Interviews

Published on janvier 9th, 2019 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Interview : les actions et la mission de la Fondation Anne Fontaine dans la lutte contre la déforestation

French Quarter Magazine : Une soirée de gala au bénéfice de la Fondation Anne Fontaine est organisée à l’Ambassade de France à Washington D., le 21 mars 2019. La protection de l’environnement, La Journée Internationale de la Forêt, le réchauffement de la planète, la parole est aux femmes, seront au cœur du “Green Attitude Gala.” Pouvez-vous nous en dire plus?
Anne Fontaine :Tout d’abord je suis très honorée par cette soirée au bénéfice de ma fondation organisée par l’artiste Pascal Blondeau, sous le haut patronage de son excellence Gérard Araud, ambassadeur de France aux Etats-Unis. Ce gala célèbre au sein de l’ambassade de France notre planète Terre, sa richesse et sa biodiversité. Il place la nature au cœur de notre vie, ce dont nous avons besoin au quotidien et comment nous devons agir pour ne pas que disparaissent les espèces animales, végétales mais aussi les tribus indigènes qui sont aujourd’hui grandement menacées. Cette action collective que nous devons tous porter est aussi une manière de réfléchir à comment construire ce nouveau monde en trouvant des solutions positives, en phase avec notre société et les outils mis en place tout en restant attentifs aux autres. Comme le mentionne Gérard Araud l’ambassadeur de France aux Etats-Unis «Nous savons que nous ne relèverons le défi du changement climatique que si nous le voyons aussi comme une opportunité: innover; créer des emplois et de la croissance; améliorer la sécurité énergétique et la compétitivité; et créer des sociétés plus saines et plus justes. » Cette force est aussi générée par les femmes. Dans de nombreux pays, les femmes et les jeunes femmes sont particulièrement exposées au changement climatique. Elles ont la responsabilité de trouver de la nourriture, de l’eau et des ressources énergétiques pour cuisiner, se chauffer et subvenir aux besoins de leur famille. Cela signifie qu’elles dépendent des ressources naturelles pour leur subsistance, aujourd’hui menacées par la sécheresse, des précipitations incertaines et la déforestation. Les femmes entrepreneurs, à la direction de sociétés mais aussi les artistes ont joué un rôle majeur dans la signature de l’Accord de Paris. Aujourd’hui, les femmes transforment les idées en solutions. Ce gala met au cœur du changement climatique des femmes engagées chacune dans leur secteur d’activité, leur passion, leur savoir-faire pour que nous tous mais aussi nos enfants et nos petits-enfants vivent heureux sur notre Planète. Etre entourée par des femmes comme Vera Wang et Sheila lors du gala « Green Attitude » me rend très heureuse car nous portons toutes des messages d’espoir dans l’industrie de la mode et dans le monde artistique. D’ailleurs, le 21 mars 2019, journée internationale de la Forêt, nous planterons avec l’ambassadeur un érable dans le jardin de l’ambassade de France, symbole de l’Espérance. Ce gala porte des valeurs essentielles qui me sont chères depuis que j’ai vécu avec la tribu Canela dans la Forêt amazonienne lorsque j’avais dix-sept ans. French Quarter Magazine : Comment est né votre intérêt pour la lutte contre la déforestation et quand a été créée la Fondation Anne Fontaine ? Anne Fontaine :Je suis née à Rio de Janeiro où j’ai grandi. La forêt a toujours été proche de moi. J’ai vécu avec les indiens Canela dans la forêt amazonienne, avec les mangroves et les singes tamarins. J’ai chassé, pêché, confectionné des paniers, des vêtements et des hamacs. Je mangeais ce que la nature nous offrait. Je me suis baignée dans les rivières et partagé des moments de jeux avec les enfants. J’ai appris à connaitre les dangers de la forêtet à trouver ses antidotes.J’ai découvert les propriétés médicinales des plantes, l’art de guérir et la capacité de lire la nature. La joie règne dans cette vie au cœur de la forêt et les émotions sont intenses. La forêt, c’est la base de nos racines, de notre être au plus profond de ce que nous sommes. Cette expérience dans la forêt amazonienne reste l’influence la plus puissante dans ma vie. J’ai créé en 1991 la maison de couture Anne Fontaine avec mon mari Ari Zlotkin. Nous avons fondé notre entreprise et définit notre vie sur la base de certains principes que j’ai appris avec la tribu Canela. Nous avons établi notre studio en Normandie.  90% de notre nourriture était cultivée sur notre propriété : légumes, confiture, pain, etc. Avec nos équipes, j’attache beaucoup d’importance à transmettre ce que j’ai appris dans la forêt, notamment ne rien gaspiller, que tout se recycle.Réduire notre empreinte carbone dans nos bureaux et nos boutiques passent par la question de l’énergie, du recyclage, de nos moyens de transport, et par la réduction de la consommation du plastique. Pour mes collections, je suis en relation avec des sociétés innovantes sur les nouveaux matériaux. Le marché est encore très restreint et nécessite d’importants investissements afin que les acteurs de l’industrie puissent se permettre d’en faire leur principale source de matériaux mais je suis confiante sur nos capacités à transformer cette production. En 2011, j’ai fondé la Fondation Anne Fontaine afin de lutter contre la déforestation de la forêt atlantique brésilienne : La Mata Atlântica, lieu d’origine de la tribu Canela qui se sont ensuite déplacés en Amazonie. Chaque année j’organise le Forest Day dans toutes mes boutiques en Europe, en Asie et aux Etats-Unis. Un jour par an 50% des ventes sont reversées aux actions de la Fondation pour planter des arbres dans la Mata Atlântica. Cette année nous célébrons ce jour le 11 avril 2019. J’ai souhaité mettre en avant une image d’une tribu indienne : les Huni Kuin car les peuples indigènes sont de plus en plus menacés par la déforestation. Nous devons préserver leur habitat : La forêt. D’une part, la Fondation collabore avec des partenaires locaux au Brésil pour identifier les terres à replanter et sensibiliser la population autochtone. La Fondation est également  engagée dans l’éducation à travers des projets artistiques visant à éveiller les consciences aux problèmes environnementaux et destructeurs de notre planète. C’est ma manière de donner en retour quelque chose à l’environnement (et à ma tribu) qui a forgé la personne que je suis devenue. Fondation Anne Fontaine : ses missions et actions
Reproduction peinture Huni Kuin, Brésil, Fondation Anne Fontaine
Ce que nous faisons La Fondation Anne Fontaine a été créée avec comme mission principale: la reforestation de la Mata Atlântica, la forêt atlantique du Brésil qui longe la côte Est du nord au sud du Brésil. La fondation est active depuis 2011: nous avons déjà mis en œuvre 3 programmes de reforestation avec les ONG locales de Bahia, Pernambuco et du Minas Gerais, mené de nombreux projets avec des écoles et organisé des initiatives artistiques avec des artistes internationaux ayant pour sujet principal est la nature. Nous soutenons des scientifiques et offrons une bourse de recherche au New York Botanical Garden. Chaque année, nous collectons des fonds pour la Fondation à travers le Forest Day, au cours duquel 50% des ventes de la Maison de Couture Anne Fontaine sont reversées à la Fondation. Résultats • 45 000 arbres plantés dans la Mata Atlântica • Plus de 20 sources d’eau réactivées avec les agriculteurs et les fermiers • 25 workshops organisés pour les enfants des écoles publiques au Brésil et à New York sur la reforestation • 3 ventes aux enchères avec 35 artistes internationaux organisées avec Sotheby’s à New York et en France • 2 expositions parrainées dans des institutions prestigieuses aux États-Unis : Sebastião Salgado à l’ICP New York, Burle Marx au New York Botanical Garden • 7 Forest Day organisés avec des artistes et des scientifiques • 4 conférences à New York avec des scientifiques, des cinéastes et des créateurs de mode sur la durabilité et le changement climatique • 12 visites d’institutions, d’ateliers d’artistes et de galeries new yorkaises pour des expositions sur la nature et l’environnement : Tarsila Do Amaral, Henrique Oliveira, Valdir Cruz, Kim Dorland, Jose Zanine au Salon Art + design, Sebastiao Salgado. Programmes 2019-2020 PLANTATION-SEMENCES-SERRES – Plantation de 100,000 arbres avec des ONG basées au Brésil ÉDUCATION – One Two Tree, programme éducatif, scientifique et artistique destiné aux enfants d’écoles primaires à Serra Grande, Bahia et à New York SCIENCE – Bourse « Mata Atlântica et Biodiversité » pour les botanistes ART – Programmes spécifiques Art et Environnement et expositions avec des artistes brésiliens
William Wayt Thomas, Elizabeth G. Britton Curator of Botany New York Botanical Garden Depuis 1990, Professeur Wayt Thomas étudie la diversité végétale des forêts côtières du Brésil afin de mieux les conserver. Il a obtenu son doctorat de l’Université du Michigan en 1982 et travaille au New York Botanical Garden depuis 1983. Ses recherches lors d’expéditions se sont concentrées sur les forêts du nord-est du Brésil, en particulier Bahia, où il collabore avec des universités locales et apporte son expertise à différentes ONG. Actuellement, il est également l’un des coordinateurs de World Flora Online, un projet mondial visant à mettre en ligne des informations sur toutes les espèces de plantes dans le monde. Professeur Thomas a rejoint le Board de la Fondation Anne Fontaine en 2016. French Quarter Magazine : Le danger qui menace les forêts tropicales est chaque jour plus inquiétant. Quelles sont les forêts les plus touchées par la déforestation aujourd’hui ?  Professeur W. Thomas :La forêt tropicale atlantique brésilienne, ou Mata Atlântica est un étroit couloir « vert » qui s’étend sur 3000 km entre la côte du nord du Brésil, Rio Grande Do Norte et Rio Grande do Su, proche du Paraguay. Cet espace forme une bande de forêt large de 100-200km coincée entre l’océan et les haut plateaux secs de Planalto. Menacée par la déforestation, cette forêt est aujourd’hui l’une des plus fragilisées dans le monde, avec seulement 7% de ses surfaces d’origine restantes. Ce réservoir de biodiversité, l’un des plus importants au monde, accueille 2315 espèces animales et 15 500 espèces végétales dont la moitié sont endémiques, c’est-à-dire qu’elles ne se trouvent nulle part ailleurs. French Quarter Magazine : Quelles sont les conséquences environnementales les plus préoccupantes de la déforestation ? Professeur W. Thomas : Les conséquences les plus préoccupantes dans la déforestation massive sont que les espèces de plantes et d’animaux dans la forêt atlantiques du Brésil sont en train de disparaitre à jamais. Nous devons également nous rappeler que, contrairement aux forêts amazoniennes, la forêt atlantique existe aujourd’hui par fragments. Dans de nombreux endroits de la région forestière de l’Atlantique, les tribus autochtones risquent de perdre leurs forêts et leurs connaissances culturelles basées sur les plantes (plantes forestières pour se nourrir, se soigner et se soumettre à des rituels). Récemment, la région côtière des États d’Espírito Santo et de Bahia a subi une terrible sécheresse qui a touché toutes les industries agricoles. Il ne fait aucun doute que cela a été causé ou aggravé par la déforestation régionale. Ces sécheresses deviendront de plus en plus fréquentes et graves si le reboisement ne devient pas une priorité. L’homme est le gardien responsable de l’environnement. C’est donc à nous de protéger les magnifiques ressources que possède notre planète. Sur le plan écologique, la diversité est importante, une perte à long terme de celle-ci endommagera la capacité de l’environnement à recycler des nutriments. L’espoir est dans la science et l’innovation car on sera bientôt capable d’utiliser les ressources génétiques stockées dans la diversité biologique des forêts tropicales, mais uniquement si on les protège dès maintenant. Cet article a été traduit en anglais par John Wilmot.


About the Author

est originaire de Versailles. Elle a toujours voulu découvrir le monde, ce qu'elle a fait à partir de 17 ans lorsqu'elle a eu la chance d'étudier à l'étranger à Rhonda, en Espagne. Elle a parcouru le monde de Hong Kong à Taiwan, de l'Irlande à l'Autriche, en passant par le Luxembourg, le Liechtenstein et Monaco, et a découvert l'ensemble des pays de l'Italie et du Maroc. Elle se sent réellement citoyenne du monde. Elle s'est enfin installée plusieurs années à Los Angeles où elle a travaillé au Consulat de France à Los Angeles. Passionnée par les arts et l'histoire, elle a obtenu une Licence en histoire de l'Université de Californie à Berkeley et a étudié un programme de maîtrise en éducation à l'Université de Californie du Sud. Elle a enseigné le français à UNLV et CSN au Nevada. Elle est la fondatrice et la rédactrice en chef du French Quarter Magazine, dans lequel elle écrit, interviewe des personnes dans des domaines très variées, propose des idées d'écriture aux écrivains et aux journalistes, prend des photos et écrit actuellement son premier livre traduit sur la vie de Coco Chanel qui est remplie d'aventures, d'intrigues, d'histoire et d'amour.



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