Art & Culture

Published on septembre 13th, 2018 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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L’auteur et directeur Joël Pommerat et sa pièce de théâtre adaptée « Le Chaperon rouge »

L’auteur et directeur Joël Pommerat nous consacre une interview pour nous parler de sa pièce de théâtre adaptée « Le Chaperon rouge » qui traverse le conte de Charles Perrault. Présentée à Los Angeles le 9 et 10 mars dernier, le spectacle fut un vrai succès qui a ravi lepublic français et francophile.

Joël Pommerat. Photo de Joël Pommerat.

French Quarter Magazine : Pourquoi avoir choisi les Etats-Unis et principalement Los Angeles au Théâtre Raymond Kabbaz pour présenter votre spectacle ?

Joël Pommerat :Vous savez en fait, nous allons là où nous sommes invités. Nous n’avions aucune raison de refuser l’invitation du Théâtre Raymond Kabbaz de Los Angeles pour y jouer “Le  Petit Châperon Rouge.” Nous étions déjà sur place car nous avions participer à un festival à New York.

French Quarter Magazine : “Le Petit Châperon Rouge” est une création théatrale destinée autant aux enfants qu’aux adultes. Cela vous demande-t-il un travail d’écriture particulier ?

Joël Pommerat : Oui bien sûr, je dirais que ce spectacle a été conçu pour les enfants et c’est en le jouant que les adultes l’ont apprécié et que finalement c’est devenu un spectacle pour adultes d’une façon involontaire. Cela demande, en effet, un travail particulier, il faut avoir à l’esprit que le public dans la salle est constitué d’enfants et que nous ne nous adressons pas de la même manière à un adulte qu’à un enfant, nous cherchons à communiquer tout simplement. Ce n’est pas un effort, c’est quelque chose qui se fait naturellement.

French Quarter Magazine :Est-ce que vous essayez d’innover dans la mise en scène,  d’apporter de l’innatendu pour attirer l’attention des enfants ?

Joël Pommerat : Non, je n’ai pas cherché à faire des choses spécifiques. J’ai fait confiance à l’histoire que je racontais le plus simplement possible, en me disant que cette histoire était suffisament puissante pour intéresser l’enfant sans avoir besoin de faire des choses spectaculaires.

French Quarter Magazine : Est-ce une histoire qui leur est familière ?

Joël Pommerat : Oui certainement, c’est une histoire que l’on raconte aux enfants dès leur plus jeune âge.

French Quarter Magazine : Qui a réalisé les costumes ?

Joël Pommerat : Ce sont mes collaborateurs et collaboratrices avec qui je travaille de façon habituelle qui ont réalisé ces costumes. En l’occurence, c’est Marguerite Bordas, qui travaillait avec ma compagnie à l’époque sur de nombreux spectacles, qui a réalisé ces costumes. Nous ne prenons pas de personnes de l’extérieur. Tout est fait au sein de la troupe.

French Quarter Magazine : Cette personne continue-t-elle à travailler pour vous ?

Joël Pommerat : Non, à présent elle est metteur en scène et monte ses propres spectacles.

French Quarter Magazine : Qu’est-ce qui vous attire dans l’univers des contes ?  Est-ce un souvenir d’enfance ?

Joël Pommerat : Tous les enfants de ma génération et encore aujourd’hui sont familiers de l’univers des contes. C’est culturel dans notre société de raconter des histoires aux enfants. Certains sont devenus emblématiques comme Cendrillon, le Petit Châperon Rouge, la Belle au bois dormant, Peau d’âne. Ce sont des contes qui ont été réécrits en France par les frères Grimm, par Hans Christian Andersen aussi. Ils font partis du patrimoine culturel des sociétés  occidentales. Walt Dysney aux Etats-Unis a réinterprèté des histoires d’une manière que nous pouvons critiquer parfois. Ce sont des histoires qui sont devenues un peu trop moralisantes  ou un peu fades, qui ont été privées d’une dimension un peu tragique, un peu forte du point de vue émotionnelle. Ce sont des histoires avec lesquelles nous avons grandi en quelque sorte.

French Quarter Magazine : Quels souvenirs en gardez-vous ?

Joël Pommerat : J’ai vécu de grandes émotions avec ces histoires. Elles m’ont fortement marqué. Elles m’ont emmené dans un monde imaginaire très singulier qui échappe un petit peu à la réalité du monde contemporain. Dans  “Le Petit Châperon Rouge,” il est question d’animalité, des choses horribles de l’existence. L’aventure de cette petite fille est abominable : la grand-mère se fait manger et elle-même se fait dévorer par le loup. C’est d’une dimension tragique assez puissante.

French Quarter Magazine : Peut-on parler de fables morales dans votre théatre ?

Joël Pommerat : Ca dépend de ce que nous entendons par “morale.” Je ne cherche pas à donner de leçons de moralité, à dire où est le bien ou le mal. Je laisse les spectateurs, même les enfants, se faire leur propre opinion sur les choses qu’ils découvrent. Bien sûr, il y a une intention à ne pas traumatiser ou terroriser les enfants de manière gratuite ou irrésponsable, il y a une éthique. En tant qu’adulte nous avons une responsabilité et je n’échappe pas à ce souci-là mais je ne cherche pas à  tout prix à rassurer les adultes en envoyant un message aux enfants qui serait le plus moralisateur possible. La morale des adultes est bien souvent hypocrite parce que le message adressé aux enfants n’est pas forcément le vrai message que l’on porte en soi. Il faut laisser les enfants réflèchir par eux-mêmes aux notions du  “bien” et du “mal.”

French Quarter Magazine : Pourquoi faites-vous apparaître un narrateur au début de l’histoire ?

Joël Pommerat : C’est un discours impersonnel. Nous abordons la réalité de cette histoire par un récit. C’est ce qui fait la force de ces contes, il me semble. Nous passons d’un lieu à un autre, d’une époque à une autre très rapidement, même si ce n’est pas le cas du “Petit Châperon Rouge.” Je voulais garder  cette grande liberté à l’intérieur de mon histoire et puis c’est quelque chose qui renoue avec le théatre antique, le théatre classique. Dans les tragédies grecques,  par exemple, l’histoire nous est “racontée.” Les personnages existent par l’intermédiaire de ceux qui racontent, qui viennent nous livrer une histoire. L’histoire n’est pas au premier degree. Elle est racontée en l’occurence par un choeur. Il y a un personnage que j’appelle le narrateur, qui pose les  personnages. Je crois que c’est très important de conserver cette dimension-là.

French Quarter Magazine : Vous avez d’autres projets à l’international ?

Joël Pommerat : Notre compagnie tourne un peu partout en France et en Europe mais nous sommes amenés à tourner sur tout le continent. Cette année, nous sommes allés beaucoup en Amérique du Sud, en Asie. Les voyages coûtent cher mais quand c’est possible nous sommes partants.

 

Cet article a été traduit en anglais par John Wilmot.


About the Author

was born in the royal city of Versailles, France and have lived in the United States since 1996. After earning a Bachelor's degree in History from the University of California Berkeley and studying for a Master program in education at the University of Southern California, she went on to teach French to aspiring UNLV and CSN students in Nevada. When she is not teaching, she is writing, interviewing people in a wide range of circumstances, pitching story ideas to writers and editors, taking pictures, traveling, painting or trying delicious foods.



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