Art & Culture

Published on juillet 4th, 2016 | by Kirsten King

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La formule gagnante de Hormones et Stereo Total

Stereo Total a récidivé. Dans leur nouvel album Hormones, le duo franco-allemand offre leur style typique électro-kitsch à travers une collection de 14 chansons inédites, frénétiques, et souvent chaotiques, dans leur format habituel : des rafales de deux minutes en moyenne. Puisant dans un stock apparemment intarissable de projets collaboratifs, Stereo Total fournit à ses fans une nouvelle dose d’exubérance excentrique; on trouve dans leur album leur attitude unique, leurs rythmes insouciants et décontractés et leurs jeux de mots effrontés.  photo3

Après 23 ans de collaboration prolifique, la machine Cactus-Brezel est loin d’en avoir fini. Comme Françoise Cactus le déclarait lors d’une interview récente dans Kaput Magazine, “Faire de la musique devient de plus en plus facile pour nous au fur et à mesure que les années passent” – Contrairement à ce le nom de la publication pourrait laisser entendre. L’ “anti-diva” a assuré aux lecteurs que son partenaire et elle ont encore beaucoup d’idées qui leur sont propres, une affirmation confirmée dans cet album par l’absence de reprises de chansons connues – comme l’avait été leur interprétation appréciée du hit de Salt-N-Pepa “Push It”.

Françoise Van Hove a grandi à Villeneuve – l’Archevêque, une petite ville de Bourgogne ; après avoir passé une grande partie de son enfance dans la serre de ses parents, elle a reçu le surnom de “Cactus”… qui lui est resté. Cactus a déménagé à Berlin au milieu des années 1980. Ses talents y ont été façonnés par Genius Dilektant – un “mouvement musical,” selon lequel, dit Cactus : « Vous n’aviez pas besoin de savoir comment jouer du piano ou d’instruments particuliers pour faire de la musique. Il vous suffisait de monter sur scène.”

Avant de faire équipe avec son autre moitié, Brezel “Bretzel” Göring (né Hartmut Richard Friedrich Ziegler), Cactus s’était produite et avait fait un enregistrement avec les Lolitas, un groupe de filles répétant dans leur garage, influencé par le style rock et pop music américains, mâtiné de variétés françaises, un des genres favoris de Cactus – mais sans ses thèmes traditionnellement innocents. Pendant l’hiver 1992-1993 Brezel, le «multi-non-instrumentiste », rencontrait Cactus devant une boulangerie de Berlin et peu de temps après, elle apportait son expérience ainsi que sa voix bien distincte à son groupe, l’expérience Sigmund Freud; Reprenant le titre d’une cassette de chansons variées que Cactus réalisa pour Brezel, ils sont devenus Stereo Total. Cactus et Brezel avaient l’habitude de fouiller dans les bennes à ordures de Berlin-Est, sauvant ce qu’ils pouvaient des quantités d’ordures que les personnes jetaient pour se débarrasser de « tout ce qui leur rappelait leur ancienne vie en RDA.” Inspirés par cette « société du jetable» ou «Wegwerfgesellschaft», et largement influencés “par la vieille musique dont personne ne se souciait,” Cactus et Brezel “utilisaient des instruments que personne ne voulait ” – souvent construisant les leurs.

photo4 Cactus et Brezel ont convenu d’un code artistique dès le départ. Leurs sept commandements incluent un budget strict pour le coût des instruments, l’abstention de la virtuosité, l’écriture et le chant en langues étrangères, le moulage de leur identité mutuelle tiré “de la section vinyle du marché aux puces,” en évitant les grandes maisons de disques et favorisant ” les petites entreprises gérées par les passionnés de musique” – leur version actuelle est disponible par le biais des kills Rockstar bien que Cactus et Brezel soient partisans du partage de fichiers. Ils évitent soigneusement les goûts grand public, cherchant au contraire à ce que les enregistrements en studio soient en-dessous des standards techniques habituels ; cette dernière notion est une partie de la philosophie plus large du duo. Comme ils l’expliquent dans les notes de pochette de leur compilation 2015, « notre objectif a toujours été de faire en sorte que les choses ne soient pas trop parfaites, trop professionnelles ou trop bien finies » exprimant une préférence pour « accepter les erreurs» et embrassant leur son “lo-fi” et leur théâtralité.

Leur vision est de viser « la dissolution des frontières » travaillant constamment à éliminer les distinctions linguistiques, stylistiques, politiques et géographiques. Telle une édition paneuropéenne des B-52s, Stereo Total est un groupe composé de membres de multiples nationalités qui sont venus et repartis au fil du temps. L’écriture implique des langues autres que l’anglais, le français et l’allemand (ces deux dernières étant les langues d’origine de Cactus et Brezel, respectivement), les paroles varient entre le japonais, l’espagnol ou le turc.

Cette diversité a gagné l’affection des fans à l’extérieur des frontières européennes, mais ce n’est pas le seul exemple de l’inclusion sans limite de Stereo Total. Leur signature sonore est un mélange de différentes traditions musicales: “40% Yéyétronic, 20% R’n’R, 10% Punkrock, 3% des effets électroniques, 4% 60ies beat français, 7% génie dilettantisme, 1,5% Cosmonaute” – pour en nommer quelques uns – combinées avec des formes multiples d’expérimentation tels que les solos de machine à écrire.

L’indéfinissable est leur définition. Regardant en arrière, Cactus et Brezel ont observé, « habituellement, les gens disent au sujet de notre musique « Je ne peux pas comprendre. » Maintenant, ils peuvent dire: « Je ne comprends pas.»
« Stereo total » résiste aux catégorisations et définitions simples, mais s’il faut absolument placer quelque part leur style particulier de créativité, Cactus et Brezel se placent sous l’égide de “Underground Pop music” – étant bien entendu que leur musique est « séduisante comme la pop mais sans se conformer avec le goût de la majorité.»

Bien que Cactus et Brezel profitent de la liberté de se déplacer facilement entre un certain nombre de styles musicaux, leur gamme éclectique de sons est astucieusement – oserais-je dire, harmonieusement – synthétisée par l’attitude cohérente de l’irrévérence ludique et l’engouement pour les choses abimées et sans réputation ; ils sont heureux non seulement en jouant sur des poubelles réelles mais en chantant à ce sujet. En plus de la frivolité espiègle et l’insistance à prendre plaisir à s’amuser, on trouve aussi des considérations plus graves dans leur musique, parmi lesquelles un scepticisme à l’égard des normes sociales, l’insistance sur la trivialité de la beauté physique, et (évidemment) l’importance d’aimer et de vivre.

Sur le thème de la condition des adolescents, Hormones est une sorte d’étude légère des filles et des garçons, avec un aspect personnel presque anecdotique pour Cactus. Seule femme dans un groupe du même nom, Hormones lui rappelle ses expériences et le climat général de l’époque.
“Nous nous appelions Les Hormones au début des années quatre-vingt ; à l’époque les hormones étaient vraiment branchées. On en parlait partout. Dans l’eau, dans le porc, et surtout dans les pilules. »
L’album s’inspire aussi d’un développement inattendu et maladroit au sein de ce groupe. «Je suis allée en vacances pour quelques semaines, et quand je suis revenue, ils m’avaient remplacée par un garçon! Ils voulaient être entre eux, ils ont cru que les filles ne pouvaient pas jouer de la guitare. J’étais horrifiée. »

En plus de se montrer une guitariste et une percussionniste accomplie aux cotés de son homologue masculin dans les décennies qui ont suivi son éjection imprévue de l’ancien groupe, cet album permet aussi à Cactus d’y faire ses débuts en tant que productrice : elle en a mixé toutes les pistes pour la première fois.
Kraftwerk est généralement mentionné comme celui qui a produit une impression durable sur Stéréo Total; de la même façon, la musique des années 1960 a un certain magnétisme autour duquel la dyade gravite sans cesse. Et leurs habituelles références à la culture de cette époque ne s’arrêtent pas là.
« Space-surf » reste présent dans la chanson criblée de laser “Doktor Kaktus,” qui mélange science-fiction et horreur dans un hymne pour les éternels ados obnubilés par leurs problèmes de cheveux en spaghetti et boutons disgracieux. La chanson sans parole “Cactus Berry” pourrait confortablement trouver sa place dans la musique d’un western spaghetti, avec tempo rapide, une harpe électrique, et le meilleur synthétiseur qu’on puisse trouver pour créer les lamentations évocatrices de Morricone dans ses “chœurs masculins sans paroles.”
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Toujours sexuellement chargé, Hormones n’oublie pas d’ajouter les mentions obligatoires des aspects bruts de l’amour, comme dans “Labu Hotelu (Das Stundenhotel)” – au sujet d’un hôtel horaire. Bien que moins languissante, la chanson rappelle l’érotique “Je t’aime… moi non plus,” de Gainsbourg, moins le filtre flou. Mais, malgré les connotations de son thème cru, “Labu Hotelu” est ironiquement traité d’une manière plus sobre et consciente de soi, une caractéristique de Stereo Total; Les éclats extatiques de Cactus, minuscules et répétitifs, deviennent comiques.
De même, les circonstances entourant une rencontre fortuite dans “Good Night, Bad Morning” ressemblent à un problème que Batman et Robin devraient résoudre; Et impossible d’ignorer les échos du thème du super-héros provenant de la musique écrite par Neal Hefti pour la série Adam West.

“It’s All Because of You” (Tout ça, c’est grâce à vous) : c’est la conclusion de l’album, où le choc d’être tout simplement heureux s’ajoute à la confiance, en réponse à l’insécurité abordée dans les chansons précédentes, comme dans les idéalisations abstraites ridicules de la piste d’ouverture, « zu schön für Dich. »
Les observations accusatrices de Cactus révèlent une tolérance pour les banalités de notre existence et même une appréciation nouvellement trouvée pour les personnes les plus irritantes. Son sifflement insouciant stabilise les déséquilibres chimiques, apaisant les nerfs à vif, l’anxiété, l’hystérie et la violence trouvés plus tôt dans l’album et le conclut sur une note optimiste.

Cactus et Brezel ne prévoyaient pas une carrière de plus de trois mois; ils sont maintenant amusés par une nouvelle génération de jeunes fans qui leur disent: «Je connais tous vos disques par ma mère. » Lorsque ces maîtres amateurs infatigables n’enregistrent pas de musique pour films roses japonais ou ne crochètent pas des poupées grandeur nature, ils sont sur la route du spectacle. Stereo Total démarre une nouvelle tournée en juin, en commençant par un spectacle en Allemagne.


About the Author

is an English teacher (both language and literature). Kirsten completed her Master's degree in the UK, and is currently working on a PhD thesis. She is usually happiest when traveling; she reads a lot, and enjoys writing when she has a spare moment.



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