aldrich. Puis s’est fait embaucher dans le commerce intellectuel », finissant sur « Kubrick ne doit pas abandonner le cinéma, à condition de filmer des personnages qui existent et non pas des idées qui n’existent plus que dans les tiroirs des vieux scénaristes croyant que le cinéma c’est le septième art ».
A 22 ans, il devient alors chroniqueur pour Les Cahiers du cinéma, (revue qui louera son œuvre quelques années plus tard) soutenu par André Bazin. Il fréquente alors la Cinémathèque française de Henri Langlois et se lie d’amitié avec Rohmer, Godard ou Chabrol.
Pour lui, la critique se définit comme une gymnastique intellectuelle, absolument nécessaire pour devenir un bon réalisateur. Apprécier le cinéma à sa juste valeur ne suffit pas.

La  Saga Antoine Doinel 
La carrière de François Truffaut démarre vraiment avec la sortie des Quatre-cents Coups, en 1959. Des courts métrages ont précédé ce premier long métrage comme les Mistons ou la Fuite d’Antoine dont Les Quatre-cents coups sont une synthèse.

François Truffaut enfant, c’est un écolier timide et un peu délaissé par ses parents. Adepte de l’école buissonnière, il se détache de l’enseignement obligatoire pendant la guerre pour fréquenter les salles de cinéma de Pigalle avec son ami Robert Lachenay. Repensant avec nostalgie à cette époque, il témoigne ainsi «mes deux cents premiers films, je les ai vu en état de clandestinité, à la faveur de l’école buissonnière, ou en entrant dans la salle sans payer».

S’inspirant de son enfance, il façonne ainsi le personnage d’Antoine Doinel mais le complète aussi grâce à Jean-Pierre Léaud (qui incarne à l’écran Antoine Doinel) qui le marque par son aplomb et son naturel au moment de la sélection. « Le film devenait meilleur que le scénario grâce à lui » affirme François Truffaut. C’est donc la construction sur le vif d’un personnage qui sera central dans la filmographie de Truffaut. En effet, à la base Truffaut ne pensait pas réaliser une série autour d’Antoine Doinel.
Mais suite au succès des Quatre-cents coups, il s’aventure dans la construction d’une série autour du personnage d’Antoine évoquant d’abord l’enfance, l’adolescence puis l’âge adulte, comme une véritable éducation sentimentale. Sous certains aspects d’ailleurs, Antoine Doinel prend les traits de Frédéric Moreau dans l’Education Sentimentale de Gustave Flaubert.
Ce premier long métrage remporte le prix de la mise en scène au Festival de Cannes, et fait de lui le chef de file du mouvement de la Nouvelle Vague.

Le cycle Antoine Doinel est très fructueux : il donne lieu à Antoine et Colette (commande de Pierre Roustang), Baisés Volés, Domicile Conjugale et L’Amour en fuite, paru 10 ans après les Quatre-Cents coups, qui aborde le héros à l’âge adulte.

Des films qui traitent de l’Amour.
« Je veux que mes films donnent l’impression d’avoir été tournés avec 40° de fièvre ».

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Tirez sur Pianiste. Photo par Lucie Pierron.

L’autre aspect de son œuvre touche la passion amoureuse sous toutes ses formes : amour à trois (Jules et Jim), étreintes amoureuses (La sirène du Mississippi) vengeance (La mariée était en noire), ou amour dévastateur (Le dernier métro). Truffaut met en scène des personnalités touchantes dans des contextes divers : la guerre commune à Jules et Jim et au Dernier Métro, divers quotidiens parisiens ou provinciaux (La Mariée était en Noir, La Sirène du Mississippi) ou encore un monde futuriste avec Fahrenheit 451. Précisons que de nombreux films sont des adaptations cinématographiques de romans de l’époque.

« -Je viens à l’amour et j’ai mal. Est-ce que l’amour fait mal ?
-Oui l’amour fait mal : comme les grands oiseaux rapaces, il plane au dessus de nous, il s’immobilise et nous menace. Mais cette menace peut-être aussi une promesse de bonheur. Tu es belle Héléna, si belle que de te regarder est une souffrance.
-Hier vous disiez que c’était une joie.
-C’est une joie et une souffrance ».
Réplique de Catherine Deneuve dans la Sirène du Mississippi et Le Dernier Métro.

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Livre sur Hitchcock. Photo par Lucie Pierron.

Un cinéaste concerné et méticuleux
La grande peur de Truffaut, c’était de ne pouvoir tourner. Ainsi, il ne dévoilait jamais son scénario tant que celui-ci n’était pas sur le point d’être rendu en image. Tout au long de sa vie, il reste en contact avec des critiques, des journalistes et des metteurs en scène pour échanger sur leur travail. Cinéaste méticuleux, intransigeant sur les lieux de tournage, il se questionne continuellement sur son œuvre, la comparant avec celle de ses concurrents. Son ouvrage sur le travail d’Hitchcock n’est donc à ce titre pas étonnant. Profitant d’une annulation d’un tournage, il prend deux ans pour étudier le travail de ce ponte américain. Le cinéma selon Hitchcock sera finalement édité en 1966 chez Robert Laffont, sans cesse réédité. Livre culte pour les cinéphiles.

La renommée de Truffaut est donc internationale et l’exposition insiste sur ce point. Elle présente des versions japonaises des Quatre-cents coups et revient sur l’impact de ses longs-métrages.

Exposition à voir donc, pour les cinéphiles comme pour les néophytes, jusqu’au 25 janvier 2015.

 


About the Author

Etudiante en sociologie et en sciences politiques à l'Université Paris Dauphine, Lucie baigne dans le monde culturel et particulièrement dans la musique. Pianiste, ouvreuse à la Philharmonie de Paris, elle désire s'orienter vers la production dans la musique classique, à terme. Voyageuse dans l'âme, Lucie a mené dernièrement une enquête de terrain de trois mois sur l'implantation des nouvelles Philharmonies polonaises (dans 15 villes différentes). Démocratiser la culture et la faire venir dans les milieux les plus défavorisés est une des missions qui lui tiennent le plus à cœur, justifiant son engagement au GENEPI, association favorisant l'intervention en prison.



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