Histoire

Published on juin 20th, 2016 | by Pascal Ordonneau

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Passage Dieu et Impasse Satan. Tout deux situés dans le 20ème arrondissement de Paris

C’est décidé ! Je me lance dans un exercice acrobatique : le grand écart ! Vous allez vous étonner. Pourquoi « un grand écart » dans cette succession de monographies de rues. Suis-je sur le point d’écrire des commentaires sur les rues Parisiennes du Vice et du Péché. Je passerai ainsi sans état d’âme du meilleur, les Vertus, au pire, le Vice !

Rassurez-vous ! Il ne s’agit pas de jeter le trouble au milieu d’une entreprise dont l’objectif a été clairement défini : rendre compte des rues de Paris qui illustrent la Vertu et la Morale. Ce grand écart que je vous annonce ne tient qu’au fil un peu grossier d’une plaisanterie ou d’une provocation. Celle-ci nous fait faire un bond en arrière, vers le XIXème siècle. Paris y a connu sa révolution urbanistique. Le Paris que vous connaissez sans aucun doute, que vous avez visité ou dont vous connaissez les images et les photos, date de cette époque qui a fait d’une ville encore fort moyenâgeuse une ville moderne.

Sur le plan administratif, la Ville de Paris, a pris ses dimensions actuelles à la suite d’une réorganisation qui aboutit à l’annexion par Paris des communes qui l’entouraient en 1859. A cette époque, les communes annexées étaient encore de petits villages. Les rues, ruelles, passage portaient très fréquemment le nom des propriétaires des terrains qui les bordaient. Le développement urbain conduisit à créer de nouvelles voies qui elles aussi prirent souvent le nom des propriétaires sur les terrains desquels elles passaient.

Vous connaissez le contexte de cette monographie. Vous allez comprendre pourquoi j’ai évoqué « la plaisanterie » et la « provocation » pour commencer.

Je commencerai avec le Passage Dieu. Evidemment, allez-vous penser, une voie nommée de façon si grandiloquente ne peut pas être une petite voie ! Ce doit être une avenue immense bordée de monuments splendides.

Dans la réalité administrative de la voirie parisienne, un passage n’a rien de grandiose. Un passage n’est peut-être même pas une rue « officielle ». Ce peut-être une voie privée, ce qui signifie que tous les frais de nettoyage, et de maintenance sont à la charge des propriétaires des habitations qui le bordent ou l’utilisent comme voie d’accès.

Le Passage Dieu, ne fait pas exception : c’est une voie de taille très modeste. Longue de 90 mètres, sa largeur varie mais peut n’avoir pas plus de deux mètres.

Les maisons qui l’entouraient étaient jusque dans les années 60, des sortes de masures, sans eau, sans électricité et sans égouts. En somme, un habitat précaire pour une population très pauvre. Rien de divin là-dedans.

Rien d’étonnant à ce que le passage ne fût ni divin, ni paradisiaque : le Passage en question avait pris le nom d’un propriétaire, un certain monsieur … Dieu (aucune parenté avec celui qui habite dans les cieux). Ce passage qui n’existait pas avant 1873 portant pendant un certain temps le nom de Passage des Haies. On dit qu’il tenait ce nom-là des bois alentours. Il reçut le beau nom de Dieu, en 1898.

C’est tout ce qu’il y a de beau dans le passage Dieu ! Bien sûr, les vieilles d’autrefois ont disparu. On ne trouvera pas, en s’y promenant, le charme des maisons antiques, aux toits de chaumes, construites en bois et plâtre. Si on a conservé, au beau milieu de la voie pavée comme le sont les vieilles voies de Paris, la trace d’une rigole pour récupérer les eaux de pluie, cela n’a rien à voir avec l’égout à ciel ouvert du bon vieux temps !!!

Le XXème arrondissement de Paris, comme le XIXème ont longtemps étaient des zones semi-industrielles, artisanales. Le Paris moderne a tout remodelé. Les masures, les enclos artisanaux ont été remplacés par des immeubles modernes de catégorie loués en « location aidées ». Il ne faut plus s’attendre lorsqu’on va visiter le passage Dieu ou les rues alentour à voir autre chose que des constructions contemporaines d’une bonne qualité architecturale.

Mais il est temps maintenant de revenir au sens de la plaisanterie dont les Parisiens sont fortement dotés.

Donc, en 1898, l’ancien passage des haies, prend le nom de Passage Dieu. Un propriétaire voisin probablement athée ou bien animé, comme le sont de nombreux parisiens à cette époque, d’une forte hostilité à l’égard des convictions religieuses, décida de faire une farce : il créa lui aussi une voie sur un terrain lui appartenant et la nomma « Satan. »

L’Impasse Satan est beaucoup plus petite que le Passage Dieu : 50 mètres et un peu plus large, 3,8 mètres. Elle n’est pas mieux lotie. Elle n’est pas plus laide. Elle n’a absolument rien de Satanique comme d’ailleurs le passage Dieu n’a absolument rien de Divin !!!

Le passage Satan a été malheureusement complètement rénové. Son aspect primitif s’est effacé devant des façades trop lisses. On peut cependant avoir une idée de son aspect primitif en se promenant dans les impasses qui l’entourent : les impasses Poule et de Bergame. Ruelles très étroites, bordées de très petites maisonnettes, dont les volets sont colorés de bleu ou de vert. Elles n’ont plus rien à voir avec les ruelles miséreuses d’il y a seulement 50 ans ! Elles sont presque élégantes avec fleurs et plantes vertes qui poussent le long des murs ou grimpent jusqu’aux toits. Un reste de ce qu’on nommait autrefois les villages de Paris.

En ai-je terminé avec mon grand écart, entre divin et démoniaque ? Pas tout à fait : ne serait-ce que pour montrer qu’il y a beaucoup d’humour dans la nomenclature des rues de Paris, on notera qu’à deux pas du Passage Dieu, se trouvent les passages et impasses Saint Paul et Saint Pierre… qui lui ressemblent comme… des apôtres !!! Ils sont petits, étroits, pas du tout majestueux ! Ils illustreraient à merveille l’Eglise des pauvres : modeste, humble et éloignée de toutes dorures, constructions monumentales et processions chamarrées.

Vous croyez en avoir fini avec Dieu ? Paris a de la ressource. Un peu plus tard nous irons Rue Dieu, qui n’a rien à voir avec le Passage !


About the Author

40 ans de banque chez plusieurs établissements français et anglo-saxons ; il est l’auteur de plusieurs livres sur l’économie et la banque, d’un livre de voyage, d’un roman et d’un livre sur l’Allemagne. Il écrit pour les journaux et la radio, dont les Echos, le Figaro, Huffington Post, Radio France International.



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