Leo Caillard L’artiste Leo Caillard allie la science et l’art pour nous inviter à voir le monde autrement – French Quarter Magazine

Art & Culture

Published on décembre 19th, 2018 | by Laurence de Valmy

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L’artiste Leo Caillard allie la science et l’art pour nous inviter à voir le monde autrement

L’artiste Leo Caillard joue avec notre relation au temps à travers des œuvres photographiques et des sculptures qui mixent les périodes et nous invite à porter un regard différent sur notre époque. C’est grâce à un parcours tout d’abord scientifique puis dans la photographie que ce jeune artiste développe son oeil critique sur notre société en mutation. Il crée une première série Art Games, en 2010 sur la place du digital dans les musées. C’est sa série Hipsters in Stone, en 2012, qui confirme sa place et le fait percer.  Son oeuvre réussit la performance d’être appréciée du grand public pour son regard léger et humoristique et des professionnels de l’art pour son message plus philosophique sur la mutation et la fin des civilisations.

Il a été récemment invité à exposer à Londres avec Damien Hirst et Jeff Koons puis en fin d’année à Scope Miami et en février au Musée St Raymond de Toulouse. Et si vous passez à Orly, vous ne pourrez pas manquer ses photographies d’oeuvres du Louvre qui accueilleront les passagers pour les 3 prochaines années.

Un artiste au parcours prometteur, qui sait aussi bien parler d’art que de science et de philosophie et dont on a hâte de voir les prochaines créations.

Leo Caillard au Louvre

Quels ont été les moments clés de votre parcours ?

Cela a été en plusieurs étapes : tout d’abord je viens d’une famille dans l’art, plutôt dans la musique, ce qui m’a ouvert sur un sens artistique. Pourtant je n’ai pas pratiqué l’art tout de suite car je voulais être astrophysicien et j’ai donc un parcours lié à la physique quantique. J’étais curieux depuis l’enfance de voir le monde autrement et jusqu’à mes 20 ans cela passait par des objets tels des télescopes ou des microscopes c’est à dire des objets scientifiques liés à l’optique. C’est une démarche assez cartésienne de ne pas se laisser berner par les sens et arriver à voir plus loin que ce que le réel nous donne. J’ai ensuite compris que ce qui m’intéressait dans les sciences, c’était finalement la poésie des sciences, c’est à dire leur aspect artistique qui est celui de voir autrement et de donner un sens plus profond aux choses. J’ai du coup choisi de faire de la photographie, toujours en lien avec cet objectif de voir autrement. J’ai suivi une formation aux Gobelins ou j’ai pu apprendre toutes les techniques, plutôt dans une approche publicitaire communicante. J’ai eu mes premiers jobs et ça fonctionnait plutôt bien mais assez vite j’ai perçu que la publicité ne serait pas une finalité. Mes photos ont alors tourné autour du musée du Louvre avec ce travail autour du rapport avec le temps et des questions sur l’appréhension de l’image aujourd’hui. J’adorais observer les personnes qui chassaient les photos dans le musée et qui passaient souvent à côté de l’essentiel. Cela m’a inspiré ma première série qui s’appelle Art Game où je traitais de cette question du numérique au musée et qui m’a permis en 2008 de faire mes premiers pas dans le monde de l’art.

Série Art Game

Alors justement quel est votre regard sur toute cette technologie disponible à portée de main ?

Je trouve que la technologie disponible actuellement est fascinante et je pense que nous sommes dans une époque pleine d’espoir et fantastique. Il y a d’un côté la diffusion du savoir, des réflexions, tout un courant de pensée très progressiste mais en parallèle la bascule est subtile et la technologie peut diffuser des fake news ou manipuler les faits.

Comme dans tout changement de société important, il faut d’abord se brûler avec le feu avant de maîtriser les outils. Je pense qu’on est encore à une époque où on se brûle avec la technologie : internet et le numérique sont très jeunes. Selon moi, les personnes qui mettent un appareil entre eux et les oeuvres le font d’une certaine façon pour se protéger de l’oeuvre: elles utilisent leur téléphone comme moyen illusoire de tout voir et au final cela les empêche de voir.

Hipsters in Stone

Vous êtes particulièrement connu pour votre série Hipsters in Stone. Quelle est l’histoire de cette série ?

Après la série Art Game avec le Louvre, j’ai eu en 2011, cette idée de rhabiller les statues. Le Louvre a trouvé l’idée intéressante mais il n’était pas question de toucher les statues ! J’ai donc conçu le projet de manière digitale en prenant des photos des statues puis des photos de modèles qui avaient les mêmes gabarit et qui posaient en studio : il y avait donc toute une complexité technique assez importante. La série a très bien fonctionné et j’ai eu beaucoup de retombées médiatiques. Le Louvre a aimé le fait que j’ai réussi à moderniser l’image du musée et ils m’ont donné accès aux ateliers de rénovations ou j’ai pu faire des habillages en vrai. Par ailleurs, cette série a été vue par des galeries d’art qui ont commencé à vendre les photos.

Quel est votre message à travers votre travail ?

Je n’ai jamais voulu rentrer dans le politique car je considère que ce n’est pas mon rôle en tant qu’artiste même si la pensée artistique rejoint le politique. Je suis quelqu’un qui met beaucoup d’humour dans mon approche avec une question de fond plus sérieuse qui est :  qu’est-ce qui fait basculer une civilisation ? Habiller des statues, c’est amusant, c’est aussi une réflexion sur les temporalités qui se rencontrent. C’est étonnant de constater que le passé nous rattrape et qu’il y a une forme de néo-classicisme dans l’art actuellement, on le voit avec beaucoup d’artistes comme Hirst, Koons qui se mettent à utiliser des figures statuaires. Cela correspond à des questions autour de notre civilisation en bascule.

Comment s’est faite la transition vers la sculpture ?

Suite au succès de Hipsters in Stone, je me suis formé à la sculpture au sein des ateliers du Louvre. Je suis d’une génération technologique et j’ai autant une sculpture traditionnelle que technologique. Aujourd’hui, les sculpteurs ont un pied dans les deux techniques et on peut d’ailleurs arriver à des formes de sculpture que l’on ne pourrait pas concevoir sans la technologie mais la main est ce qui permet d’avoir la touche que la 3D n’aura pas car elle est trop propre.

Vous avez été invité à l’exposition “Classical Now” au Kings College à Londres, auprès de stars de l’art tels Hirst et Koons. Pouvez vous nous parler de ce projet ?

Cela a été ma première exposition muséale : le Kings college de Londres, en partenariat avec le British Museum, a interrogé des artistes sur les influences classiques dans l’art contemporain. Ils m’ont invité à faire une performance et à habiller les colosses du Kings College. Ce sont des statues qui ne sont pas dans des proportions humaines donc c’était un challenge un peu dingue et j’ai eu une chance incroyable de participer à cette exposition et d’être un peu le outsider.

Quel serait le projet de vos rêves si vous aviez carte blanche ?

Si on part dans le rêve absolu, ce serait d’avoir une oeuvre qui soit envoyée dans l’espace car vu que l’espace n’a pas d’atmosphère ou de température, théoriquement l’oeuvre a une durée de vie infinie… mais bien sur c’est de l’ordre du rêve d’enfant ! De manière plus réaliste, je pense que j’ai un art qui est encore très jeune et j’espère arriver à une oeuvre encore plus forte autour du beau. J’avais lu cette phrase de Hegel en philo “le beau est une vérité subjective qui permet à l’autre de prendre conscience de soi” et je pense que dans l’art on a cette volonté d’aider les gens à se sentir vivants. Si un jour j’arrive a cela, toucher les gens dans ce sens, ce serait le but ultime.

Light Stone

Quelles sont les réactions du public et ce que cela vous inspire ?

J’aime bien l’accessibilité de mon art c’est quelque chose que j’ai toujours souhaité défendre. C’est un art qui va autant attirer le regard d’un enfant de 12 ans, d’une personne plus érudite ou pas, et cette idée d’avoir des retours qui ne sont pas lié à une cible précise me plaît. Mon travail amuse et c’est très bien et cela ne me dérange pas que les gens s’arrêtent à ça. Mais j’ai peu de retours de gens qui captent le message en deuxième intention et c’est peut être là que j’ai encore envie d’aller plus loin.

L’art s’est fortement démocratisé et pourtant il garde cette image élitiste qui rend parfois certaines personnes réticentes à franchir le pas de lieux culturels. comment expliquez vous les choses ?

On constate un retour au figuratif qui est très présent dans l’art de ces 10 dernières années, et qui est souvent perçu comme plus abordable. Mais les gens ont une petite réticence vis-à-vis de l’art parce que l’abstraction des années 50/60 avec Pollock entre autres est immense, mais pour y accéder il faut une grosse culture artistique. Il y a eu quarante ans d’excellence intellectuelle dans l’art et les gens perçoivent l’art comme une sorte d’élitisme alors que c’est aussi quelque chose qui peut s’appréhender de façon abordable. J’espère garder cette simplicité pour inviter les gens aller plus loin.  Ensuite récemment, j’ai aussi entendu cette phrase de Warhol très vraie “le rôle de l’artiste ce n’est pas d’expliquer l’art, c’est de faire de l’art”. L’art est souvent une empreinte d’une époque qui est souvent comprise un peu en décalage avec son époque.

Light Stone

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez ?

Mes créations récentes allient toujours le dialogue avec le temps qui est le cœur de mon travail, avec la mise en relation d’un élément qui est passé et d’un autre qui est présent. J’ai une série de sculptures qui joue sur le rapport entre la pierre / le durable et la lumière / l’immatériel avec des oeuvres traversées de néons.

L’autre série que je travaille actuellement, c’est d’aller vers l’abstrait, avec des jeux de cercle en marbre qui tiennent dans un équilibre improbable. Il y a un dialogue entre la gravité de la pierre et la légèreté de la pesanteur.  Je me reconnecte avec ce côté plus métaphysique des sciences…

www.leocaillard.com

Instagram/@leocaillard

Facebook.com/Leo-Caillard


About the Author

est une artiste née en France qui vit et travaille à New York. Elle est une artiste peintre créatrice de la série POST, elle a peint Instagram revisitant l'histoire de l'art. Elle a été nommée à une résidence d'artiste par la Fondation Eileen Kaminsky (ESKFF) à Mana Contemporary, au New Jersey, en 2017. Elle a créé le blog "The Curious Frenchy" et collabore désormais au French Quarter Magazine. https://www.instagram.com/laurencedevalmy/



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