Interviews

Published on décembre 6th, 2016 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Interview de Lola Ohlala, danseuse du Cabaret Français Versatile

I.K. : Bonjour

Lola : Bonjour

I.K. : A quel âge vous êtes-vous découvert une passion pour la danse ?

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Lola Ohlala. Photo par Cabaret Versatile.

Lola : Depuis toujours, j’ai grandi avec la danse. Je l’ai découverte en même temps que je me suis découverte. J’ai commencé la danse classique à 4 ans et, quand j’avais huit ans, j’ai demandé à ma maman de changer de style de danse parce qu’avec le ballet je ne pouvais pas danser du Michael Jackson. J’ai commencé alors à faire du moderne Jazz.
A quatorze ans, les cours étant trop chers et trop éloignés de chez moi donc j’ai dû arrêter et c’est là que j’ai commencé le théâtre.

I.K. : Vous n’avez pas fait le conservatoire de danse ?

Lola : J’ai fait le conservatoire de théâtre et non pas celui de danse. C’est pour cela que j’ai plus une formation d’actrice et de metteur en scène que de danseuse technique. Ce qui est parfait pour ce que je fais.

I.K. : Dans quel cabaret avez-vous débuté ?

Lola : La première troupe dans laquelle j’ai joué était une troupe itinérante de province qui s’appelait Paradisiaque. Ensuite, j’ai enchaîné dans plusieurs cabarets et je suis toujours restée en province.
On m’avait proposé de danser à Paris. J’aurais pu essayer de renter au Lido mais cela ne m’intéressait pas parce que l’état d’esprit est très différent de ce que je fais et de ce que je recherche. J’aime qu’il y ait avant tout un état d’esprit de troupe. Pour ça les troupes itinérantes sont vraiment sympas et les petits cabarets de province ont un état d’esprit plus « familial » que des grosses entreprises comme le Lido ou le Moulin Rouge où il y a 70 danseurs qui, plus ou moins, « se tirent dans les pattes » où il y a un esprit de compétition qui, selon moi, ne devrait pas exister dans une troupe de spectacle cohérente.

I.K. : Quelles sont les qualités requises pour être une bonne danseuse de cabaret ?

Lola : Pour être une bonne danseuse de cabaret comme je le suis, je recherche avant tout des caractères, le niveau de danse n’étant pas le plus important. Il faut qu’elle soit assez souple et dynamique pour faire un French Cancan. Je pense que techniquement c’est ce qu’il y a de plus difficile dans le show et ça me convient. Ce qui compte pour moi c’est vraiment le caractère que ce soit sur scène ou hors scène. Je travaille avec des gens authentiques et vrais, des filles qui vont apporter quelque chose d’unique sur scène.
C’est pour ça que les filles ne doivent pas seulement être danseuses, il faut aussi qu’elles soient actrices et qu’elles apportent le meilleur d’elles-mêmes sur scène.
C’est l’essentiel ! Il faut aussi qu’elles sachent bouger, qu’elles soient sensuelles sans être trop sexy c’est toute une alchimie.

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L’équipe de Cabaret Versatile. Photo par Cabaret Versatile.

I.K. : Aujourd’hui vous faites fonctionner le cabaret Versatile. C’est beaucoup de travail et de responsabilités j’imagine, quel est votre rythme au quotidien ?

Lola : Oh oui ! En dehors du cabaret Versatile, j’ai aussi un travail, un « Day Work Job » comme la plupart des artistes à Los Angeles je pense. Hélas, je ne peux pas vivre que du cabaret Versatile. J’ai commencé il y a deux ans le métier d’institutrice en maternelle, je fais la classe, j’ai un suivi scolaire avec les parents, ça me prend énormément de temps et d’énergie en plus du cabaret. J’ai aussi une nouvelle passion pour le tango qui a commencé il y a un an et demi et qui me prend beaucoup de temps aussi. Avec tout cela, il faut que je trouve le temps de m’occuper du cabaret dès que j’ai un moment de libre. Ce n’est pas trop dur parce que c’est une passion. C’est plus une question d’organisation rigoureuse. J’ai peu de week-end, pas forcément de vacances mais cela ne me dérange pas plus que cela.

I.K. : Quelle est l’hygiène de vie d’une danseuse de cabaret ?

Lola : Franchement ? Si je pouvais je dirais « Joker » parce que je ne pense pas être un modèle en la matière.
Je suis quelqu’un qui fonctionne beaucoup avec la passion. C’est vrai que je devrais dormir plus et manger plus. Je n’ai pas de problème de poids parce que c’est génétique dans ma famille. On est plutôt grand et maigre. J’ai plutôt le problème inverse qui est d’essayer de prendre du poids. Je ne suis pas du genre à faire des régimes où alors des régimes grossissants car c’est hélas sans succès.
Je m’oblige quand même à essayer d’aller faire du sport, de faire des étirements dès que je le peux pour garder un niveau de danse assez élevé mais je ne suis pas un exemple en matière d’hygiène de vie. Honnêtement, à part les « grosses pointures » qui ont des contraintes techniques de très haut niveaux. Je ne pense pas que les danseuses de cabaret ou de Hip Hop soient toutes exemplaires. On mange quand on en a le temps, idem pour le sommeil. Il y a tellement de travail en tant qu’artiste quand on vit à Los Angeles que l’on n’a plus le temps de prendre le temps de s’occuper de soi. C’est dommage, on devrait mais tout va tellement vite.

I.K. : Il vous faut beaucoup de rigueur, d’entrainement physique et de pratique régulière pour pouvoir continuer à danser longtemps.

Lola : C’est vrai, c’est intéressant ce que vous dites, effectivement, je ne raisonne pas comme quelqu’un qui n’est pas de ce milieu-là. Il y plus de quinze ans que je danse maintenant. J’ai l’impression de ne pas être sportive comparée aux danseuses de haut niveau qui sont des techniciennes pures et dures et qui doivent s’entraîner vraiment « corps et âmes. » Je fais plus de sport au quotidien que quelqu’un qui ne danse pas mais je ne m’en rends pas compte finalement.

I.K. : Le cabaret versatile est un cabaret burlesque, de quoi s’agit-il ?

Lola : On appelle le cabaret versatile du « French Cabaret. » Je veux dire que j’ai des appréhensions en ce qui concerne le Moulin Rouge, type music-hall classique, le genre de cabarets un peu « Kitchouille » en France. J’ai commencé avec cela et ensuite, j’ai travaillé avec des artistes de théâtre, des chanteurs de café-concert (notamment un qui s’appelle Monsieur Jack), qui travaille sur la région centre et sur Paris chez Madame Arthur. Il me demande souvent d’y aller. C’est un style qui est beaucoup plus sombre qui s’inspire du cabaret berlinois des années 20 et 30 avec des atmosphères inspirées par Kurt Weill au niveau des textes et des chansons notamment, c’est très noir, très satirique et très humoristique. C’est très drôle mais c’est vrai que c’est un peu un genre de cabaret « dérangeant. » J’ai toujours pensé que c’était un style qui pouvait faire peur et je n’ai pas envie de faire peur aux gens.
Le cabaret Versatile représente vraiment ce que je suis, ce que je fais et ce que je recherche. C’est un mélange d’humour, d’élégance sans oublier le côté sensuel, sexy et séducteur. J’essaie de représenter la femme dans tous ses états : drôle, nostalgique ou triste et en même temps de représenter la France parce qu’on a un très beau patrimoine artistique en France surtout au niveau du cabaret. On a encore quelques artistes et des textes magnifiques : pour moi, c’est quelque chose de très français. On représente la joie de vivre, l’élégance, le chic à la française dans une atmosphère bon enfant et non pas un spectacle inaccessible comme, par exemple, au Lido où le spectacle est magnifique mais où les danseuses sont comme des déesses perchées en hauteur et il n’y a aucun contact avec le public.
Moi, je recherche énormément le contact avec le public.

I.K. : Quelle est la clientèle qui fréquente votre établissement ?

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Lola Ohlala. Photo par Cabaret Versatile.

Lola : Nous n’avons pas d’établissement. Je suis en troupe itinérante. Quand on se produit comme au Sofitel, ce sont des autos productions. Je prends une résidence quelque part et j’autoproduits le show, (chose que je ne fais plus pour le moment parce que mon assistante de production a dû repartir en France). J’avoue que j’ai déjà du mal à m’occuper des contrats privés donc pour l’instant j’arrête les résidences notamment au Sofitel.
Le type de clientèle que nous avons est très varié puisqu’on se produit dans toutes sortes d’endroits même les plus inattendus comme un circuit automobile entre autre ou à Hawaii pendant trois jours pour faire un Cancan de trente secondes. Cela peut être aussi une entreprise, un petit restaurant à Los Angeles, un mariage de luxe à Malibu, des dentistes chinois très classes qui ne riaient pas du tout. Ca peut être pour une « graduation party, » dans ce cas je rencontre la personne pour savoir ce qu’elle veut exactement et en piochant dans les trois spectacles qu’on a fait je construis un show sur mesure. Nous jouons dans des ambiances vraiment différentes pour des publics très différents. Le cabaret c’est vraiment pour tous.
Je trouve cela super parce que c’est un style de show qui peut réunir les gens.
Jamais une personne n’est venue me voir à la fin du spectacle en me disant « je n’ai pas aimé. » C’est ce qu’il y a de plus beau pour moi.

I.K. : Qui dessine et confectionne vos costumes ?

Lola : C’est, moi. C’est pour cela que je suis très occupée. Je suis costumière, chorégraphe, directrice, danseuse et manager. Je m’occupe aussi du web design. Il y a Bérengère pour m’aider mais depuis le début je fais tout.

I.K. : Vous faites connaître le French Cancan en donnant des cours également ?

Lola : Oui, ça c’est une chose que j’adore faire. J’aimerais avoir plus de temps pour le développer un peu plus parce que l’histoire du French Cancan en France est vraiment passionnante. C’est pour moi une des artères principale du cabaret. J’ai organisé des cours dans lesquels j’explique l’histoire du Cancan. J’ai fait une petite exposition avec des documents que j’ai créés au tout début avec des photos etc… Ensuite, une fois que nous avons discuté un petit peu, je commence avec un échauffement, puis nous apprenons des mouvements du French Cancan. Chaque fois, j’explique « le pourquoi du comment. » C’est une histoire qui est sympathique. Pour moi, les « cancaneuses » sont les premières féministes françaises. Cela remonte à 1830. C’est une histoire très drôle : il y a une prof de français dans un collège qui tous les ans me demande de venir faire un, deux, ou trois courts avec ses élèves de différentes classes qui ont entre onze et quatorze ans. Les enfants s’éclatent. C’est super de pouvoir expliquer cela aussi à des enfants. Quand nous parlons du cabaret français, nous pensons toute suite que c’est trop sexy, inapproprié etc… Il n’y a pas que le côté sexy, et provocant, il y a toute une histoire et toute une initiation. Les enfants apprennent d’une façon ludique.

I.K. : Pour finir notre interview, parlez-nous de vos projets ?

Lola : Les projets, il y en tellement ! Pour la fin 2016, c’est toujours d’essayer de trouver les évènements, les contrats les plus sympas. J’essaie de trouver des contrats qui vont motiver et faire plaisir aux spectateurs. Nous avons cet esprit de troupe au cabaret Versatile qui est toujours présent grâce à chacune, pas seulement grâce à moi. Il y a une belle cohésion entre tous les artistes avec lesquels je travaille. J’adore travailler avec eux, aussi bien avec les techniciens que les chanteuses et les danseuses, etc.
Il y a cette fondation Cancan que Bérengère essaie de me pousser à créer. C’est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire dans l’esprit de la mise en valeur de la féminité. Ce serait vraiment chouette. Défendre la féminité est quelque chose de très important aujourd’hui.
– Nos projets 2016 (à la fin de cette année):
1. Prix RUMI (en cohérence avec notre engagement pour les droits des femmes – et merci Isabelle pour cette excellente connexion avec Abe),
2. Faire découvrir au public américain un Cancan français encore plus authentique en Californie, hors de l’état de Californie et aussi plus loin (comme nous l’avons fait avec le Guatemala, Hawai, …)
3. Peut-être un nouveau spectacle mensuel dans un nouveau lieu – discussions en cours
– Pour 2017:
1. Reality Show – nous avons été contactées – nous nous lançons donc pour la création d’un reality show avec Cabaret Versatile – toujours en cours
2. La Fondation CanCan – Notre objectif est de bâtir le statut juridique, levée de fonds et de financer des worshops gratuits pour les femmes qui ont besoin de reconstruire leur confiance en soi.
3. Finalement, nous voulons aller dans les pays asiatiques (Chine, etc.) parce que nous savons que nous y serons bien accueillies aussi. Ils sont vraiment fan de la culture française donc nous voulons développer nos affaires et aller y jouer parfois.

I.K. : Que voulez-vous dire par : « Défendre la féminité » ?

Lola : Je trouve que les femmes ont tendance à se « blinder » vis-à-vis des hommes pour obtenir l’égalité des droits, des salaires, pour être prises plus au sérieux et être mieux considérées etc… Je pense qu’il y a une masculinisation des femmes parce qu’effectivement on a besoin d’être plus courageuses et plus fortes. Quelque part, il y a une perte d’élégance même dans la façon de s’habiller. C’est trop provocateur ou c’est limite macho. Je trouve que les femmes ont tendance à oublier d’être femme tout naturellement.

I.K. : Ce projet serait de « coacher » les femmes ?

Lola : L’idée m’est venue un jour où une association de chirurgiens m’a contactée pour un « Charity Event. » C’est une association qui aide les femmes victimes d’abus et de maltraitances. Ils font de la reconstruction faciale entre autre pour les aider à se reconstruire.
J’ai pensé que le cabaret pourrait aussi aider ces femmes à travers la danse de cabaret, en apprenant à bouger, à se tenir droite, à sortir la tête des épaules, à savoir comment marcher et à se réapproprier leur corps.
Cela peut s’adresser aussi bien à des femmes qui ont subi des traumatismes divers qu’à des femmes qui n’ont pas confiance en elles, à des mères célibataires qui n’ont plus le temps de s’occuper d’elles en tant que femme afin de les aider à travailler leur confiance en elles, à regagner ou à acquérir leur féminité.
Pour les femmes, le French Cabaret est un bon moyen de se retrouver en tant que femme, pas seulement en tant qu’individu d’une société qui se veut quand même encore très machiste.

I.K. : Merci Lola.

Lola : Merci à vous.

Transcription: Pascale Nard. Cet article a été traduit en anglais par Anne-Cécile Baer Porter.


About the Author

was born in the royal city of Versailles, France and have lived in the United States since 1996. After earning a Bachelor's degree in History from the University of California Berkeley and studying for a Master program in education at the University of Southern California, she went on to teach French to aspiring UNLV and CSN students in Nevada. When she is not teaching, she is writing, interviewing people in a wide range of circumstances, pitching story ideas to writers and editors, taking pictures, traveling, painting or trying delicious foods.



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