Art & Photographie

Published on juin 9th, 2019 | by Marilyn Miller

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William Carr : Peindre avec un appareil photo

Les œuvres de William Carr captent immédiatement l’attention des promeneurs à travers les vitrines de la galerie du Grand Canal Shoppes dans l’hôtel et casino Palazzo, les attirant dans son espace. Carr, photographe, entrepreneur, musicien, innovateur, auteur et éditeur, a passé 20 ans à prendre des photos à vous couper le souffle à travers le monde. Ce passe-temps est devenu pour lui une deuxième carrière. 

Quand vous entrez dans la galerie William Carr World Focus, des photos de l’Ouest et du Pacifique nord-ouest des Etats-Unis, de France, d’Italie, de Hollande et d’Allemagne,  ( pour ne mentionner que celles-là) habillent les murs noirs éclairés par des projecteurs. 

Lisa, qui se promène dans la galerie, vient de l’état de New York. Elle dit qu’elle est entrée à cause des “superbes couleurs de ces photos.” Les clichés de Carr évoquent des souvenirs agréables chez certaines personnes, comme ce fut le cas pour Lisa. “J’ai visité l’Italie et certaines images m’ont ramenée là-bas. 

Pendant que vous admirez les photos en explorant la galerie, ne soyez pas surpris d’être abordé par  l’artiste lui-même. Le jour de l’interview, Carr se tient derrière deux clients potentiels, analysant une photo qu’il a prise dans la Librairie nationale Autrichienne. Après qu’il eût terminé, le directeur de la galerie Orlando Gallegos fit les présentations. 

Carr, de race blanche, se tient droit sur son mètre soixante-quinze. Il a une silhouette mince avec des cheveux poivre et sel, une moustache taillée et un soupçon de barbe sous sa lèvre inférieure. Son apparence décontractée mais professionnelle consiste en une chemise de coton bleu marine boutonnée tout du long, des jeans bleu foncé et des chaussures de couleur sombre. 

Tout en marchant vers sa deuxième galerie, une question se pose sur la raison qui l’amène à louer deux locaux dans le même bâtiment. Il répond que, puisque le propriétaire avait la place disponible, il a profité de cette opportunité pour mieux se faire connaître. Son aptitude pour le business est réelle, même si, depuis, il a réduit son activité  à une seule galerie. 

Dans la pièce de stockage où va se dérouler la partie assise de l’interview, les murs blancs sont recouverts  de ses œuvres d’art qui attendent les regards  admiratifs du public. 

Annecy par William Carr

Le photographe autodidacte de 69 ans est venu répondre à la première question “Qu’est-ce qui vous a amené à la photographie. En regard du niveau de stress, cette occupation est à l’inverse de sa profession antérieure. Carr explique que les ventes agressives pour le compte de US Homes Corporation étaient sa spécialité. Il vivait alors près du Lac Tahoe, dans le Nevada. 

La photographie est devenue un passe-temps qui l’a aidé à se libérer du stress dû à son métier de commercial, “un exutoire créatif, comme on prend un médicament pour se calmer tout en profitant de la nature” dit-il. 

Avant de prendre l’habitude de recharger ses batteries dans la nature, accompagné de son Olympus  OM-1 35 mm, photographier des paysages ne l’attirait pas. Cependant, cette distraction devint indispensable à son équilibre “Etre au milieu de la nature  donne  un sens à notre existence” dit Carr. “Il faut dire que la nature ne peut guère être plus belle qu’au Lac Tahoe.” 

Lors d’un week-end du 4 juillet, il organisa sa première exposition qui s’avéra légèrement désastreuse du fait de circonstances extérieures. Elle eut lieu sur Fanny Bridge et Mère Nature a refusé de coopérer ce jour-là.  Une rafale de vent est arrivée et a balayé mes chevalets. Une de mes photos a volé comme un Frisbee dans la rivière Truckee et les autres se sont répandues au sol, brisant le verre et détruisant les épreuves. C’était la première fois que je m’aventurais à montrer mon art” conclut-il en riant. 

Cela ne dissuada pas Carr de continuer ses efforts dans sa nouvelle vocation. Il commença à voyager dans le sud de l’Utah et le nord de l’Arizona. Accompagné et guidé par une femme Navajo, il découvrit de nouvelles destinations moins connues. Il en revint avec un impressionnant portfolio. Ces voyages lui firent prendre la décision de déménager dans le sud de l’Utah. De là, il photographia autour de St George, le Parc national Zion en Utah, développant davantage son portfolio. Son rendez-vous suivant avec la photographie était Las Vegas puisque la ville est située à proximité de l’Utah.

Il développa encore son portfolio en s’aventurant en Europe. En chemin, il découvrit qu’exposer des photos d’Europe était un marché inexploré à Las Vegas. Carr a voyagé en Italie, en France, en Allemagne, entre autres pendant ces 20 dernières années. “L’Europe est impressionnante et captivante, sachant que vous cotoyez tous ces personnages historiques” dit Carr. 

On pourrait penser que voyager dans de tels endroits permet de prendre aussi le temps de visiter, de se détendre dans un café et de faire la sieste sur la plage. Mais ses expériences de photographe sont très différentes de celles de touristes à l’étranger. Carr suit un itinéraire qui peut paraître paresseux quand il voyage. Bien qu’il passe d’un lieu à un autre pour prendre un certain nombre de photos, il y a des moments où, sur l’inspiration du moment, il s’arrête et prend des vues qui paraissent anodines. La prise de ces  photos demande beaucoup de temps. Il doit rester sur place, selon l’image qu’il a en tête, et attendre parfois cinq ou six heures que la lumière parfaite soit au rendez-vous. Pendant ce temps, il a tendance à s’arrêter pour  respirer le proverbial parfum des roses. 

Cependant, en tant que photographe de paysage, il est à la merci des éléments. Mère Nature ne coopère pas toujours avec son emploi du temps – comme il l’a appris lors de sa première exposition au lac Tahoe. “Elle va vous servir ce qu’elle va vous servir” dit Carr “Une fois en particulier, en Europe, il y avait ce système de basse pression sur à peu près tout le continent. Tout était lugubre, pluvieux, affreux.” Carr en fut réduit à attendre pendant une semaine entière que le temps s’améliore.

Il parcourut quelquefois jusqu’à 4000 kms pendant son séjour européen. “Une fois, j’ai loué un motor-home en France” dit Carr. Cela lui a permis de s’arrêter dans des endroits qu’il n’aurait pas pu visiter s’il avait loué une voiture et pris une chambre d’hôtel. 

Maintenant que l’ancien passe-temps de Carr est devenu sa profession, que fait-il quand il ne prend pas de photos ? “Je suis un guitariste accompli depuis longtemps mais je suis aussi un businessman” déclare-t-il. 

Il confie qu’il a une énorme responsabilité, non seulement à l’égard du propriétaire du local qu’il loue au Palazzo, mais aussi de ses employés. “Les commerciaux sont  importants dans le succès d’une entreprise comme la mienne” déclare celui qui était commercial de US Homes. Il insiste sur l’importance des commerciaux parce qu’ils le promeuvent en tant qu’artiste et il est important que les clients qui visitent ses galeries comprennent ce qu’il fait, sa passion, ses buts. 

Orlando Gallegos, directeur de la galerie, dit que quand Carr vient dans ses galeries, les employés peuvent en profiter pour apprendre d’avantage sur les œuvres d’art. “Je pense qu’ils aiment travailler avec lui parce qu’il vient régulièrement et il leur donne alors plus d’informations à propos d’une photo spécifique.” dit Gallegos. 

Ses clients aussi apprécient sa présence. “Cela lui donne l’occasion de partager son expérience avec un client et avec le consultant d’art, et c’est toujours un plus” dit Gallegos. “Les gens adorent ça” 

Gallegos ajoute “Je crois que c’est un des meilleurs photographes au monde”. 

Le nom de la société créée par Carr s’appelle World Focus Images. “Je l’ai appelée ainsi parce que je veux promouvoir et maintenir un focus sur le monde et son environnement, ainsi que sur les nombreux autres problèmes que nous avons” explique Carr. Sa galerie a organisé de nombreux événements bénéficiant des organisations sans buts lucratifs tels que St. Jude’s Children’ Research Hospital, Susan G. Komen for the Cure, and Cleveland Clinic Lou Ruvo Center for Brain Health. 

Sur la page “biographie” de son site web, il est écrit “mon plus grand espoir est d’alimenter la curiosité du monde sur la préservation et la conservation de cet endroit miraculeux qui est notre chez-nous.”Quand on lui demande si c’est sa façon d’apporter une ouverture à ceux qui ne peuvent pas visiter ou n’ont pas visité ces endroits, il répond “absolument,” en espérant  que ça les incitera à protéger la planète. Se considère-t-il comme un artiste écologique ? “Plus ou moins, ce n’est pas mon idée fixe parce que je dirige un business et je passe beaucoup de temps sur le terrain à étoffer mon portfolio. Je suis très prolifique quand il s’agit de mes photos.” 

Depuis 1986, une de ses productions est la publication de cartes postales, de ses photos et de ses dessins. Par conséquent, la prochaine fois que vous en achetez une, elle peut avoir été créée et publiée par lui. 

Autre corde à son arc, Carr est aussi l’auteur de “Word Focus Premier Volume”. Peut-on espérer un volume deux ? Carr répond pensivement “J’y travaille en ce moment. Je n’ai pas encore de date de sortie mais j’y travaille a mes moments perdus.” 

Bien que Carr voyage de par le monde pour nous ramener des images des lieux les plus reculés et extraordinaires, quand il s’agit de monter ses photos il utilise un processus appelé Euroflex. Qu’est-ce que Euroflex et quelle est sa particularité ? “C’est un processus de lamination très élaboré qui a vraiment changé la façon d’exposer  l’art photographique, que ce soit dans une galerie ou chez soi.” dit Carr. 

Le concept original a été développé pour les machines à sous et l’industrie du casino. Celle-ci en parle sous le terme de “montage de façade” ou “graphique duratran” Si vous vivez ou visitez Las Vegas  vous pourrez voir dans les casinos,  la vitre décorative qui couvre les machines à sous. 

Duratran se produit quand la compagnie prend un morceau de vitre et introduit un dessin dans le verre. Des lumières sont placées derrière la vitre de façon à illuminer son contenu. 

Carr a un ami qui travaillait dans un atelier d’art graphique pour l’industrie du casino. Après avoir vu son ami utiliser le processus, il lui a demandé si on pouvait faire la même chose avec une photo et si la lumière pouvait illuminer l’image directement et non à travers la vitre par derrière.

“J’ai apporté une photo. Il l’a faite passer dans le laminateur, a mis des adhésifs transparents dessus et l’a montée dans une vitre” dit Carr. “J’ai dit “wow, c’est formidable” mais j’ai ajouté, “ je ne peux pas utiliser de verre.” L’ami lui a alors suggéré l’acrylique. Un deuxième essai a été concluant. Euroflex était né et l’ami travaille maintenant pour Carr. 

Abbaye Sénanque par William Carr

Par conséquent, quand les clients reçoivent une de ses œuvres d’art, ils ne reçoivent pas une simple photo sur papier. Ils reçoivent l’image laminée sur acrylique. 

Bien que Carr voyage à travers l’Europe chaque année, il explique pourquoi il retourne constamment en France. “La France est si diverse, des cathédrales magnifiques, des paysages, et des régions à vignobles… Je suis passionné par les grappes dans les champs, en particulier quand les feuilles changent de couleur” dit Carr. 

Tandis que l’interview arrive à sa conclusion, Carr offre une visite guidée de la galerie. Il s’arrête devant un mur où se trouvent trois photos de France. Ses photos ne sont pas Photoshop, mais ce qu’il appelle “prêtes à être imprimées”. Les couleurs vibrantes de ses photos ne sont pas manipulées et proviennent de l’appareil, ses lentilles et la lumière naturelle.

La première photo a été prise en Alsace et s’appelle Route du Vin. Il lui a fallu quatre visites pour prendre le cliché qu’il avait en tête. Bien que le ciel soit d’une couleur bleue de pleine journée, il montre que le lampadaire dans la rue est allumé. Cela veut dire qu’il a pris la photo durant le crépuscule. 

Route du Vin par William Carr

La deuxième est La Vision de Giverny de Monet. C’est le lieu où le peintre impressionniste Claude Monet a peint ses séries montrant un pont de bois vert au-dessus d’un étang dans son jardin. 

La Vision de Giverny de Monet by William Carr

La troisième photo est Réflexion d’Honfleur, prise à Honfleur, une ville du département du Calvados, dans la région de Normandie au nord de la France. 

Réflection d’Honfleur par William Carr

Tout en consultant un ordinateur dans la galerie pour regarder des photos à couper le souffle qui agrémenteront  cet article, du jazz doux est diffusé en sourdine. C’est une interprétation de “that’s the way loves goes” par Janet Jackson. Carr mentionne que l’interprète est Norman Brown, un de ses musiciens préférés. 

Les prix de ses œuvres varient de $200 à $28 000. Le prix moyen tourne autour de $5000.

Le photographe accompli reste modeste en dépit de son succès. “Je ne me repose pas sur mes lauriers” Carr remarque. “Je continue à capturer le plus de choses possibles, j’utilise mon appareil photo comme un pinceau pour montrer la beauté exemplaire de notre planète.”

Cet article a été traduit en français par Anne-Cécile Baer Porter


About the Author

est productrice, réalisatrice, monteur et écrivaine depuis plus de quinze ans dans les domaines de la radiodiffusion commerciale et publique. Elle a produit des émissions pour des événements politiques, éducatifs, de santé et d'actualité. Elle a animé les discussions locales Indie Lens Pop-up et un événement "signature de livres" par le French Quarter Magazine. Elle poursuit actuellement sa certification de révision à l’extension UC Berkeley et poursuit ses études en rédaction à l’extension UCLA. Elle aime apprendre le français et la culture. Les passe-temps et intérêts de Marilyn sont la course à pied, la santé, le fitness, la cuisine et la lecture.



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