Interviews

Published on mars 17th, 2016 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

0

Interview d’Alain Baraton, jardinier-en-chef du parc au Palais de Versailles et auteur de plusieurs livres.

J’ai eu la chance d’interviewer Alain Baraton à l’hôtel historique Le Trianon Palace Versailles, niché sur le bord du domaine royal de Louis XIV avec vue sur le château de Versailles. Un grand merci au Trianon Palace pour généreusement nous avoir accueillir dans l’un de leurs petits salons. Monsieur Baraton est connu pour être un maître jardinier. Depuis 1982, il est jardinier en chef du parc au château de Versailles. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur les thèmes du jardinage, des plantes et de Versailles et son château, et parle régulièrement à la radio France Inter depuis 2003 et La Quotidienne sur France 5 depuis 2013.

Isabelle Karamooz : Bonjour Alain Baraton.

Alain Baraton : Bonjour.

I.K. : Quel a été votre parcours scolaire et professionnel ?

A.B. : Un parcours scolaire que je qualifierais aujourd’hui de quelconque. J’étais un enfant qui n’étais mauvais en rien mais qui n’étais pas bon non plus en pas grand-chose. J’étais donc sur l’extrême, j’étais sur le… Je ne sais pas où j’étais d’ailleurs (rires). J’étais rêveur, j’avais envie d’être photographe et finalement les études ne m’intéressaient pas beaucoup. Moi, je recherchais la liberté, le contact avec la nature, je ne me suis pas beaucoup investi, tant et si bien qu’à l’âge de seize ans mes parents un peu désespérés mon placé d’autorité dans une école horticole où j’ai végété durant trois longues années pour finalement me retrouver comme caissier à Versailles. Je faisais payer les voitures qui se rendent dans les jardins. Ma scolarité a été relativement brève et essentiellement horticole. Finalement c’est après que j’ai commencé à travailler que j’ai vraiment décidé de m’intéresser à la culture, à l’éducation et à reprendre une scolarité interrompue trop tôt.

I.K. : Vous êtes aujourd’hui jardinier en chef au Château de Versailles. A quel niveau avez-vous débuté à Versailles ? Quel âge aviez-vous ? Comment devient-on le jardinier de Versailles ?

A.B. : Je suis rentré à Versailles le premier juillet 1976 pour être précis. J’ai trouvé un job d’été pour payer mes vacances donc aux caisses du parc. Les voitures peuvent accéder dans les jardins (en partie bien évidement) et on m’a proposé en septembre de la même année un emploi dans les jardins. J’ai vraiment débuté comme aide jardinier stagiaire en septembre 78, donc deux ans plus tard, je deviens jardinier mosaïste par concours ce qui correspondrait aujourd’hui à un jardinier hautement spécialisé et puis, très rapidement je me rends compte que je vais m’ennuyer, que j’ai besoin d’initiatives, que j’ai besoin de prendre des décisions. J’estime que la gestion des jardins d’alors ne me convient pas. Je ne critique pas ce que faisaient mes prédécesseurs mais quand on a vingt ans forcément ça ne nous plaît pas. Je décide de me présenter au concours de jardinier en chef en 1981, je suis âgé de vingt-quatre ans, tout le monde sourit à l’idée que je puisse réussir au concours. Je suis reçu, j’ai la chance d’être premier, je peux donc choisir mon affectation et c’est Versailles.

I.K. : Une journée de travail à Versailles, ça consiste en quoi exactement ? Quel est le rôle d’un jardinier aujourd’hui ?

A.B. : C’est très compliqué parce que mes journées sont très très très lourdes car j’ai différentes activités, je suis à la radio, à la télévision, j’écris des livres et bien sûr je dirige les équipes en charge du domaine de Versailles. Ma journée commence généralement tôt à sept heures/sept heures et demi le matin. Mon rôle principal est celui d’un chef d’orchestre, chaque jardinier est un musicien, j’ai une partition à jouer, cette partition a été écrite par d’autres avant moi. Mon rôle est de coordonner le travail des équipes, de synchroniser avec celui des entreprises privées, mon travail principal consiste à présenter le domaine au mieux et surtout le transmettre aux générations futures en parfait état. Donc, ce sont des journées extrêmement compliquées car en plus du travail administratif et technique, il y a un rôle de représentation et de conseil, je dois donc me rendre régulièrement en conférence un petit peu partout en France voire même à l’étranger. Un jardinier en chef à Versailles se lève tôt, termine tard, a peu de temps libre, travaille beaucoup mais est heureux de ce qu’il fait, donc il n’a pas le sentiment que ce travail est une contrainte mais au contraire une joie.

I.K. : Vous avez une équipe de combien de personnes ?

A.B. : Il est toujours difficile de chiffrer le nombre de jardiniers qui œuvrent dans les jardins parce qu’il n’y a pas que des jardiniers. On peut estimer aujourd’hui que tous les jours à Versailles dans les jardins soixante à soixante-dix jardiniers titulaires de leur poste travaillent. Ils sont renforcés par une quarantaine de vacataires stagiaires ou apprentis et d’une dizaine d’entreprises privées. Pour faire simple, on peut donc estimer qu’en moyenne sur une année entre cent et cent cinquante personnes travaillent tous les jours sur un parc qui fait toute fois 850 hectares ce qui n’est donc pas énorme.

I.K. : Pourquoi Le Nôtre est-il le seul jardinier mondialement connu ?

A.B. : Parce que je crois qu’il est difficile de briller près du roi soleil. Quand on a Versailles avec Louis XIV, Louis XV, et Louis XVI, on y rajoutera par la suite Napoléon et De Gaulle. Quand on sait que les grands artistes ont tous travaillé à Versailles quel qu’ils soient, les architectes Le Vau et Mansart, les décorateurs et peintres comme Le Brun, également les artistes, je pense à La Fontaine, à Molière. Comment voulez-vous qu’un jardinier puisse… j’allais dire avoir une gloire posthume ? Et, c’est vrai qu’André Le Nôtre, lui, a pu avoir un nom qui se transmet encore aujourd’hui de bouche à oreille. Je crois tout simplement que cela est dû au talent incontestable d’André Le Nôtre car même s’il m’arrive d’égratigner cet homme, je constate que son travail est un travail de haute précision et qu’il a été capable simplement de nous créer des jardins qui finalement sont comme figés dans le temps, ils ont l’avantage d’être je dirais presque immortels. Quand vous concevez un jardin en 1650, 1660 ou 1700 et que, vous êtes capable aujourd’hui de revoir le jardin dans le même état que lorsque qu’il fût conçu, c’est donc du génie et Le Nôtre était un homme génial, c’est pour ça qu’il est le seul à être connu.

I.K. : Le potager du roi est-il toujours en activité ? Et quelles sont ses fonctions aujourd’hui ?

A.B. : Il y a deux potagers, il y a le potager du roi qui ne dépend pas du château de Versailles, qui est une entité indépendante, qui relève du ministère de l’agriculture. Les terres appartiennent à Versailles mais les équipes sur place elles, ne dépendent pas du domaine mais, nous avons créé depuis maintenant trois ans un potager, le potager de la reine qui est près du petit Trianon et qui a pour fonction principale de produire des légumes sains, des légumes de qualité, et nous avons d’ailleurs (j’allais dire un client) même si le terme n’est pas très adapté nous avons un partenaire qui s’appelle Alain Ducasse. Je suis très heureux de constater qu’aujourd’hui, au hameau de la reine, le potager qui fournit des légumes a peut-être permis (c’est l’une des versions du Michelin) à Alain Ducasse pour le Plaza Athénée d’obtenir sa troisième étoile. Notre potager vient également d’être accepté dans le collège culinaire de France, je suis relativement heureux de cette nomination. Donc, il y a deux potagers, un qui fonctionne et qui fournit un restaurant triplement étoilé et le potager du roi qui ne dépend pas du domaine de Versailles.

I.K. : Ils ont toujours été situés au même endroit ?

A.B. : Les deux potagers ont toujours existés ; celui du potager du roi existe depuis sa création par La Quintinie, jardinier hors du commun. Il n’a pas la gloire de Le Nôtre et c’est injuste, il méritait comment dire ? D’avoir plus d’éloges après son décès, j’estime même que La Quintinie est supérieur à Le Nôtre dans l’art du jardinage. Le potager de la reine est situé aujourd’hui à l’emplacement des pépinières de Louis XV donc qui continue de s’exercer dans un lieu où l’on a toujours eu l’habitude de produire des végétaux.

I.K. : Y a-t-il beaucoup de femmes dans vos équipes ?

A.B. : Il y en a de plus en plus, j’ai été le premier à recruter les femmes dans les jardins en 1981 et je constate avec plaisir qu’elles sont de plus en plus nombreuses, elles ont de plus en plus de poste de responsabilité. J’en suis très heureux car j’ai toujours considéré, je ne plaisante pas, que la femme est supérieure à l’homme, supérieure dans la subtilité, la finesse, la réflexion. Il y a de plus en plus de femme dans les jardins j’en suis très heureux, j’ai été le premier à recruter dans les jardins des femmes, à l’époque la corporation voyait ça d’un mauvais œil. Les femmes étaient considérées comme trop sensibles, trop fragiles, incapables de réaliser des travaux qui demandent de l’énergie, de la force, je constate que les femmes sont bien plus résistantes que les hommes. Elles apportent cette petite touche également de sensibilité, cette réflexion qui calme parfois les équipes masculines un peu turbulentes et finalement, aujourd’hui les femmes sont de plus en plus nombreuses, elles sont également de plus en plus responsables des secteurs et des équipes. Je constate que le service des jardins grâce aux femmes a considérablement évolué. Il y a trente ou quarante ans, un service de jardin était composé exclusivement de garçon un petit peu bourru qui ressemblait plus à un homme, j’allais dire « milieu agricole » qu’à la société en générale. Aujourd’hui, un service de jardin comme celui de Versailles représente la société française telle quelle est vraiment, il y a des jeunes et des moins jeunes, des beaux et des moins beaux, des intelligents et des moins intelligents, il y a des souriants, il y a des grincheux, il y a des gens très diplômés, d’autres qui ne le sont pas ; c’est je crois aujourd’hui l’image forte de la société, les femmes ont grandement contribué à faire que le service des jardins puisse s’extraite de cette image qu’il avait autrefois qui n’était pas très positive.

I.K. : Il y a 200 ans, les techniques de travail étaient-elles les mêmes qu’aujourd’hui ?

A.B. : Les techniques n’ont finalement pas vraiment changé, la méthode d’application, elle, a évolué. On emploie toujours le sécateur ou la cisaille pour tailler les haies, on fait toujours les plantations avec des petites houlettes, simplement nous avons aujourd’hui des dispositifs plus modernes, nous ne mettons plus de bois dans les serres pour les chauffer, nous avons du gaz, nous avons un peu oublié le cordeau pour que les haies soient parfaitement taillées, on emploie aujourd’hui le guidage laser donc la technologie moderne est venue à notre secours, mais nous continuons d’avoir les gestes ancestraux. Le jardinier a été capable de faire preuve de modernisme, d’utiliser les nouvelles techniques sans pour autant renier celles qui avaient construit le métier.

I.K : Comment faisaient-ils pour tailler par exemple des arbres ?

A.B. : Alors, Les jardiniers ont toujours été ingénieux. Ce sont eux qui ont inventé l’échenilloir. L’échenilloir, c’est un sécateur monté sur perche qui permet tout en restant à terre de couper une branche en altitude. A Versailles, certaines haies atteignent treize, quatorze, quinze mètres de hauteur. Aujourd’hui, ce sont des nacelles élévatrices qui nous permettent d’accéder à ces hauteurs-là. Autrefois, de gigantesques escaliers montés sur roues avec des échelles qui permettaient aux agents d’être en hauteur, c’était donc un travail extrêmement périlleux, extrêmement dangereux qui demandait beaucoup de main-d’œuvre parce que vous aviez un homme en haut d’une échelle ou d’un escabeau géant, avec une faucille fixée sur un manche souple et avec à la base deux, trois agents pour pousser cette installation monter sur roues. Fort heureusement, les techniques ont un petit peu changé. On utilise aujourd’hui des technologies de sécurité et modernes mais finalement l’acte le vrai, lui ne change pas.

I.K. : Utilisez-vous des produits bio ? Est-ce que les tilleuls dans le parc du château sont comestibles ? Pourquoi vous ne les commercialisez pas ?

A.B. : Aujourd’hui, la mode est au bio, et nous n’avons pas attendu qu’elle le soit (à la mode) pour devenir respectueux de l’environnement. Depuis 1999, nous ne déversons plus dans les jardins une seule goutte de pesticide, les seuls produits chimiques que nous mettons encore sont des désherbants parce que nous n’avons pas trouvé de moyen d’entretenir correctement les allées sans mettre de produit chimique. Une précision, le potager de la reine qui fournit le restaurant d’Alain Ducasse ne reçoit aucune goutte de produit pas même de désherbant. On ne met pas non plus de produit bio ou très peu simplement, nous mettons en place des procédés culturaux qui nous permettent de respecter le cycle végétal, la plante n’a pas besoin de produit quand elle est cultivée de manière intelligente. Vous installez un arbre, un arbuste ou une fleur dans une terre qui lui convient, avec une exposition parfaite, vous ne malmenez pas votre terre, vous respectez la plante, vous n’avez aucune raison de traiter. Une plante, c’est comme un être vivant, s’il mange sainement, s’il est libre, s’il est heureux, il est généralement en bonne santé.

I.K. : Et pour la question des tilleuls dans le parc du château ?

A.B. : Il y a quantité de végétaux à Versailles qui pourrait être exploité. Nous n’utilisons pas les tilleuls et en particulier les fleurs pour en faire des tisanes, mais nombre de touristes savent que nos tilleuls sont comestibles, ils ne se privent pas tous les ans, en été, pour venir récolter les fleurs.

I.K. : Vous les laissez donc en récolter quelques-unes ?

A.B. : Non, nous, on ne fait pas encore de récolte de fleurs, on a suffisamment de récoltes, nous ne faisons pas dans la tisane.

I.K. : La relation des Français avec le jardin a considérablement évolué au fil des années… Parlez-nous de ce loisir…

A.B. : C’est un loisir qui était réservé autrefois aux oisifs, aux retraités, à ceux qui n’avaient rien d’autre à faire, c’est navrant parce que l’art du jardin, le plaisir du jardin, c’est une activité saine qui permet d’entretenir et son corps et sa tête, qui permet de se distraire et qui permet aussi parfois de se soulager de tous les mots de la société. Quand on jardine, on est bien, on est ailleurs, c’est aussi un loisir qui permet à toute la famille de « communier » ensemble, de se livrer à une passion collective, en plus c’est un passe-temps qui permet de réduire les coûts de vie, lorsque l’on sème soit même ses propres légumes et bien on réduit la facture lorsque on fait les courses. Il y a trente ou quarante ans, le jardinier amateur était considéré un peu comme un « péquenaud,» fort heureusement, tout cela change. Il suffit de voir aujourd’hui l’engouement en France pour les médias de jardin, les émissions de jardin à la télévision ou à la radio et voir les fêtes des plantes, pour se rendre compte que enfin ! Enfin, le jardinage est considéré comme une activité respectable, d’ailleurs elle fait de plus en plus d’envieux ; nous n’avons pas encore atteint le niveau des anglais pour leur passion, mais nous sommes en train de nous en approcher et c’est tant mieux. Aujourd’hui, il y un effort effectivement en matière de jardin, on voit de plus en plus d’écoles maternelles qui ont un petit potager, on voit de plus en plus d’élèves qui s’intéressent à la vie d’un arbre, sa croissance, sa multiplication, il y a un engouement nouveaux, je crois que cela est dû au fait que la planète est malade et que l’on sait que c’est en prenant soin des arbres chez soi, ceux que nous voyons, on peut commencer à soigner l’ensemble.

I.K. : Quels seraient vos conseils pour un particulier qui souhaite jardiner en hiver ? Quels types de plantes poussent en hiver ?

A.B. : De se faire plaisir et ne pas chercher à contraindre la nature. Le jardin ne doit pas devenir une activité intellectuelle ou trop compliquée. Je dis souvent qu’en hiver, il faut regarder ce qui pousse autour de chez soi pour faire à peu près la même chose. Planter au nord de la France des oliviers ou des palmiers, c’est grotesque. Il y a de fortes chances que la plante ne résiste pas, mais on peut parfois avoir des surprises. Il y a des argousiers qui vivent en région parisienne, j’ai vu un pied de mimosa qui vit en plein cœur de Paris et qui est magnifique. Je crois que quand on veut jardiner en hiver, il ne faut pas trop se bousculer, en hiver la nature dort, il faut donc la respecter, se dire finalement que l’hiver c’est la veille du printemps. Il vaut mieux en profiter, faire comme le jardin, se reposer, dormir un peu et attendre le printemps où là, dans un jardin on peut absolument tout faire.

I.K. : Dans les parterres de fleurs, y a-t-il plus de plantes vivaces que de plantes annuelles ? Plante-t-on les mêmes arbres que sous Louis XIV ?

A.B. : Il y a beaucoup plus de plantes annuelles que vivaces. Généralement nos parterres sont constitués d’annuelles, plantées au printemps et arrachées à l’automne dès que les gelées ont commis quelques dégâts. Il y a quelques plantes vivaces mais qui sont réparties sur l’ensemble du domaine. Pour ce qui est des arbres, non ce ne sont pas les mêmes arbres, pas toujours les mêmes arbres qu’autrefois. Sous Louis XIV, l’immense majorité des arbres étaient des ormes. Une maladie a décimé cette essence végétale, les ormes ont dû être remplacés en particulier par des tilleuls, mais partout où cela est possible, nous remettons des ormes tel qu’ils étaient à l’époque. C’est la raison pour laquelle, il y a dix ans, ce sont les marronniers qui ont été plantés le long du tapis vert, car du temps de Louis XIV c’était les marronniers ; c’est pour cela que les arbres qui sont plantés près du petit Trianon sont des peupliers car du temps de Marie-Antoinette il y avait des peupliers. On essaie de se mettre au plus près de ce qui existait du temps de la création du jardin, il y a toutefois eu quelques modifications avec en particulier la disparition des ormes.

I.K. : Après la révolution, le domaine de Versailles a été démantelé. Des fermes, des terres et des bois ont été revendus. Quelle est aujourd’hui la superficie des jardins de Versailles ? Quelle est l’étendue du domaine ?

A.B. : Sous Louis XIV la surface totale du domaine était de 8500 hectares ce qui est colossale. C’était, je crois clos par quarante-trois kilomètres de mur, un mur percé par vingt-deux portes monumentales ; Aujourd’hui il ne reste que (quand je dis que c’est quand même une très belle surface), il reste 850 hectares de terrain ; les deux tiers sont des bois et des bosquets. Il y a un jardin à la française, un jardin champêtre, un jardin anglo-chinois, donc c’est un très vaste domaine. Pour les parisiens, cela correspond à la surface du bois de Boulogne. Il y a encore de très jolis restes de ce jardin qui, sous Louis XIV, était toutefois dix fois plus grand.

I.K. : En 1999, les Etats-Unis ont-ils aidé financièrement au reboisement des jardins de Versailles ?

A.B. : Il y a aujourd’hui une sorte de fantasme qui laisserait supposer que les Américains sont ceux qui donnent le plus pour l’entretien ou la restauration des jardins. Il y a eu de très grands mécènes américains, je pense à Rockefeller qui bien évidement a permis à Versailles d’être sauvée. Si aujourd’hui Versailles est visitée on le doit à Rockefeller, on doit aussi à Rockefeller d’avoir restauré la cathédrale de Rheims par exemple ; effectivement, les Américains ont beaucoup donné d’argent, ils continuent de le faire mais, il y aussi quantité de mécènes qui sont suisses, je pense à Monsieur Hayek et les montres Breguet qui ont permis la restauration du petit Trianon, je pense à la société Vinci, société française, à qui on doit la restauration de la Galerie des glaces, donc finalement aujourd’hui, je dirais que tous les peuples au monde donne pour Versailles, les Américains mais ils ne sont pas les seuls.

I.K. Que pensez-vous des différents films qui ont été tournés à Versailles ?

A.B. J’aime bien parce que j’ai une vie quand même extraordinaire, je suis entré en 1976 à Versailles et j’ai déjà déjeuné avec Marie-Antoinette. Marie-Antoinette sous les traits d’Emmanuelle Béart ou de Jane Seymour. J’ai rencontré la Duchesse de Polignac sous les traits de Claudia Cardinale. J’ai rencontré des gens comme Danton qui était interprété par Gérard Depardieu, donc j’aime bien l’idée que Versailles serve de décor à un tournage parce que justement le lieu s’y prête et que c’est une manière encore de magnifier notre travail. Lorsque l’on regarde par exemple le film de Sofia Coppola le « Marie-Antoinette » et que l’on voit les scènes tournées dans le domaine de Marie-Antoinette et bien, je me dis que ce théâtre, ce décor magnifique nous le devons en partie aux jardiniers d’aujourd’hui. J’aime beaucoup les tournages de films, ils contribuent à la bonne réputation des lieux, ils contribuent à transmettre une image dans le monde entier puis je crois que c’est le rôle de Versailles également de ne pas seulement être un musée, un lieu (j’allais dire) d’histoire, mais aussi un lieu de fête, un lieu de transmission, un lieu vraiment d’activités culturelles.

I.K. : Vous n’êtes pas seulement jardinier en chef mais aussi chroniqueur sur France Inter, et auteur de plusieurs livres. Citons notamment, pour les plus récents, « Vice et Versailles, » « Je plante donc je suis », « L’amour à Versailles » ou encore la « Véritable histoire du jardin de Versailles.» Quel est celui que vous avez eu le plus de plaisir à écrire ? Quel est celui qui a été le plus vendu ? Est-ce que certains de vos livres sont traduits en plusieurs langues ?

A.B. : Celui que j’ai le plus de plaisir à écrire, c’est le prochain. On a toujours du plaisir à écrire, je suis en train d’écrire un livre qui parlera du Camélia de ma maman par exemple, l’occasion de parler de l’histoire du Camélia et de parler de ma maman. Le livre dont je garde le plus beau souvenir est « Le jardinier de Versailles » parce que ce livre était le premier (livre) grand public que j’écrivais. Les livres avant « Le jardinier de Versailles » étaient des livres uniquement de jardinage, là c’était pour la première fois un livre qui demandait un minimum de littérature et d’écriture. J’ai été surpris par l’accueil des médias, ou effectivement j’ai été dans tous les médias et je n’ai eu que des critiques très élogieuses, donc j’étais extrêmement admiratif. Le livre qui s’est le plu vendu c’est « L’amour à Versailles, » car dès l’instant qu’on parle un petit peu de coquineries, dès que l’on parle de sexe immédiatement c’est plus vendeur. En fait, j’ai écrit « L’amour à Versailles, » je le dois à Philippe Bouvard car lorsque j’avais écrit « Le jardinier de Versailles, » Philippe Bouvard m’avait invité au « Grosses Têtes. » Dans le livre « Le jardinier (de Versailles), il y a une ou deux pages coquines mais sans plus, il m’avait beaucoup interrogé sur ces deux pages et il m’avait dit que je devrais écrire un livre sur le sexe à Versailles, parce que vraiment, ça devrait marcher. J’ai constaté que dans « Le jardinier de Versailles, » tous les journalistes me parlaient surtout de ses deux petites pages donc j’ai décidé de faire que des pages sur la coquinerie et j’en suis très heureux. Aujourd’hui, j’ai la chance d’être traduit en Italie, aux Etats-Unis et au Japon. Je suis effectivement traduit à l’étranger.

I.K. : Le prochain livre sortira à quel moment ?

A.B. : J’espère qu’il sortira au printemps, encore faut-il que je le rende dans les délais. J’y travaille. J’ai beaucoup de projets d’écritures, j’ai beaucoup d’activités et puis avec l’âge je commence à prendre mon temps également. C’est-à-dire que je ne veux plus supporter les contraintes des éditeurs, ils attendront si nécessaire parce que je ne veux pas non plus précipiter les choses, je veux prendre le temps. « Le Camélia de ma mère, » c’est un petit ouvrage sans prétention et modeste qui me permet de raconter l’histoire d’une plante au parcours incroyable. Combien de personnes ignorent aujourd’hui encore que c’est avec des feuilles de Camélia qu’on fait du thé par exemple ? Je raconte toute cette histoire. J’aime bien l’idée maintenant de prendre un petit peu mon temps et je veux aussi profiter de la vie encore d’avantage.

I.K. : Merci Monsieur Baraton, on vous souhaite pleins de futurs projets.

A.B. : Merci, j’espère, ça ne devrait pas s’arrêter de sitôt j’ai beaucoup de projets d’écriture jusqu’en 2020, je crois.

Crédits de l’interview
L’éditeur de l’interview : Isabelle Karamooz
Transcription et vidéo: Pascale Nard


About the Author

was born in the royal city of Versailles, France and have lived in the United States since 1996. After earning a Bachelor's degree in History from the University of California Berkeley and studying for a Master program in education at the University of Southern California, she went on to teach French to aspiring UNLV and CSN students in Nevada. When she is not teaching, she is writing, interviewing people in a wide range of circumstances, pitching story ideas to writers and editors, taking pictures, traveling, painting or trying delicious foods.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


CAPTCHA Image
Reload Image
Back to Top ↑