Histoire

Published on janvier 28th, 2019 | by Philippe Bouthet du Rivault

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Interview Exclusive du 26 octobre 2018 avec Yann Cariou, Le Commandant de la Frégate Hermione, à propos du Voyage de L’Hermione en Amérique et en Méditerranée

https://youtu.be/O5UwQnq5Hcc
Merci commandant de nous recevoir chez vous, dans votre bureau face à la mer à Audierne. Alors, pour French Quarter Mag que pouvez-vous nous dire de votre dernière navigation en Méditerranée, quel retour d’expérience vous en tirez ? Alors, cette navigation elle a été intéressante au niveau technique et humain aussi. Parce qu’en fait elle nous a un peu ouvert les yeux. Il faut savoir que pour la première fois nous sommes partis en février c’est-à-dire au cœur de l’hiver en France surtout dans le golfe de Gascogne qui est réputé assez tempétueux et même dangereux à cette époque -là. Reprendre la mer après un an et demi d’immobilisation, c’est-à-dire un bateau qui n’a pas navigué depuis tout ce temps-là, un équipage un peu dispersé et dont une bonne partie, notamment dans les gabiers n’avait pas navigué pendant toute cette période, voilà. Tout ça fait un contexte de reprise difficile avec une situation météo difficile prévisible. Après on escomptait toujours un hiver. Donc on a quitté Rochefort fin janvier pour aller à La Rochelle pour finir l’armement et on a appareillé de La Rochelle le 20 février direction la Méditerranée où l’on devait faire un voyage de quatre mois. On savait que le début allait être difficile parce que pour aller en Méditerranée il faut sortir du golfe de Gascogne, on appelle ça “dégolfer” ; il y a un terme qui a été inventé tellement c’est difficile, c’est un peu comme ?? et il faut passer le cap Finistère en Galice et ensuite descendre le long des côtes du Portugal sachant que les dépressions atlantique arrivent là régulièrement et ensuite Gibraltar et rentrer en Méditerranée. Alors, cette année la situation était particulière parce que le “storm track” qui est le courant jet le long desquelles circulent les dépressions atlantiques. Ce storm track il est normalement établi entre Terre-Neuve et l’Ecosse, cette année il était entre la Caroline, Caroline du Nord – Caroline du Sud et le Maghreb. Donc vous étiez en plein dedans. Donc nous on s’est retrouvé… finalement on est sorti du golf en très peu de jours : on avait du vent de nord-est, petite brise d’est. Ça nous a permis tout de suite de nous entrainer. De vous amariner, d’amariner l’équipage. De nous mettre dans le bain un peu, de prendre nos marques parce que l’on avait prévu dès le départ une semaine d’entrainement mais on a dit on va s’entrainer sur la route. L’essentiel est de sortir du golfe qui est un peu un piège parce que les vents d’ouest poussent dans le fond. Donc on a gagné assez rapidement la latitude au large de Porto et c’est là que les difficultés ont commencé puisqu’on a vu sur la carte météo une famille de dépressions de l’autre côté de l’Atlantique et effectivement le lendemain on a reçu la première dépression à force 8 avec un orage des grains violents, on a engagé, c’est-à-dire que le bateau s’est couché, un grain qui n’était pas prévu, le premier grain et ainsi de suite. Ensuite on s’est retrouvé au large du cap Saint-Vincent avec force 10, des creux de 10 mètres et des dépressions successives, c’est-à-dire que toutes les 24 heures il y a une autre qui arrive, des dépressions très fortes et la mer grossit puisque le vent reste établi de secteur sud, sud-ouest et ouest, pas de bascule au nord-ouest, il n’a pas le temps d’avoir sa bascule au nord-ouest puisque la deuxième arrive derrière. Donc on est dans un vent à peu près égal, on avait de la mer qui grossissait on a commencé à avoir des difficultés : on a commencé à avoir des blessés à bord, des gens malades du mal de mer et puis la fatigue qui s’est installée ; faire une manœuvre avec 30-40 nœuds de vent bon c’est beaucoup plus difficile qu’avec 20 ! et puis les forces diminuent. Quand il y a des blessés, des malades victimes du mal de mer, on a moins d’hommes sur le pont et ceux qui vont doivent travailler plus. C’est le cercle vicieux. C’est le cercle vicieux. Donc effectivement on a vu, on a pris conscience que, parce que c’était la première fois que l’on avait du gros temps durable, plus de 5 jours, 6 jours de gros temps successifs, on a vu nos forces diminuer rapidement. Donc j’ai réalisé que l’on n’était pas assez nombreux et aussi que ceux que l’on avait étaient peut-être de moins bonne qualité que ceux que l’on avait en 20144 et 2015. Ils étaient peut-être moins motivés, on a été moins rigoureux dans la sélection. Donc, ça ça a été le premier avertissement. Ensuite on est rentré en Méditerranée et là, en Méditerranée situation exceptionnelle puisque l’on était au BMS (bulletin météo spécial) n° deux cents et quelque alors qu’on était seulement au mois de mars ! Ca faisait deux coups de vent, deux avis de coup de vent par 24 heures en Méditerranée, c’était du jamais vu, à recorder et nous nous étions en Méditerranée. Comme le storm track était très bas les dépressions rentraient en Méditerranée et créaient des situations chaotiques. Alors on a eu tout : on a eu des vents forts, très forts, variables, des vents qui montent très vite, qui ne correspondent pas aux situations météo parce que dans des situations comme ça les prévisions météo sont moins bonnes, de moins bonne qualité puisque c’est une situation anormale et par la force des choses les calculateurs se trompent. Donc on a été surpris on a eu des gros coups de vent, des orages, des tornades. On a eu même au mouillage de Creus à Rosas [Roses en catalan sur la carte] on a encaissé des vents de 70 nœuds, on a eu des tornades, on a eu des orages de grêle, on a eu des trombes marines… bref on a eu tout, le pont couvert de glace, on a eu la foudre qui est tombée près du bateau puisque des gens ont ressenti de l’électricité dans les mains. Voilà on a donc eu du très mauvais temps pendant longtemps et voilà une chose positive quand même : le bateau dans des creux de 10 mètres a confirmé qu’il était bien construit, qu’il tenait bien la mer que c’était une excellente coque ; le gréement : tout a bien tenu. Les jeux de voilure, tout ce que l’on a mis en place d’historique a parfaitement tenu. Et le bateau, même dans la mer de l’arrière, parce qu’à un moment on a mis en fuite pour passer Gibraltar, mer ¾ arrière c’est la situation la plus défavorable pour un bateau parce qu’il est moins appuyé avec ses voiles, avec des creux de 10 mètres la tenue est moins bonne. Là le bateau a quand même bien tenu mais on a pris des coups de roulis à 45° c’est pas très sain. C’est limite ! C’est limite parce que l’on peut chavirer à 56° donc j’ai vu que,.. je m’étais dit “si jamais ça monte un peu plus tu prends la cape”, mais en même temps quand on prend la cape on ne fait plus de route et on se ramasse la dépression suivante. Mais c’est un bateau de cape, oui c’est un bateau de cape, il a été prévu pour la cape : quand il est à la cape il ne bouge pas puisqu’on l’a testé au large de Sicié [Toulon] avec 55 nœuds établis, on avait l’impression d’être à quai ! Oui ! donc c’est un bateau de cape. Ça c’est une découverte, c’est rassurant pour moi. Oui on se dit que dans des situations très difficiles… Oui par très mauvais temps on prend la cape et voilà. Avec ce bateau on est très rassuré. De plus nos procédures gros temps ont fonctionné, on a pu les tester, on les a améliorées avec la mise en place de filets ; ça je l’avais établi avant de partir des filets sur toute la partie arrière pour retenir les marins, des filets de 2 mètres de haut, des filières de sécurité. Nos procédures aussi pour les voies d’eau, on a eu beaucoup d’entrées d’eau. Oui quand le bateau a engagé. Voilà, même dans les coups de roulis souvent on a immergé les canons de douze, jusqu’aux canons de 6 en haut : voilà, le pont supérieur a touché l’eau. On rentré beaucoup d’eau dans le bateau. On a identifié les passages d’eau : c’est les portes étanches qui n’existaient pas à l’époque, la batterie à l’endroit où l’on mange et le gaillard d’avant. Bon on a identifié cela on a étanché on a refait tout le concept et on va continuer à améliorer cette partie. Si non le reste a bien marché. Voilà donc le bateau, bien avec quelques petites corrections pour du très gros temps. Et l’équipage : par contre la faiblesse c’était ça : la faiblesse a été en grandissant parce que l’on avait pris les meilleurs pour le départ parce que l’on savait que c’était le plus dur et comme le dur a continué on s’est retrouvé démuni puisque l’on avait pas les forces suffisantes ni la qualité d’équipage et on a été en danger plusieurs fois : on a navigué en zone rouge parce que l’on n’avait pas le potentiel humain et on était à la limite de pouvoir faire certaines manœuvres ou d’être suffisamment réactifs. Donc ça ce n’est pas bien ; moi, pour la première fois sur L’Hermione j’avais hâte que ça s’arrête ! J’avais hâte qu’on rentre au port, j’étais même prêt à rentrer dans un port et attendre que ça se passe parce que l’équipage n’était pas ?? : 1h40 pour faire un virement lof pour lof c’est pas possible et en pleine nuit on a eu ça ; on a mis un temps infini à virer de bord, on a perdu énormément de distance sur la route. Voilà tout ça c’était révélateur, il y a eu une petite dérive dans la sélection du personnel et tout de suite, la sanction est là. En mer c’est comme ça, la sanction on l’a tout de suite et puissance 10, la mer ça ne rigole pas, c’est implacable. Ça nous est arrivé d’être… est-ce que c’est le destin ? oui je pense qu’il y a toujours une part du destin la dedans et ce n’est pas pour rien : cette chose-là n’est pas venue par le hasard, ça nous a montré un peu nos faiblesses, ça nous a forcé, parce que moi, j’ai fait une liste importante aussi de toutes les actions à mener sur le bateau, toutes les corrections à faire pour que le bateau soit vraiment à même de faire face à tout vu l’expérience que l’on a eu et pour l’équipage on va reprendre tout en main et voila. Revoir les critères de sélection enfin, la sélection des gabiers. Voilà. Oui parce que c’est un voyage conséquent on a fait à peu près 15 000 milles Oui, c’est du même ordre que le voyage en Amérique. Voilà, c’est à peu près la même distance, on a fait le golfe de Gascogne, l’Atlantique, la mer Méditerranée. Et au total des conditions météo beaucoup plus dures que (le voyage en) l’Atlantique. En conclusion un bateau très bien construit, solide et capable d’affronter des conditions météo très dures, mais la nécessité d’avoir un équipage TOP. Les ingénieurs qui ont fait ce bateau-là l’ont fait pour un équipage de 150 hommes à la manœuvre. Leur cahier des charges c’était “faites un bateau telle taille de telles dimensions, tel armement. Il faut 150 hommes à la manœuvre. Bon, ils étaient 250 en tout, 200 en temps de paix mais à la manœuvre, sur les rôles de manœuvre : 150. Nous on est 70, on est la moitié. Cette fois-ci on a réussi à le faire sans trop de problèmes jusqu’à présent mais là on s’est rendu compte que ça n’allait pas qu’effectivement il était fait pour 150 personnes et que nous on commençait à être limite ou en danger parce que l’on n’est pas assez nombreux. Donc on va revoir la qualité des gens. Bon on ne peut pas jouer trop… bon on va prendre quelques gabiers supplémentaires. Je vais revoir le plan d’armement et on va jouer surtout sur la qualité des gens. Oui parce que de toutes façons, matériellement vous n’avez pas la place de loger 150 personnes. Et non, on ne peut pas. C’est ce qui dès le départ nous avait limité. Décemment avec les critères d’aujourd’hui d’hygiène de vie et puis l’inspection du travail… je pense qu’ils feraient un peu la grimace. On ne peut pas décemment loger plus de on va dire 85 personnes à bord c’est déjà pas mal. Bien, au moins vous savez ce qu’il faut faire pour les prochaines navigations. Voilà, on va préparer des petites navigations mais surtout des grandes parce que c’était un aperçu d’une grande navigation puisque le premier leg faisait 17 jours. 17 jours pour une étape c’est pas 4 – 5 jours ! C’est la longue durée qu’il faut tenir. Voilà cela nous a un petit peu montré comment faire pour les grandes navigations. Alors, l’année prochaine ce ne sera pas une grande navigation : vous irez en Normandie et à Nantes, mais, au-delà est-ce qu’il y a des projets qui se préparent ? Alors, l’année prochaine effectivement ce n’était pas tellement prévu encore cet été, l’été dernier. Ça a été validé dernièrement, il y a eu des pressions énorme pour que L’Hermione finisse de boucler son tour de France : elle avait fait toute la façade atlantique, la Bretagne avait été généreusement servie et la région Nouvelle Aquitaine, cette année la Méditerranée et donc les Normands tapaient un peu du poing sur la table. Ils disaient : et nous et nous ! C’est vrai que nous n’étions pas allés plus loin que Saint-Malo dans l’est de la Manche donc c’était un peu justice d’aller visiter ces pays-là, ces régions-là et en plus il y avait une forte demande pour l’Armada de Rouen qui a lieu une fois tous les 4 ans. Il ne fallait pas laisser passer cette occasion. Voilà c’est un passage un peu obligé pour les grands voiliers; tous les grands voiliers qui veulent se faire connaitre doivent être là, donc il fallait en faire partie et participer à cette armada. En plus, l’initiateur, le créateur de cette fête c’est Patrick Herr qui est le maire |conseiller général] de Rouen, c’est [pour lui] sa dernière édition et il voulait à tout prix avoir L’Hermione. Il fallait que L’Hermione aille se montrer tôt ou tard là-bas. On y rencontre des tas de voiliers internationaux qui ne nous connaissent pas nécessairement. En France on est connu mais pas nécessairement dans tous les pays étrangers en Europe. Voilà donc un passage obligé et puis on profite pour rendre visite à Cherbourg, peut-être à Ouistreham et puis à Dieppe ; on va faire la tournée des ports de la Manche. Le Havre… On fait aussi un passage en Loire : Saint-Nazaire et Nantes. Là on a vraiment fait tous les ports susceptibles de nous accueillir sauf Lorient. Voilà, bon c’est une petite navigation; c’était juste pour répondre à cette attente. Mais on voit que l’on a eu beaucoup de mal à trouver des ports, à convaincre les ports de payer parce que l’on demande une participation des ports. On voit que cela devient difficile. Et puis on ne pourra pas longtemps choisir ce modèle d’escale en France. On a fait le tour des ports de France. Ca été laborieux pour obtenir des fonds et on voit que ce modèle ne peut pas durer longtemps. Donc on part toujours sur un grand projet, un grand projet futur pour L’Hermione. Alors il y avait plusieurs propositions puisque l’on a vu que l’engouement du voyage de 2015 aux États-Unis a été tel que cela a généré un grand enthousiasme en France et cela nous a permis s’avoir des fonds, des financements un peu plus facilement. Là, on est un peu en panne d’un grand projet. On voit bien que l’attention pour L’Hermione retombe et les medias et le public aussi : à Rochefort on a perdu environ 20% des visiteurs. Oui, les gens venaient surtout pour voir le chantier de construction, mais une fois qu’elle est construite c’est un peu différent. Tout à fait : dans la construction, c’est évolutif. Un jour on voit ceci, là on a ajouté la figure de proue, l[le tableau] arrière puis on a rajouté un mat. Là, il n’y a plus rien, le bateau est terminé donc les gens viennent une fois deux fois après c’est fini. Donc ils cherchent autre chose : les gens veulent aussi du rêve, ils veulent toucher le bateau, le voir, ils veulent de l’émotion. Donc quel grand projet ? Les liens historiques avec L’Hermione ils sont soit en Amérique, soit en Inde, océan Indien. Elle a fait un peu les Antilles je crois qu’elle a fait l’escorte de deux convois ; après il ne s’est pas passé grand-chose. La grande mission de L’Hermione ça a été la guerre d’indépendance ; elle a été construite pour cela d’ailleurs. Toute neuve elle est partie là-bas, elle a fait cette mission glorieuse qu’elle a très bien remplie sous le commandement de de La Touche. Voilà, après en Inde lorsqu’elle est arrivée à Ceylan la guerre était finie parce qu’elle devait renforcer l’escadre de Suffren. Mais cela ne fait rien ; on pourrait se remettre dans le circuit historique. Alors dans les projets futurs il y aura pourquoi pas, peut-être aller en Amérique, retourner aux États-Unis mais cela va être difficile à monter puisqu’il va falloir trouver des villes nouvelles et mobiliser beaucoup d’énergie sur place. Et il y a aussi ce grand projet de La Pérouse, odyssée La Pérouse. Pourquoi ? Parce qu’il y a un lien historique : L’Hermione a été commandée par de La Touche et La Pérouse qui commandait L’Astrée pendant la guerre d’indépendance. Ils ont bataillé ensemble contre l’Anglois. L’Hermione et l’Astrée ont bataillée ensemble notamment à la bataille de Louisbourg contre une escadre de cinq bateaux anglais et ils ont gagné d’ailleurs. La Pérouse a monté l’expédition en baie d’Hudson quelques temps plus tard. L’Hermione devait y être mais elle a été détournée sur une autre mission. Ils ont un passé commun pendant la guerre d’indépendance et La Pérouse était un des commandants des frégates là-bas. L’Hermione était contemporaine de l’expédition de La Pérouse et en plus le premier initiateur d’un grand voyage autour du monde, c’est La Touche, le premier commandant de L’Hermione puisqu’il avait rédigé en 1777 un mémoire pour un grand voyage autour du monde. Il voulait cette mission et finalement c’est son ami La Pérouse à qui le roi va confier la mission de grand voyage autour du monde. Il a dû lui en vouloir un petit peu ? Voilà, donc les bateaux sont très proches, L’Astrolabe, La Boussole visuellement c’est L’Hermione, c’est contemporain, c’est l’esprit des lumières, c’est tout ça. Donc on s’est dit qu’on pourrait refaire le voyage de La Pérouse. Alors, pourquoi refaire ? Parce que malheureusement ce voyage s’est achevé à la moitié de la durée, à Vanikoro puisque les deux frégates L’Astrolabe et La Boussole ont été prises dans un cyclone et comme justement ils n’avaient pas tout cartographié puisque justement ils étaient en train de le faire ils ont trouvé une île sur leur chemin alors qu’ils étaient en fuite pendant la nuit dans la tourmente et ils se sont échoué et on a mis pratiquement 50 ans avant de retrouver les épaves. C’est Peter Dillon, un Irlandais, qui a certifié le lieu du naufrage en ramenant 4 000 pièces des épaves dont une garde d’épée de La Pérouse. Voilà. Donc c’était la preuve absolue. Donc nous, le but de L’Hermione ce serait de faire un grand voyage scientifique vers Vanikoro et reprendre comme autrefois, dans le même esprit scientifique le voyage dont la feuille de route avait été rédigée par l’Académie des Sciences ne l’oublions pas, c’est pas le roi. C’est le roi qui a financé mais c’est l’Académie des Sciences qui a défini l’action et tout ce qu’ils avaient à faire. Refaire un manuscrit d’un grand voyage scientifique, peut-être plus écologique, une sorte d’état de la planète 230 ans après sur les traces de La Pérouse, voir ce qui a changé, voir ce qui est nouveau, les nouveaux problèmes qui se présentent et puis aller jusqu’à Vanikoro et surtout, à partir de là, reprendre la suite de la mission dans le même esprit, reprendre ce voyage et le terminer. Je dirai le terminer enfin. En revenant à bon port. Pour détruire cette malédiction, on l’a appelé la malédiction La Pérouse. C’est quand même triste pour un voyage qui a été un succès jusqu’au naufrage malheureux. À l’époque on n’était pas à l’abri de cela ; même encore aujourd’hui, les bateaux coulent malgré le radar, le GPS etc. C’est même un exploit d’avoir été jusque-là. Et, rappelons-le, c’était le deuxième grand tour du monde après Bougainville qui a été le premier français à le faire officiellement. Donc en finir avec cette malédiction, finir le voyage, rentrer en France et demander à l’État français qu’il déclare l’expédition La Pérouse enfin terminée. Voilà, Monsieur de La Pérouse est rentré ! Reprendre le flambeau, c’est un beau projet, c’est un projet très ambitieux, c’est un voyage de deux années, c’est un voyage de 56 escales et de 2,6 fois le tour de la terre puisque l’on fait beaucoup de boucles dans le Pacifique et notamment on passe le cap Horn, c’est un très très beau voyage, plein d’aventures. Évidemment très médiatisé très filmé pour que tout le monde puisse participer au voyage. Maintenant on a les moyens avec les satellites, l’informatique c’est extraordinaire, les drones, on peut vraiment partager ce voyage pratiquement au jour le jour presqu’en temps réel. Voilà, c’est le but faire un grand évènement. Alors c’est très ambitieux, il faut beaucoup de monde pour avoir beaucoup d’argent. C’est un budget d’environ dix millions d’euros mais les retombées . . . Il ne faut pas se demander combien ça va coûter, il faut se demander combien ça va rapporter. Ça va rapporter de l’argent avec les produits dérivés et surtout ça va donner une dimension internationale à L’Hermione puisque l’on va faire tout le continent sud-américain, tous les grands pays sauf l’Inde pour l’instant mais il n’est pas impossible qu’on passe en Inde. On fait toute l’Amérique du sud, une partie de l’Amérique du nord puisque l’on va à Hawaï aux Mariannes, Guam etc. On touche l’Australie, la Nouvelle-Zélande, on touche la Chine, le Japon, la Russie, les Philippines. Le monde entier ! Et puis l’Afrique puisqu’il est question qu’on aille en Afrique du sud, donc tous les grands pays sauf l’Inde. Donc on va donner une dimension internationale d’autant plus que l’équipage sera composé avec des scientifiques et des gabiers internationaux des pays où l’on va passer ; on va donc faire un bon brassage et montrer le côté international du projet. Voilà on a beaucoup à gagner, Rochefort a aussi beaucoup à gagner parce que Rochefort redevient à ce moment-là le pays, le port des grands départs et le port de retour des expéditions dans le monde entier. Il ne faut pas oublier tous les botanistes qui sont revenus à Rochefort qui ont plantés des plantes ramenées. Les bégonias par exemple… ….de Michel Bégon et puis l’académie [de médecine] navale de Rochefort qui a été la première en Europe et peut-être dans le monde je crois. Académie de médecine navale dont beaucoup de membres partaient dans les expéditions pour faire des recherches sur la santé des équipages, les médicaments utilisés à l’autre bout du monde, les procédés des différentes médecines étrangères etc. Ils devaient interviewer les sorciers des différentes peuplades rencontrées et essayer de voir les produits qu’ils utilisaient, les onguents, les plantes rares, les cicatrisants, leurs méthodes opératoires, comment ils opéraient les gens etc. Et ces gens-là revenaient à Rochefort après. Donc Rochefort est très très lié… Il y a un lien avec le voyage, le projet La Pérouse qui fait que Rochefort, outre le fait que La Boussole a été construite et armée à Rochefort (à Bordeaux mais pour Rochefort). C’est un bateau qui part de Rochefort qui aurait dû revenir à Rochefort donc le lien est là et on peut donner vraiment à Rochefort cette, s’il en fallait une encore, image supplémentaire de grand port et pas seulement de musée avec une Corderie Royale. Tout est là, l’écrin est là puisque Rochefort a gardé son architecture, Rochefort n’a pas été bombardé pendant la guerre ; il n’y a pas eu trop de dégâts heu même au niveau de l’esthétique, cette ville n’a pas bougé beaucoup, cette ville est authentique, elle n’a pas bougé beaucoup. Elle a bougé normalement avec l’évolution des constructions etc. mais elle n’a pas été défigurée. Elle est dans son jus, c’est un écrin, un bel écrin et voilà on peut encore lui donner une nouvelle dimension de grand port historique de découverte du monde. Le départ de L’Hermione pour le voyage en Amérique en 2015 lui avait déjà redonné un peu cette dimension internationale. J’ai enregistré, j’ai récupéré sur Internet des séquences vidéo de journaux télévisés d’Amérique bien sûr, de Grande-Bretagne mais d’Indonésie, de Chine. De Chine ! Oui, le voyage de L’Hermione pour l’Amérique a été une information qui a circulé dans le monde entier donc là, cela va lui donner encore plus de médiatisation sur toute la planète ; c’est une très bonne chose pour L’Hermione, pour Rochefort et pour la France je pense. Oui, cette fois-ci ce serait voilà emmener le pavillon français dans le Pacifique. Le Pacifique : tous les grands pays aujourd’hui donnent dans le Pacifique ; le monde se fait dans le Pacifique : l’Amérique du nord, l’Amérique du sud, la Chine, l’Australie et le Japon, tout est là. Le bassin du Pacifique est énorme. C’est aussi un bassin qui concentre les pollutions comme les continents de plastique et aussi le changement climatique avec el Nino. On voit que c’est un endroit très important au point de vue économique et culturel, à tous les niveaux donc il faut qu’on y soit. Absolument. Et La Pérouse y fait la majeure partie de son voyage c’est pas pour rien, c’est prémonitoire. Il ne pensait pas que ça allait devenir, que le Pacifique allait devenir de cette importance. Alors L’Hermione oui, elle doit aller dans le Pacifique et faire connaitre la France parce qu’il faut voir qu’à l’époque les Anglais et les Français sont les seuls à cartographier le monde. C’est-à-dire que Cook, James Cook est passé dans le Pacifique suivi par Bougainville puis par La Pérouse c’est pour qu’enfin, c’était une des missions, terminer la cartographie du monde. C’était un bazar à l’époque faut pas oublier : il y a des îles qui n’existent pas qui sont sur des cartes, des îles qui sont à 200 milles de leur position en longitude surtout. En latitude c’était assez bon. En latitude il y a des erreurs volontaires, il y a des gens, notamment les Espagnols qui avaient positionné plusieurs îles avec des grosses erreurs de latitude ce qui était impossible puisque ça, ils la maitrisaient la latitude c’étaient des explorateurs ; on voit bien, d’ailleurs Bougainville le dit et La Pérouse aussi, c’était délibérément mal positionné. Pour tromper… C’était des secrets qu’on voulait garder. Quoique les Hollandais n’étaient pas mauvais dans ce domaine-là. Les Hollandais étaient terribles dans de domaine-là. Ils donnaient des fausses îles, des fausses indications pour tromper les autres. C’était commercial, il y avait des enjeux un peu stratégiques et commerciaux. Donc sans Cook et les Français il n’y aurait pas eu de cartographie ou très tardivement avec les naufrages etc… Donc il faut rappeler cette part très importante de la France parce que cela coûtait cher d’armer deux frégates. Nos deux nations ont permis enfin de faire la carte du monde. Je crois que c’est un projet très ambitieux mais digne de L’Hermione et de ses ancêtres donc je pense qu’on peut vous faire confiance pour arriver à le mener à terme et… On espère. Voilà. Eh bien merci commandant pour toutes ces informations qui vont certainement passionner les lecteurs de French Quarter Mag. Bonjour French Quarter !!! Cet article a été traduit en anglais par John Wilmot.


About the Author

mm

a été successivement officier de Marine Marchande, officier de Marine puis ingénieur dans l'industrie automobile à l'international. Aujourd'hui retraité il renoue avec sa première passion, la mer, à travers les archives de la Marine à Rochefort et la frégate L'Hermione, celle du XVIIIe comme celle du XXIe siècle. Elles l'ont inspiré pour des conférences et des écrits.



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