Interviews

Published on octobre 10th, 2019 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Universitaire franco-américaine, Sophie Landrieux nous parle de son premier roman “L’invitation américaine”

Bonjour Sophie Landrieux. Votre premier roman L’invitation américaine vient de sortir. Pouvez-vous nous le présenter ? 

L’invitation américaine est un roman d’amour qui offre une plongée saisissante dans le monde universitaire américain d’aujourd’hui, la vie en expatriation et l’œuvre de Chateaubriand. L’héroïne, Marianne, est une jeune universitaire française spécialiste du romantisme, qui obtient un poste de professeur invité aux États-Unis afin d’étudier l’ouvrage Voyage en Amérique de Chateaubriand. Elle va découvrir la vie en expatriation et être confrontée à des dilemmes intimes : Choisira-t-elle de privilégier l’amour ou sa carrière ? La France ou les États-Unis ? Arrivera-t-elle à retrouver le bonheur au risque de se perdre ? Je n’en dirais pas plus.

À qui s’adresse-t-il ? 

Il s’adresse aux amateurs de fiction. C’est un roman accessible à tous qui permet de s’évader.

Comment vous est venue l’envie d’écrire ce livre ?

J’écris de la fiction depuis mon enfance. Je souhaitais cette fois-ci me lancer un défi personnel : étais-je capable d’écrire un roman contemporain ? En ancrant le roman dans la réalité, il est possible d’aborder des sujets sensibles, comme le racisme latent dans le Sud, la montée des troubles anxiodépressifs chez les étudiants américains, la crise des humanités dans l’enseignement supérieur… 

Dans votre roman, vous faites un focus sur la vie en expatriation tout en retraçant les pas de Chateaubriand en Amérique…

Ces deux thèmes se marient très bien, puisqu’ils me permettent de parler des Etats-Unis. Il y a quelques années j’ai publié un essai Chroniques de l’Amérique au quotidien pour parler de la problématique de l’expatriation et des différences culturelles entre la France et les Etats-Unis. Ces thèmes sont toujours présents dans mon roman L’invitation américaine. Le voyage en Amérique de Chateaubriand sert de fil conducteur et permet à l’héroïne de découvrir beaucoup de villes. Mon roman est une invitation au voyage dans l’Est américain. Il met également en valeur ma ville d’adoption, Atlanta, qui demeure encore trop méconnue.

J’imagine que vous vous avez aussi été inspirée par vos années d’enseignement dans une université américaine pendant plus de trois ans avant de vous consacrer à l’écriture.

Absolument. Ce roman est une fiction, mais son univers est nourri par mon expérience d’enseignante en France et aux Etats-Unis. Il est véritablement ancré dans la réalité. Il permet de suivre la course un peu folle des professeurs d’université qui doivent concilier enseignement et recherche et qui feraient tout ou presque pour décrocher de nouvelles publications : le fameux Publish or perish – sans publication suffisante, pas de titularisation, donc pas de sécurité de l’emploi. Les enseignants sont soumis à beaucoup de pression. Ce roman parle aussi indirectement de la crise des humanités aux Etats-Unis. L’enseignement du français est parfois menacé faute d’étudiants inscrits en nombre suffisant. D’après certains rapports, 129 programmes de français auraient été supprimés dans des universités américaines (entre 2013 et 2016). Cette situation me préoccupe beaucoup et pose des questions essentielles : pourquoi étudier le français aujourd’hui ? Quelle place accorder à l’enseignement de la littérature ? Comment faire aimer les classiques ? Mon héroïne Marianne arrive à faire relire les classiques à ses étudiants. J’espère que sa passion pour Chateaubriand et les auteurs romantiques sera contagieuse.

Quels sont les livres littéraires ou historiques que vous recommandez ?

Le Consulat général de France à Atlanta a organisé il y a quelques années la visite de Gilles Leroy. Cette visite a été une révélation pour moi. J’aime tout particulièrement son roman Alabama Song qui retrace la vie de Zelda Fitzgerald (roman qui a obtenu le Prix Goncourt en 2007). J’appréciais beaucoup l’œuvre de Scott Fitzgerald avant d’avoir lu Alabama Song ; il m’est difficile de dissocier l’œuvre du personnage qui m’est beaucoup moins sympathique aujourd’hui. Zola Jackson est un autre roman de Gilles Leroy qui m’a impressionnée. Comment parler d’un évènement dramatique sans avoir le sentiment d’en profiter ? Son traitement de l’ouragan Katrina est fascinant. Je suis obligée de mentionner également Autant en emporte le vent, car son auteur Margaret Mitchell était d’Atlanta et c’est un classique que j’aime depuis l’enfance. Son œuvre est maintenant controversée, car elle manque de recul par rapport au système esclavagiste de la Confédération. Le Sud n’en finit pas de régler ses comptes avec son passé : on y déboulonne des statues. Je ne pense pas que réécrire l’histoire soit la solution. En revanche, éduquer, porter un regard critique, oui. N’enterrez pas les classiques s’il vous plait ! Interprétez-les ! L’analyse littéraire sert justement à aiguiser son sens critique.

Quels sont vos projets à venir ?

Actuellement, je travaille à la promotion de L’invitation américaine et vais participer à mon premier Book Club. Je suis impatiente (et nerveuse) de savoir ce que mes lecteurs ont pensé de mon roman. Je poursuis également l’écriture de mon deuxième roman qui parlera encore d’expatriation, mais sera situé dans le monde de l’entreprise avec un regard quelque peu critique – ma formation d’origine est en économie-gestion…

Biographie

Universitaire franco-américaine, Sophie Landrieux habite depuis plus de dix ans aux États-Unis. Elle a écrit de nombreux ouvrages et articles de gestion, ainsi qu’un essai intitulé Chroniques de l’Amérique au quotidien. L’invitation américaine est son premier roman.


About the Author

est originaire de Versailles. Elle a toujours voulu découvrir le monde, ce qu'elle a fait à partir de 17 ans lorsqu'elle a eu la chance d'étudier à l'étranger à Rhonda, en Espagne. Elle a parcouru le monde de Hong Kong à Taiwan, de l'Irlande à l'Autriche, en passant par le Luxembourg, le Liechtenstein et Monaco, et a découvert l'ensemble des pays de l'Italie et du Maroc. Elle se sent réellement citoyenne du monde. Elle s'est enfin installée plusieurs années à Los Angeles où elle a travaillé au Consulat de France à Los Angeles. Passionnée par les arts et l'histoire, elle a obtenu une Licence en histoire de l'Université de Californie à Berkeley et a étudié un programme de maîtrise en éducation à l'Université de Californie du Sud. Elle a enseigné le français à UNLV et CSN au Nevada. Elle est la fondatrice et la rédactrice en chef du French Quarter Magazine, dans lequel elle écrit, interviewe des personnes dans des domaines très variées, propose des idées d'écriture aux écrivains et aux journalistes, prend des photos et écrit actuellement son premier livre traduit sur la vie de Coco Chanel qui est remplie d'aventures, d'intrigues, d'histoire et d'amour.



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