Film & Musique

Published on juin 16th, 2019 | by Tyson Thompson

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Critique du film Dogman de Matteo Garrone, présenté au festival de Cannes 2018

Le directeur Matteo Gerrone nous avait entraîné dans les profondeurs de la mafia sicilienne et du crime avec la série Gomorra sortie en 2009. Son dernier film Dogman peint un autre tableau sombre qui prend la forme d’une étude de caractère lugubre et pittoresque. On est attendri par le doux  Marcello, joué par un Marcello Fonte au visage mélancolique. Son monde est centré autour de sa jeune fille (Alida Baldari Calabre) jusqu’à ce qu’un cocaïnomane imprévisible du nom de Simoncino (Edoardo Pesce), qui a le chic pour faire régner la peur dans la population locale, vient littéralement interferer dans le récit jusqu’à l’horreur. On peut dès lors voir le désespoir de Marcello lorsque s’annoncent les troubles imminents.

Comme le titre du film l’indique, ces chiens avec qui notre personnage principal partage une connexion, deviennent un caractère collectif à juste titre. Un moment critique dans l’action de l’histoire implique le sauvetage risqué de l’un de ces compagnons à quatre pattes. Il y a une sincérité robuste chez Marcello qui nous aide à sympathiser avec lui. Une image touchante de lui et de sa fille profitant d’une agréable journée sur un bateau en est un excellent exemple. La plupart d’entre nous peuvent s’identifier à sa forte volonté d’être un bon père et un bon soigneur pour  ces animaux en détresse . Il est un mélange de modestie et de débrouillardise mais l’on ressent aussi ce sentiment de vulnérabilité qu’il véhicule tout au long du film. Cela est particulièrement visible dans les scènes où il interagit avec Pesce, qu’il tente de garder sous contrôle, mais qui menace de partir en vrille. Bien que l’on souhaite a ce « Dogman » de s’en sortir, un sentiment sous-jacent persiste et il n’y aura peut-être pas de rédemption possible pour cet individu souvent solitaire. Les décors glauques dans son ensemble forment une force motrice qui permet d’ajouter une tension naturelle, qui rappelle celle de la trilogie Pusher de Nicolas Winding Refn.

Alors que les choses évoluent jusque dans le deuxième et le début du troisième acte, il est clair que l’intrigue du film repose sur les vices de ces personnes peu recommandables qui entourent Marcello au quotidien. Les choix subtils qu’il effectue en conséquence deviennent le catalyseur du film. Alors que les enjeux s’intensifient, le spectateur peut apprécier l’équilibre délicat d’un homme qui fait ce qu’il doit ou ce qu’il peut pour préserver son monde. On peut créditer un scénario incertain de Garrone et son partenaire Ugo Chiti qui progresse en douceur et ne donne jamais l’impression de précipiter l’action. Avec Dogman, un véritable conte de survie, on pourrait dire que l’action criminelle de Garrone est mieux gérée et plus travaillée que dans ses œuvres antérieures. Ce film s’enorgueillit d’être brut de décoffrage, mais il y a de nombreux éléments à assimiler alors qu’il nous reste à accepter les éléments qui pourraient ou non se mettre en place. Dogman a été présenté lors de l’inauguration du 71e Festival de Cannes dans laquelle Marcello Fonte y a remporté le prix pour le Meilleur Acteur.


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