Art & Culture

Published on février 8th, 2020 | by Laurence de Valmy

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Daniel Templon pionnier de l’art contemporain depuis 50 ans

Daniel Templon a fondé sa galerie d’art éponyme à Paris en 1966 à 21 ans sans argent ni relations mais avec passion, enthousiasme et en faisant un pari sur l’avenir. Son instinct, son énergie et son envie d’explorer de nouveaux territoires ont fait le succès de sa galerie et explique comment elle est devenue l’une des références de l’art contemporain.

Au fil des années, de nombreux artistes faisant désormais partie de l’histoire de l’art ont exposé avec la galerie (Andy Warhol, César, Ellsworth Kelly, Roy Lichtenstein, Jean-Michel Basquiat, Keith Haring pour n’en citer que quelques-uns). Et ce n’est pas par hasard «Ma galerie a toujours recherché des individus forts, des artistes qui ont non seulement le talent, mais aussi l’ambition de confronter l’histoire de l’art,» explique Daniel Templon.

Une année importante pour lui fut l’année 1972 où il est venu en Amérique,  ce qui l’a amené à rencontrer Donald Judd, le célèbre marchand d’art Leo Castelli et à présenter de nombreux artistes américains au public français tels que Ellsworth Kelly, Willem de Kooning, Frank Stella, Andy Warhol. La même année, il co-fonde avec Catherine Millet le magazine d’art mensuel ART PRESS.

Aujourd’hui, la Galerie Templon représente un groupe d’artistes internationaux et favorise un dialogue entre les générations: artistes confirmés, en milieu de carrière et plus jeunes dans ses trois espaces permanents: deux à Paris et un à Bruxelles, en Belgique, et à travers des foires d’art dans le monde entier (bientôt à l’Armory show à New York).

Son histoire est racontée par l’historienne Julie Verlaine dans son livre “Daniel Templon : une histoire de l’art contemporain” et nous sommes honorés qu’il nous ait accordé un moment pour partager son parcours et ses projets à venir.

Votre galerie a une identité très personnelle en représentant des artistes très variés. Quelles sont selon vous les forces de votre galerie et ce qui la rend unique ?

Aujourd’hui ce qui fait la singularité de ma galerie, c’est probablement cette longévité, et de fait, le dialogue entre générations que ma galerie est une des rares à pouvoir promouvoir en toute légitimité.

De nombreux artistes que j’ai exposés au cours de ces 53 dernières années sont entrés dans l’histoire de l’art : Donald Judd, Dan Flavin, Carl Andre,  Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg, Jean-Michel Basquiat, Keith Haring, Frank Stella, Ellsworth Kelly, Richard Serra, Willem de Kooning et bien d’autres encore.

Parmi les découvertes de ces dix dernières années, de Chiharu Shiota à Kehinde Wiley, de nombreux artistes sont en train de se construire à leur tour une reconnaissance internationale.  

Ma galerie a toujours cherché des individualités fortes, des artistes qui ont non seulement le talent, mais aussi l’ambition de se confronter à l’histoire de l’art.

Votre voyage à NYC en 1972 a été décisif dans votre parcours. Que retenez-vous de ce premier contact avec cette ville et avec l’Amérique en général ?

A l’époque aller en Amérique était rare. C’était une aventure. J’ai planifié mon voyage des mois à l’avance. J’ai atterri dans le loft de Bernar Venet à Soho, qui était encore ce quartier industriel où l’on trouvait de nombreux ateliers d’artiste. C’est ainsi que j’ai visité l’atelier de Donald Judd, qui à son tour m’a encouragé à rencontrer son galeriste, Leo Castelli. Leo était déjà considéré comme le plus grand marchand de l’époque. Il avait presque 40 ans de plus que moi, mais comme il était francophone, et francophile, nous nous sommes immédiatement entendus. Nous sommes restés amis jusqu’à sa disparition en 1999. Il m’a donné l’occasion de travailler avec de nombreux artistes américains. J’ai beaucoup appris grâce à lui.

Jan Fabre ‘L’Heure Sauvage’ Galerie Templon Bruxelles

Vous avez eu l’occasion de travailler avec les plus grands artistes contemporains américains. Quels sont ceux qui vous ont le plus marqués ? 

J’ai toujours pris un grand plaisir à rencontrer tous les artistes. Andy Warhol était plutôt timide et réservé mais il s’animait dès qu’on parlait de son magazine Interview. Jean-Michel Basquiat était vraiment un « bad boy » alors que Keith Haring était solaire, toujours enthousiaste. Ellsworth Kelly était un grand monsieur, fin connaisseur de l’art français. Roy Lichtenstein était obsédé par sa peinture et travaillait d’arrache-pied. Tous m’ont appris quelque chose sur le rôle de l’artiste mais m’ont aussi souvent surpris. Les artistes ne ressemblent pas toujours à l’idée que l’on se fait d’eux a priori à travers leur œuvre. Je trouve cette dissonance fascinante.

Vous êtes un découvreur de talent. Comment avez-vous repéré Kehinde Wiley et comment en êtes-vous venu à le représenter ? 

Dans les années 2000, je me suis mis à la recherche d’artistes afro-américains. Près de 20 ans après la disparition de Basquiat, qui a été le premier artiste noir porté aux nues par le marché de l’art international, je me disais qu’il était impossible qu’un artiste de sa trempe n’émerge pas enfin aux Etats-Unis. Le travail de Kehinde Wiley parle de l’identité noire, de l’invisibilité des afro-américains dans la grande histoire de l’art et du pouvoir politique de la peinture. J’ai tout de suite été impressionné par ses grands portraits de jeunes anonymes rencontrés à Brooklyn ou dans le Bronx, que j’ai découvert en 2006-2007. A l’époque, il exposait déjà un peu aux Etats-Unis, notamment chez Rhona Hoffman à Chicago, et Jeffrey Deitch à New York, mais j’ai été le premier en Europe à lui proposer une exposition. Je travaille officiellement avec lui depuis 2009.

Vous avez soutenu les artistes américains mais également les artistes français avec la création de l’ADIAF. Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a motivé à le faire ?

Au milieu des années 90, en pleine crise du marché de l’art en France, j’ai fait le constat que nos artistes souffraient à l’étranger d’un manque terrible de reconnaissance. Je voyageais beaucoup, notamment aux Etats-Unis, et les collectionneurs étrangers montraient peu d’intérêt pour nos artistes. Les raisons en sont complexes et dépendent de facteurs macro-économiques, politiques et culturels qui dépassent les simples problématiques du marché de l’art, cependant, pour moi il était clair que l’on ne pouvait simplement compter sur nos musées ou notre diplomatie culturelle pour rattraper ce retard. J’étais convaincu qu’il fallait enclencher une dynamique privée, fédérer les collectionneurs, et démontrer ainsi le poids de notre marché local et notre volonté de défendre nos artistes sur la scène internationale. J’ai monté le projet avec mon ami Gilles Fuchs, grand collectionneur, qui en a pris la présidence. Aujourd’hui l’ADIAF rassemble plus de 400 collectionneurs, et organise le Prix Marcel Duchamp, qui se tient au Centre Georges Pompidou.

Philippe Cognée Photo Credit Bertrand Huet

Vous étiez en décembre à Art Basel Miami ou vous avez présenté plusieurs artistes figuratifs dont Philip Pearlstein, Kehinde Wiley et Omar Ba. Pouvez-vous nous parler de votre sélection d’artistes et de l’accueil qui lui a été fait ?

Pour Art Basel Miami Beach, nous souhaitions proposer un parcours à travers la représentation de la figure humaine. On commençait avec des artistes pop tels que George Segal et Jim Dine, en passant par les grands maîtres du retour de la peinture, comme Philip Pearlstein suivi de Francesco Clemente et Julian Schnabel. Enfin, nous voulions ouvrir sur les tendances actuelles avec l’américain Kehinde Wiley et le Sénégalais Omar Ba. Un stand de foire est une vitrine du travail d’une galerie. Ce stand souhaitait montrer que les mêmes problématiques peuvent rassembler des artistes d’horizons très différents, et surtout prouver que l’on comprend beaucoup mieux l’art contemporain d’aujourd’hui quand on prend le temps de regarder ce qui s’est fait il y a 15, 20, 30 ans en arrière. Le marché de l’art a souvent la mémoire courte et je pense que c’est pour cela que l’accueil de ce stand a été si enthousiaste.

Quels sont les événements pour votre galerie à ne pas manquer en 2020?

En ce moment, nous avons une exposition extraordinaire de Philippe Cognée, un de nos peintres français les plus étonnants qui travaille avec de la peinture à la cire. Il réalise de grandes natures mortes avec des fleurs fânées ou séchées, presque abstraites.

En mars 2020, nous allons exposer pour la première fois une jeune artiste africaine : Billie Zangewa. Elle fait des tableaux brodés, autobiographiques, qui explorent la condition de la femme-artiste aujourd’hui.  

Mais il faut aussi mentionner quelques projets de nos artistes en musée, comme l’exposition de Pierre et Gilles « La Fabrique des Idoles » à la Philharmonie de Paris qui explore leur rapport à la musique depuis 40 ans et qu’il ne faut absolument pas manquer, ou encore la rétrospective de Gérard Garouste au Musée d’Art Moderne de New Delhi. C’est la première fois qu’un peintre français vivant a une rétrospective dans ce pays ! Pour ceux qui ne peuvent se déplacer jusqu’en Inde pour redécouvrir son œuvre, le Musée national d’art moderne de Paris-Centre Georges Pompidou lui consacrera une nouvelle et importante rétrospective en septembre 2022.


About the Author

est une artiste française qui vit et travaille à Philadelphie. Elle est artiste peintre créatrice de la série POST, revisitant l'histoire de l'art a travers des Instagram peints. Son travail est exposé en galeries et foires d'art. Elle rédige le blog "The Curious Frenchy" et collabore au French Quarter Magazine. https://www.instagram.com/laurencedevalmy/



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