Art & Culture

Published on août 9th, 2015 | by Lucie Pierron

0

Des jours de Gustav Klimt – Secession à Vienna

« A chaque époque son art. A l’art sa liberté »
Devise de la Sécession.

Le Baiser est sans doute l’œuvre la plus connue de Gustav Klimt. Tout le monde a en effet en tête ce couple s’enlaçant imbriqué entre des formes géométriques données, décorées à la feuille d’or de manière éparse.

Klimt

Gustave Klimt. Photo par Wikipedia.

La Pinacothèque de Paris a accordé une rétrospective non pas au peintre viennois mais à tout un collectif d’artistes avec lequel il a évolué. Combat, redéfinition de la peinture ou innovation incomprise et mal reçue, sont les mots clés de cet art qui tend à accoucher dans la douleur.

Leur propre désignation interpelle : ils se donnent le nom de Sécession. La sécession est l’acte politique visant à se séparer officiellement et volontairement du reste de l’État ou de la fédération à laquelle on appartenait jusqu’alors. L’emploi de ce terme en temps de guerre augmente sa signification. Cette rupture, cette lutte, est très importante puisqu’elle va marquer l’identité de ces nouveaux artistes peintres. Par leur Art ils vont tracer leur propre chemin parmi l’Art institutionnalisé.
Allons donc découvrir cet art peu connu et pourtant si riche et passionnant.

frise_beethoven

Beethoven Frieze. Photo par Lucie Pierron.

1. La défense d’une œuvre totale et pluridisciplinaire.
Ce qui frappe au premier abord dans cette exposition, c’est le concept de « Gesamkunswerk », soit l’œuvre totale développée au XIX° siècle par le compositeur Richard Wagner. Pour l’artiste, le peintre comme le musicien ou l’écrivain, l’œuvre est globale, totale. Il est assez facile de comprendre ce principe si l’on pense à la Symphonie n°1 de Wagner par exemple et à l’importance de l’œuvre dans son intégralité. Isoler le solo de contrebasse du 2nd Mouvement n’aurait guère de sens. C’est parce qu’il appartient à la symphonie que ce solo s’affirme complètement. Il sert la symphonie.
Pour rester dans la métaphore musicale, on peut citer la très belle Frise Beethoven exposée au cœur de l’exposition. Cette frise de 34 mètres de large sur 2 de haut a été conçue pour l’exposition de la Sécession en 1902. C’est la première fois que cette œuvre monumentale est reconstituée en France. Elle représente quelques personnages enlacés et reliés les uns aux autres, chacun est en partie décoré à la feuille d’or.
Hormis les personnages, la toile sur fond blanc est épurée. Klimt l’a peinte comme un artisan peindrait les murs d’une maison en construction, renforçant à nouveau le contraste entre l’héroïsme et le pragmatisme. C’est donc l’œuvre dans son intégralité qui prime sur le reste. L’œuvre innove ainsi autant dans sa réalisation que dans sa conception.

Cette fresque a une importance cruciale dans l’œuvre et dans l’évolution du peintre. En 1902 ; c’est la première fois que Gustav Klimt utilise la feuille d’or en guise d’ornementation.
Cette technique a deux avantages : dans un premier temps elle apporte un côté exotique aux personnages représentés. On ressent des influences perses ou du Moyen-Orient en contemplant ses peintures. Les visages sont sublimés par l’or leur apportant cette touche d’héroïsme, entourés d’une aura intouchable. Cette technique sera cependant jugée inadaptée et orgueilleuse. Dans une conception classique, le tableau sert la nature crée par Dieu et n’a pas pour but d’atteindre le divin. C’est ce qui sera reproché à l’emploi de la feuille d’or, comme une volonté de dépasser l’œuvre crée par Dieu et de s’autoproclamer créateur, divin.
Dans un second temps, une telle décoration donne une configuration artisanale aux créations picturales, dimension qu’elles n’avaient pas du tout avant.

La Fresque Beethoven contient donc en elle-même les clés d’une nouvelle conception de la peinture : une taille innovante, une technique différente et un sujet bien sur déroutant, celui représentant des hommes qui s’enlacent.

Penchons-nous davantage sur ces nouvelles œuvres d’Art.

2. Des œuvres novatrices jugées dérangeantes.
La deuxième caractéristique du Mouvement de Sécession à Vienne est son caractère novateur. On loue la première toile exposée de Klimt dans la lignée picturale de ses maîtres, on bannit les suivantes.
Pourquoi un tel tournant ? Le travail de Klimt subit un profond changement à cause d’une circonstance malheureuse. Klimt perd son petit frère et son père à la suite d’un accident. Cet événement marque un véritable tournant dans son rapport à l’Art. Il n’hésite plus à affirmer ses idées, à sortir des sentiers battus copiant ainsi ses maîtres.

judith_rahmen

Judith Rahmen. Photo par Lucie Pierron.

Ainsi, à une époque où le néo-impressionnisme ou les nabis règnent en France, on ne comprendt pas les œuvres de Klimt et de ses contemporains.
Et pourtant, ces dernières sont très complexes. S’emparant de l’histoire biblique, Klimt utilise les figures féminines mythiques comme modèle pour ses œuvres. Ainsi Judith, l’héroïne juive qui décapite son ennemi Holopherne pour sauver son peuple d’une invasion assyrienne, devient un sujet de tableau pour Klimt. On retrouve tous les éléments de l’histoire, la détermination et le soulagement de Judith. Le doré qui la propulse au rang d’héroïne salvatrice de son peuple ou encore la tête d’Holopherne se dessinant entre les motifs dorés.

Cette attention portée aux figures féminines bibliques se retrouve dans d’autres tableaux de Gustav Klimt mais également chez ses contemporains comme le très beau texte Salomé d’Oscar Wilde. Ces artistes réinventent donc la représentation de ces femmes de pouvoir. Mais une telle approche dérange la société viennoise et le génie de Klimt ne sera reconnu du grand public que bien plus tard. C’est donc une véritable identité picturale qui se forge à Vienne à cette époque-là, brassant tous les arts se définissant par un nouveau courant : l’expressionnisme.

Cet article est assez analytique, ce qui ne me ressemble pas. Néanmoins, l’exposition de la Pinacothèque est construite dans ce sens et incite les spectateurs à se pencher davantage sur l’analyse du tableau et la place qu’il occupe dans un mouvement. Je vous invite donc à vous intéresser à l’Art de Gustav Klimt, mais peut-être dans une approche plus didactique que la Pinacothèque, en maniant des supports variés et interactifs… Bonne découverte !

Photo d’entête : Le baiser via wikipedia


About the Author

Etudiante en sociologie et en sciences politiques à l'Université Paris Dauphine, Lucie baigne dans le monde culturel et particulièrement dans la musique. Pianiste, ouvreuse à la Philharmonie de Paris, elle désire s'orienter vers la production dans la musique classique, à terme. Voyageuse dans l'âme, Lucie a mené dernièrement une enquête de terrain de trois mois sur l'implantation des nouvelles Philharmonies polonaises (dans 15 villes différentes). Démocratiser la culture et la faire venir dans les milieux les plus défavorisés est une des missions qui lui tiennent le plus à cœur, justifiant son engagement au GENEPI, association favorisant l'intervention en prison.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


CAPTCHA Image
Reload Image
Back to Top ↑