Histoire

Published on juin 5th, 2017 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Interview de Jean-Marie Kreins, un historien et conférencier au Luxembourg

French Quarter Magazine : Quels sont les personnages historiques du 20ème siècle les plus importants de votre pays, pouvez-vous nous en citer quelques-uns ?

Joseph Bech.

J.M.K. : Si je regarde les personnages du 20ème siècle, je dirais qu’il y a une personnalité qui parait avoir été importante dans le domaine politique. Joseph Bech, né  à la fin du 19ème et mort en 1975, a été de tous les coups politiques. Il a été ministre (ce qu’on appelle président du Gouvernement). Pourquoi a-t-il a été une personnalité importante ? C’est probablement une personnalité qui a le plus internationalisé le Luxembourg entre les deux guerres. Il a été important comme personnalité politique. Il a été proche de Spaak, le ministre Belge, pendant la guerre de 40. Il a été aussi ministre pendant et après la guerre, donc c’est une personnalité importante qui mérite beaucoup d’intérêt, qui était assez originale et qui avait un grand sens politique. Après, la dernière figure de proue, c’est Charlotte. Comme dans tous les pays, il y a des « petits ministres… » Werner a été également peut-être une personnalité important parce qu’il a joué un rôle international dans le domaine de la communauté Européenne du serpent monétaire. Il a été assez dynamique pour initier une certaine initiative économique dans le cadre des difficultés de l’Union Européenne. Ça n’a pas été une figure emblématique qui vraiment représente le Grand-Duché. Le Luxembourg est devenu un peu comme tous les autres états, il n’y a plus de figure emblématique ni d’originalité.

French Quarter Magazine : Quel est le rôle du Luxembourg au sein de l’Union Européenne ?

J.M.K. : Le Luxembourg est un membre fondateur. Là encore, il y a une tradition d’alliance. Le Luxembourg a une tradition de rapprochement (pas parce que les Luxembourgeois le voulais forcément). D’abord, il y a cette histoire des intégrations. La population a toujours été confrontée avec autrui. En tant que membre fondateur la SECA (communauté économique Européenne), les institutions se sont installées ici au Kirchberg. Vous avez la cour de justice, la Banque Européenne d’investissements, Eurostat, l’office des publications et vous avez le centre de traduction, le siège du parlement européen (en octobre et avril). Toutes ces institutions font que naturellement, il y a eu environ 9800 personnes qui ont fait monter les prix mais en même temps la consommation. La SECA n’a pas été acceptée par la population. Il ne faut pas perdre de vue que le Luxembourg est un pays catholique. Il y a eu très peu de protestantisme au Luxembourg. On n’a pas eu de grand souci avec les protestants. La tradition catholique, la tradition rurale, peu de villes, un centre, un isolement en même temps… la confrontation avec d’autre a fait que, petit à petit, les choses se sont faites. Il y a eu un certain bénéfice en même temps qu’une perte. C’est un pays où il y a beaucoup d’étrangers ce qui créé des tensions, mais le Luxembourgeois est tolérant. Du moment qu’il a une vie tranquille avec sa télévision, son auto, qu’il ne subit pas d’agression, les choses se passent plus ou moins bien. Quand les communautés sont pauvres, les choses sont moins faciles. D’un côté les riches, de l’autre les pauvres. Cela fait déjà des conflits entre les mêmes groupes et donc avec les groupes étrangers, les conflits se multiplient encore plus. Cela n’existe pas vraiment au Luxembourg.

French Quarter Magazine : Vous dites que l’Union Européenne a apporté peu pour le Luxembourg ?

Le quartier moderne du « Kierchbierg » (Kirchberg) est le quartier des institutions européennes.

J.M.K. : Pas vraiment, non. Cela a apporté, d’une part, une visibilité, un certain bénéfice économique, une ouverture vers l’extérieur, et de temps en temps des journalistes viennent à Luxembourg mais pas souvent car les évènements y sont rares. Nous avons eu trois Luxembourgeois qui ont été présidents de la Commission Européenne : le 1er  était Gaston Thorn, au début des années 80, le 2ème était Santer, le plus caduc puisque la commission a démissionnée. Et maintenant, nous avons Juncker qui est le 3ème. C’est choses-là, font qu’il y a une visibilité. Maintenant, on pourrait dire aussi : « pour vivre heureux vivons cachés. » parce que cette visibilité à aussi créée beaucoup de tensions à l’international vers le Luxembourg.
Le Luxembourg, c’est aussi une place financière qui à l’étranger est souvent considéré comme un pays « gangster » qui fait des bénéfices et qui profite. C’est la vision que nous avons de l’extérieur. Les Français et les Allemands n’ont pas toujours un regard positif sur le Luxembourg. La Belgique c’est différent.

French Quarter Magazine : Parlez-nous des relations politiques et économiques entre les Etats-Unis et le Luxembourg.

J.M.K. : Vous avez entre les années 1840 et 1900, environ 72 000 Luxembourgeois qui ont immigré au Etats-Unis en trois vagues de migration : au début, au milieu et à la fin du siècle. Cela fait quand même beaucoup sur une population de 250 000 habitants. Cela représente quasiment un tiers de la population qui a immigrée aux Etats-Unis. Il y a quelque chose d’intéressant culturellement à mon sens, c’est que ces gens ont gardé des relations avec le pays. L’Amérique n’est pas seulement un fantasme, un imaginaire, c’est aussi une réalité commerciale, économique mais, celle-là elle est déjà présente avant la guerre.
Après la guerre il va y avoir un retour économique important avec l’arrivée de toute une série d’entreprises comme Goodyear, la Credit Bank, qui est une banque belge qui suit Goodyear. Toute une série d’industries sont venues aussi comme Euro flore. Le nord du Luxembourg était très industrialisé avec beaucoup de petites et moyennes entreprises, des productions de frigos, de radios, de cuirs etc… Après la guerre tout ça disparait, c’est remplacé à ce moment-là par des industries américaines qui s’installent favorablement au Luxembourg : Balatum, Dupont de Nemours, Uniroyal etc… Vous avez aussi des industries de luxe qui s’installent aux Etats-Unis comme Wurtz qui avait déjà un brevet avec l’armée pour les rails de longue distance pour les trains rapides.
Vous allez avoir l’arrivée de sociétés de services financières comme les grandes banques qui vont venir s’installer pour toutes sorte de raisons économique : des stratégies de niches et des avantages fiscaux. Il y a eu la reconnaissance du Luxembourg par les Etats-Unis aux environs des années 1870 et l’ouverture d’une ambassade américaine à partir de 1956 à Luxembourg. Tout cela est d’une grande importance. Cela créé des relations commerciales, diplomatiques et économiques. N’oublions pas non plus le retour symbolique des vétérans qui a joué un rôle important et, avant la guerre, Charlotte qui s’est fait un peu connaître aux Etats-Unis et qui a fait savoir que le Luxembourg existait. Ce n’était pas vraiment le pays le plus connu aux Etats-Unis.

Transcription: Pascale Nard. Cet article a été corrigé en anglais par Linda Quinet.


About the Author

was born in the royal city of Versailles, France and have lived in the United States since 1996. After earning a Bachelor's degree in History from the University of California Berkeley and studying for a Master program in education at the University of Southern California, she went on to teach French to aspiring UNLV and CSN students in Nevada. When she is not teaching, she is writing, interviewing people in a wide range of circumstances, pitching story ideas to writers and editors, taking pictures, traveling, painting or trying delicious foods.



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