Art & Culture

Published on mars 16th, 2015 | by Pascal Ordonneau

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Garry Winogrand au Jeu de Paume

« Le fait de photographier une chose change cette chose… Je photographie pour découvrir à quoi ressemble une chose quand elle est photographiée. »

« Parfois c’est comme si… le monde entier était une scène pour laquelle j’ai acheté un ticket. Un grand spectacle mais où rien ne se produirait si je n’étais pas sur place avec mon appareil. »

Garry Winogrand, né en 1928 à New York est mort en 1984 à Tijuana. Garry ainsi que les grands photographes, tels Robert Frank, Walker Evans, William Eggleston sont la pierre angulaire d’un des mouvements les plus intéressants dans l’art de la photographie.

New York Vers 1962

New York – c. 1962. Photo par jeudepaume.org

« Street photographer » consiste à avancer dans la rue et à shooter tout ce qui se présente. Il faut pour réussir dans ce genre-là être totalement ouvert, disponible, présent au monde, aux évènements. Il faut aussi savoir forcer le passage mais, dans le même temps, être capable de recueillir l’adhésion des sujets, des modèles ou des victimes comme on voudra les nommer.

It is not just pushing the « on » button of a camera. It can be daring. One must sometimes « steal » a behavior or a laugh, the tears that from faces.

Car l’essentiel de ses photos ne passe pas par un bon pour accord des personnes filmées ou photographiées. Ce sont des photos arrachées à la vie de tous les jours, des portraits sans apprêts, des visages sans retouches ni angle valorisant. Si les gens ont l’air affairés, ridicules (fréquents), ravagés, euphoriques (plus rares) ce n’est pas la faute du photographe, ils se sont laissés aller et ont laissé leurs visages parler à haute voix, sans s’imaginer qu’il y aurait quelqu’un avec un appareil photographique pour saisir, enregistrer et bien cadrer ces dialogues entre amis, ces discours intimes qu’on se fait à soi-même, dans la rue, au volant ou sur le quai d’une gare. Outre les visages de la foule, les visages de la ville, multiples et changeants, même si, pendant des années le photographe se sera cantonné à un morceau de ville, un quartier, quelques immeubles. C’est cela la « street photography » : le monde tient dans une coquille de noix, point n’est besoin d’abattre les kilomètres par milliers et de s’attacher aux grands espaces ou aux scénographies naturelles montagneuses, désertiques, forestières.

Los Angeles 1980 - 1983 (Jeudepaume.org)

Los Angeles 1980 – 1983. Photo par Jeudepaume.org

Garry Winogrand est un photographe pour une époque qui avait faim d’images, qu’il s’agisse de s’étonner, d’apprendre ou bien d’être effrayer. Il travaillait pour fournir les magazines et les journaux et donner du grain à penser ou à s’émerveiller à leurs lecteurs. Aux yeux américains, il a apporté des vues de New York, des images de ses habitants, des traces de leurs préoccupations. Plus tard, il a élargi son champ de vision à Paris, à Dallas, à Londres etc. et toujours dans ce même esprit qui consiste à saisir quelque chose qui se passe pour le rapporter, le raconter, sans autre idée que de montrer ce qui a surgi devant lui et qui, une fois la pellicule développée, s’est révélé.

L’acte de photographier est essentiel dans son activité, via le geste du photographe, la recherche d’un surgissement, d’une réalité qui n’est pas immédiatement dite ou avérée. Ses remarques (voir en exergue, deux citations emblématiques de sa façon d’appréhender son art) sont très claires sur le positionnement qu’il confère à l’acteur volontariste de la photographie, le photographe, et à l’artiste, celui dont la présence sur la scène donne au monde sa réalité et sa visibilité.

Garry Winogrand a connu une époque où techniquement il était devenu possible et pas encore « illégal » de se « promener » et de photographier dans le même temps, sans s’arrêter, en shootant à l’instinct, en attrapant les visages dans la rue, en collectionnant les inconnus croisés par hasard, les expressions, les pleurs et les rires comme ils surgissent, à l’improviste, au détour d’une rencontre. L’exposition est intéressante en ce sens qu’elle livre un morceau d’un passé bien révolu. La « street photography » n’est pas morte, heureusement, mais, ses données ont été considérablement modifiées.

Aujourd’hui, de nombreux artistes dans l’esprit de Gary Winogrand pour qui il a tracé le chemin, sont tout aussi passionnés d’instantanéité, de scènes de rue et de photographie pas seulement avec son cœur mais aussi avec ses tripes.


About the Author

40 ans de banque chez plusieurs établissements français et anglo-saxons ; il est l’auteur de plusieurs livres sur l’économie et la banque, d’un livre de voyage, d’un roman et d’un livre sur l’Allemagne. Il écrit pour les journaux et la radio, dont les Echos, le Figaro, Huffington Post, Radio France International.



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