Histoire

Published on juin 18th, 2019 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Sur les traces d’Alexandre Dumas – Château de Monte-Cristo

A 40 minutes de Paris, sur la colline du Port-Marly, on découvre la demeure où vécut Alexandre Dumas, son parc à l’anglaise mais surtout la vie riche en anecdotes de l’écrivain. Nous avons eu le plaisir de rencontrer la directrice du Château de Monte-Cristo, Frédérique Lurol, qui nous raconte l’histoire de la maison de Dumas…

photos : Vincent Felloni, Jean Pierre Baudin et Manmen

Nous sommes au château de Monte-Cristo avec Madame Frédérique Lurol. Madame, pourquoi l’auteur des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo, parmi les oeuvres qu’il a écrites, s’est il intéressé à cette région de l’île-de-France ?

Dumas a beaucoup voyagé dans sa vie mais une grande partie du temps il vivait à Paris et, pendant cette période, il  menait une vie mondaine entre le théâtre et ses soirées entre amis. Pour pouvoir écrire,  Dumas avait besoin de calme et de concentration  alors il décide de s’éloigner de Paris et de sa vie tumultueuse. Pour cela, il s’installe à Saint-Germain-en-Laye mais là il recommence le même style de vie  qu’il avait à Paris. Il s’occupe du théâtre local, il reçoit beaucoup et aurait vraiment aimé vivre dans une maison de campagne avec un vaste parc et surtout un cabinet de travail qui soit à l’écart de la maison principale. Alors qu’un jour Dumas se promène entre Saint-Germain-en-Laye et Versailles, il découvre les terrains sur lesquels Monte-Cristo a été construit. Ce sont des terrains très vallonnés mais qui offrent une magnifique vue à l’époque sur la Seine, Dumas en tombe littéralement amoureux. Il va acheter les terrains qui appartenaient à des paysans et demande à un architecte de construire une maison de campagne qui deviendra ce château en face du château de Monte-Cristo .Il va y faire construire un cabinet de travail totalement à l’écart, entouré d’eau, qui va s’appeler le château d’If.

Pouvez-vous nous raconter brièvement l’histoire et la construction du château de Monte-Cristo ? Quelques mots également sur le cabinet de travail et sur le grand parc de 3 hectares ?

Dumas acquiert les terrains en 1844. Il va choisir un architecte, très connu à l’époque en France, qui s’appelle Hippolyte Durand et il va lui dire : « je veux une maison ici sur ces terrains  et face à cette maison je veux un cabinet de travail entouré d’eau. Il y a des sources, vous en ferez des cascades. » L’architecte réfléchi, étudie le terrain, et lui dit : « Mais Monsieur Dumas, ça va être impossible ! Le terrain est fait de glaise donc votre maison va glisser. » Dumas insiste, il veut absolument cette maison ici et lui dit : « Vous ferez trois arcades et ça tiendra. » Il a eu raison, le château existe toujours aujourd’hui. Hippolyte Durand a fait construire cette maison qui est devenu en fait un petit château aux dimensions très intimes. Il faut imaginer qu’à l’époque, de la terrasse,  on pouvait voir la Seine.   Aujourd’hui bien sûr, avec l’urbanisation cela a malheureusement disparu. A l’époque, il y avait de magnifiques vues sur la campagne. Cette maison est totalement isolée mais en hauteur, elle se voit et Dumas est très fier parce qu’il aime épater la galerie.

Il était populaire, il est toujours populaire puisqu’il y a beaucoup de visiteurs qui viennent faire un passage ici au château de Monte-Cristo. A l’occasion de la pendaison de crémaillère près de 600 invités ont fait le déplacement depuis Paris pour venir voir la maison de Dumas…

C’est une histoire qui est racontée par Dumas lui-même donc il faut peut-être mesurer ses propos. Dumas est toujours dans l’exagération et dans le récit. Quand il parle de 600 personnes qui  se sont pressées pour venir visiter sa maison lors de la pendaison de crémaillère, est-ce bien vrai ? On sait qu’il a envoyé cinquante cartons d’invitation et que beaucoup plus de personnes  se sont présentées. Maintenant étaient-ils six cents, on ne le sait pas et on ne le saura jamais mais pourquoi pas? Il aurait tellement aimé ça, Dumas. En effet, beaucoup d’invités  sont venus car il était très populaire, on venait voir où “Monsieur Dumas” allait s’installer. Les Versaillais auraient aimé récupérer Dumas pour pouvoir profiter de sa notoriété. 

Pouvez-vous nous parler un peu du clocheton du cabinet de travail, il est particulier ?

Oui, le cabinet de travail est vraiment un bâtiment totalement différent de celui du château de Monte-Cristo tant sur le plan architectural que sur le plan de sa fonction puisqu’ ici c’était vraiment « la maison » de Dumas et le château d’If était vraiment le lieu où il entrait seul pour travailler. Il était composé de deux étages. Ce cabinet de travail a une forme architecturale un peu éclectique. On peut retrouver un balcon Suisse,  des colombages normands, beaucoup de sculptures en pierre qui donnent un côté un peu néogothique mais il y a aussi un toit  magnifique  qui a été restauré récemment en 2016  et tout en haut de ce toit, en haut du clocheton du château d’if, il y a un blason. Malheureusement en raison de la hauteur de ce blason les  visiteurs ne le voient pas forcément. Il faudra me croire sur parole, sur ce blason sont gravées  dans le zinc, des vagues qui entourent un mont et ce mont c’est Monte-Cristo bien sûr. En dessous on peut lire un proverbe  « Attendre et espérer. » Ce sont les derniers mots qui sont inscrits dans le livre du Conte de Monte-Cristo.

photos : Vincent Felloni, Jean Pierre Baudin et Manmen

Pourriez-vous nous dire un mot sur votre collection temporaire d’art contemporain ?

Alors ici, on a des collections permanentes qui font toujours référence à Alexandre Dumas, à sa vie et à son œuvre. Une fois par an, pendant deux à trois mois, on reçoit également un artiste d’art contemporain au dernier étage du château, parfois aussi des sculptures dans le parc. Chaque année nous essayons de promouvoir un artiste différent,  parfois inconnu du public. C’est très intéressant de pouvoir mélanger à la fois la grande histoire et la petite histoire des artistes d’aujourd’hui. Je pense qu’Alexandre Dumas aurait été fier d’apprendre que de belles oeuvres contemporaines sont exposées dans sa maison.

Quand avez-vous commencé à exposer des oeuvres d’art contemporain ?

Nous avons commencé à exposer des oeuvres d’art contemporain il y a  8 à 9 ans. Nous avons rencontré des artistes totalement différents, des sculpteurs qui faisaient de l’art totalement abstrait. Nous avons eu de la peinture abstraite aussi en extérieur, des sculptures en fer, en métal, en bronze. C’est extrêmement varié et dans différentes thématiques. Comme les oeuvres sont figuratives nous avons vu beaucoup d’animaux mais aussi beaucoup de personnages issus de voyage comme des moines tibétains par exemple. Nous avons beaucoup de plaisir à découvrir et à accueillir un nouvel artiste chaque année.

Quel est l’objet du quotidien d’Alexandre Dumas (celle de la collection) qui selon vous représente le plus l’auteur ? 

Nous possédons un dictionnaire de cuisine qui est un livre original relié de cuir aux lettres d’Alexandre Dumas  “A” et  “D.” Ce dictionnaire de cuisine est une oeuvre d’Alexandre Dumas. Il a été écrit vers la fin de sa carrière, il n’a même pas pu le terminer. En fait, cet ouvrage-là a été préfacé après sa mort  mais c’est un livre qui lui tenait beaucoup à coeur.  

Dumas était un grand cuisinier et un fin gourmet d’où son désir décrire un dictionnaire de cuisine. Il est classé par ordre alphabétique et on va pouvoir suivre les aventures du lièvre farci ou du filet de Kangourou et même la façon dont on peut cuisiner des pieds d’éléphant.  C’est un peu fantasque mais il y a des recettes qui sont tout à fait faisables aujourd’hui, en réduisant bien sûr les quantités.  C’est un livre très intéressant dans lequel toute la verve d’Alexandre Dumas est présente. Il avait  coutume de dire que ce qu’il laisserait à la postérité ce serait ses casseroles et non pas ses œuvres. Il était très réputé pour sa bonne cuisine et avait coutume de recevoir des gens, de concevoir les menus et de réaliser vraiment des plats cuisinés. C’est vraiment un dictionnaire qui a été fait par lui et avec tout son coeur.

Donc, c’est un bel ouvrage que nous avons là, classé par ordre alphabétique, avec des recettes assez intéressantes. vous saurez tout sur l’anguille, l’andouille et les amandes,… enfin il y a un très grand nombre de bonnes recettes  dans cet ouvrage. 

Suite de la visite du château…

Nous sommes ici dans le salon mauresque qu’Alexandre Dumas avait fait réaliser lors de l’un de ses voyages en Orient. Il est tombé littéralement amoureux de l’architecture Maure et il a réussi à ramener avec lui ici en France dans son château qui était en cours de construction  en 1846. Il a embauché deux artisans qui étaient en train de construire le mausolée du bey de Tunis et il a réussi à les ramener en France en disant aux bey de Tunis : « Vous bâtissez un mausolée, c’est une oeuvre pour les morts « m-o-r-t-s » donc ce n’est pas pressé. Moi, je veux une oeuvre de vie dans mon château. » Le bey de Tunis a été sensible à cet argument et lui a laissé la possibilité de ramener avec lui les deux artisans qui ont sculpté ce salon mauresque. Celui-ci est authentique. Il a été restauré en 1985 grâce à des artisans du Maroc donc  vraiment dans les règles de l’art et grâce à un mécénat du roi Hassan II.

Pourquoi a-t-il fait ce salon mauresque, est-ce qu’il avait l’idée de le faire visiter ?

L’idée était d’avoir quelque chose d’oriental, d’exotique. C’est très à la mode au 19e siècle d’évoquer le voyage par quelques moyens que ce soit. Dumas est un grand voyageur, il adore aller visiter d’autres pays, écouter des légendes et l’histoire du pays, rencontrer le peuple, endosser les costumes locaux, goûter la cuisine locale, il adore cela. Il écrit des récits de voyage et le fait d’avoir un salon mauresque chez lui, c’est tout naturel finalement. C’est une excentricité peut-être mais quel bonheur de  voyager même en restant chez soi.

Cet article a été traduit en anglais par John Wilmot.


About the Author

est originaire de Versailles. Elle a toujours voulu découvrir le monde, ce qu'elle a fait à partir de 17 ans lorsqu'elle a eu la chance d'étudier à l'étranger à Rhonda, en Espagne. Elle a parcouru le monde de Hong Kong à Taiwan, d'Irlande à l'Autriche, en passant par le Luxembourg, le Liechtenstein et Monaco, et a découvert l'ensemble des pays de l'Italie et du Maroc. Elle se sent citoyenne du monde, son cœur est un patchwork. Elle s'est installée plusieurs années à Los Angeles où elle a travaillé au Consulat de France à Los Angeles. Passionnée par les arts et l'histoire, elle a obtenu une Licence en histoire de l'Université de Californie à Berkeley et a étudié un programme de maîtrise en éducation à l'Université de Californie du Sud. Elle a enseigné le français à UNLV et CSN au Nevada. Elle est la fondatrice et la rédactrice en chef du French Quarter Magazine, dans lequel elle écrit, interviewe des personnes dans des domaines très variées, propose des idées d'écriture aux écrivains et aux journalistes, prend des photos et écrit actuellement son premier livre traduit sur la vie de Coco Chanel qui est remplie d'aventures, d'intrigues, d'histoire et d'amour.



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