Fashion

Published on août 19th, 2016 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Interview de la créatrice de mode Anne Fontaine

Isabelle Karamooz : Comment se sont déroulés vos débuts dans la mode ? Quelle a été votre formation ?

Anne Fontaine : J’ai toujours eu deux grandes passions. La première, c’était la couture, j’adorais coudre, faire mes propres vêtements. La deuxième, c’était la nature, la forêt, les arbres. En fait, dans mon métier, la mode, je suis complètement autodidacte. Ma première robe, je l’ai crée j’avais à peine 10 ans. Comme ma maman me l’a toujours dit, c’était inné chez moi.

I.K. : Vous êtes moitié française, moitié brésilienne. Quel a été l’influence de ces deux pays sur votre travail?

A.F. : Je suis mi française mi brésilienne, maman était Brésilienne, papa était français, c’est vrai que ces deux cultures m’ont énormément aidées et inspirées. La France pour moi, ça a toujours été la mode. Pour un designer quoi de plus merveilleux que l’architecture, la sculpture et la culture. La couture française, c’est une source d’inspiration infinie. Je suis quelqu’un qui dessine mes dentelles, mes broderies, je fais tout à la main, j’adore les motifs floraux, et effectivement la nature brésilienne m’inspire beaucoup.

I.K. : Vous faites un métier qui nécessite un renouveau constant. Quelles sont vos principales sources d’inspiration en dehors de Paris et du Brésil ? Quels livres, artistes ou musiques vous ont inspiré ?

A.F. : Pour moi, la musique est quelque chose de fondamentale étant donné mes racines brésiliennes. J’ai toujours besoin de créer avec de la musique. Je ne peux pas me passer de Bossa nova. Ca m’apporte beaucoup de calme et l’inspiration vient à ce moment-là. Il y a autre chose que j’aime énormément, c’est le chic, l’élégance des femmes des années cinquante, j’adore les livres qui parlent de ces femmes-là ; la période Marlène Dietrich est magnifique.

I.K. : Où faites-vous produire vos créations ? Avez-vous un réseau important d’artisans ?

A.F. : Aujourd’hui, je fabrique en France, en Europe. Les artisans pour moi, c’est une grande passion. J’ai créé une collection qui s’appelle « Précieuse,» qui est une collection où je fais travailler uniquement des artisans, que ce soit des artisans français ou italiens. Vous avez des métiers artisanaux qui disparaissent malheureusement aujourd’hui. Enormément de gens fabriquent à l’étranger. Ca fait des générations que les artisans existent. Mais maintenant, les gens se tournent plutôt vers les métiers des nouvelles technologies. Je me bats beaucoup. C’est pour ça que j’ai créé cette collection « Précieuse » pour continuer à faire travailler les artisans.

I.K. : Pourquoi le blanc a-t-il été si important dans le début de la conception de vos vêtements ? Pourquoi avez-vous plus de couleurs maintenant ?

A.F. : De par mon caractère, j’adore les opposés. Le blanc et le noir pour moi, sont les couleurs les plus parfaites, par exemple, le Ying & et le Yang. J’adore l’élégance, je trouve qu’on est toujours très bien habillé quand on porte une chemise blanche. C’est aussi une question de culture. Comme je suis née au Brésil, le blanc a toujours été quelque chose de très fort au niveau religieux. D’ailleurs au brésil ça porte bonheur de porter du blanc : on fête le nouvel an tous en blanc sur les plages. En France et dans plusieurs autres pays les femmes se marient en blanc. Plusieurs cultures sont liées au blanc. Le blanc est fondamental, lorsque qu’on voit une chemise blanche on a ce sentiment, de propreté, d’air pur parce que c’est blanc immaculé. Il faut savoir que j’ai tiré l’idée de la garde-robe masculine, de la chemise blanche masculine, pour la faire devenir un « essentiel » de la garde-robe féminine.
Pourquoi la couleur ? Je suis assez difficile quand je travaille une matière. Il faut qu’elle soit blanche ou noire. J’ai besoin de cette énergie de base mais, aujourd’hui, j’ai découvert que j’aimais bien la couleur aussi. Au début, c’était juste des petits accessoires en couleur qui agrémentaient mes collections mais maintenant j’arrive à faire des vêtements entiers en couleur. Il y a des petites touches que je change chaque saison au gré de mes humeurs simplement. Une couleur, il faut qu’elle vibre pour moi, je dois vraiment la sentir pour la choisir. C’est vraiment un goût personnel. Chaque saison, j’essaie d’apporter à mes clientes des nouvelles couleurs qui me « disent » quelque chose.

I.K. : Quelle est l’image de la femme que vous souhaitez mettre en valeur?

A.F. : L’élégance, l’intemporelle. J’ai aussi un caractère fort. Pour moi, ce qui est le plus important avec mes créations, c’est de permettre aux femmes de trouver leur bonheur en leur permettant de mettre leur personnalité en valeur. C’est ce qui me touche le plus.

I.K. : C’est vrai qu’on trouve dans votre boutique des vêtements pour tous les goûts et pour tous les âges…

A.F. : Vous venez de voir une jeune fille de treize, quatorze ans habillée en Anne Fontaine. J’ai des propositions pour tous les types de femmes. Pour moi, les tailles sont aussi très importantes. Je ne peux pas habiller que des mannequins, je veux habiller des femmes « dans la vie. » On est toutes différentes. Je passe énormément de temps sur la coupe. C’est très important. Il faut que la femme soit confortable (se sente à l’aise) avec son corps, qu’elle se sente bien. Je veux faire ressortir leur personnalité avant tout. D’ailleurs, il y a quelque chose que mes clientes me disent régulièrement : lorsqu’elles portent une de mes créations, les gens les trouvent naturelles avec beaucoup de personnalité.

I.K. : C’est vrai je porte un de vos jolis vêtements qui me met la taille en valeur.

I.K. : Si vous étiez l’une de vos tenues, laquelle serait-ce et pourquoi ?

A.F. : Evidement, je serais la chemise blanche ! Je fais des chemises avec des jabots, des doubles cols avec beaucoup de fantaisies mais j’adore les choses très simples. Avec une chemise très simple, vous pouvez porter une jupe « tapis rouge, » également avec un jeans, que ce soit classique, moderne, vous avez tellement de possibilité… J’aime cette notion de diversité, de biodiversité. La chemise blanche va avec la couleur, les imprimés, le noir, le blanc. Pour moi, elle est parfaite.

I.K. : On peut aussi agrémenter d’accessoires.

A.F. : J’ai une ligne d’accessoires très importante. Je fais des chaussures, des sacs, j’adore travailler les cols. Vous agrémentez une chemise avec un col toute suite ça change complètement l’allure.

I.K. : Comment s’annonce l’année 2016 pour vous ? Pouvez-vous nous parler de votre prochaine collection ?

A.F. : Je suis déjà dans ma collection 2017. Je suis sur fin 2017. Si vous voulez parler de l’hiver 2016, j’ai énormément joué avec une petite notion dark et romance avec de très jolies dentelles et des velours magnifiques, des détails en broderie aussi sur les chemises. Je ne peux pas tout vous dévoiler.
Pour l’année 2016, nous y sommes déjà : « Je suis toujours en décalé. »  Je ne voulais pas du tout être sur internet mais aujourd’hui, j’y suis. J’ai des clients dans le monde entier. Ca permet aussi aux gens qui n’ont pas accès à une marque, à un vêtement, de se faire plaisir aussi avec ces nouvelles technologies.

I.K. : Donc, on peut achetez vos vêtements en ligne ?

A.F. : Pour l’instant aux Etats-Unis et on va bientôt ouvrir le site pour l’Europe.

I.K. : Vous dessinez des vêtements Femme. Avez-vous une demande pour les hommes également ?

A.F. : J’ai toujours eu de la demande pour les hommes. L’homme, c’est un marché très porteur en ce moment mais j’ai fait le choix du féminin. J’éprouve énormément de plaisir à créer des vêtements pour les femmes. Cet univers féminin me plaît beaucoup. Je suis désolée pour les hommes, pour mon mari et certains amis mais j’ai d’autres projets avant de, peut-être, créer une ligne masculine.

I.K. : Quand avez-vous créé la fondation Anne Fontaine ? Pourquoi ?

A.F. : J’ai créé la fondation Anne Fontaine il y a cinq ans maintenant. C’était le « résultat » de ma philosophie de vie. Pour moi, c’était très important. J’ai eu la chance de vivre chez les indiens d’Amazonie. Ces indiens m’ont appris énormément de choses et aussi le rôle global de l’environnement sur la vie humaine. Vous savez dans la nature vous trouvez le poison et le médicament l’un à côté de l’autre. C’est assez merveilleux vous avez tout ce que vous voulez dans la nature. Pour moi créer ma fondation c’est juste le give back. Je suis très focalisée sur deux axes : le premier, planter des arbres, planter 40 000 arbres avec des organisations locales dans la forêt tropicale. On connait beaucoup la forêt amazonienne mais très peu la forêt Malta Atlantica. C’est une forêt richissime qui a une biodiversité des espèces animales et de la flore. Il reste très, très peu de cette forêt. C’est très important de ne pas la laisser disparaitre complètement. Donc nous aidons les associations locales au Brésil. Le deuxième axe, c’est l’éducation. Je pense que si on veut vraiment protéger notre planète, il faut commencer par éduquer les plus jeunes, c’est fondamental. J’ai une approche différente de l’éducation. On va dans des écoles défavorisées et de façon ludique, on donne des cours d’art sur la thématique de la forêt pour leur donner tout petit, la conscience de l’importance de protéger les espèces et la planète.

I.K. : Qu’est-ce qui vous donne confiance dans l’avenir ?

A.F.: Pour moi, c’est fondamental de: “you need to continue to be believe”. When you believe you make it happen.» C’est important parce qu’avant on ne parlait pas d’environnement, aujourd’hui, on commence. Les gens veulent avoir la possibilité de manger bio. Ils veulent moins de produits nocifs qui polluent notre corps. C’est primordial d’avoir cette conscience. J’ai eu cette conscience quand j’ai ouvert ma première boutique aux Etats-Unis il y a presque 20 ans maintenant. Je ne voulais pas surconsommer, je voulais avoir une boutique « écologique » pour moins gaspiller. En Allemagne, en Europe c’était déjà le cas. Ici, on en était loin. Maintenant les gens commencent à en avoir envie. Et l’envie c’est l’espoir. Ça me rend positive, je ne pourrais jamais me laisser abattre, il faut y croire, le faire et on y arrivera.

I.K. : Merci Anne Fontaine d’avoir répondu à nos questions.

A.F. : Merci !

Sa boutique en ligne : : http://www.annefontaine.fr/‎
Sa fondation http://www.annefontainefoundation.org/

Transcription: Pascale Nard. Cet article a été corrigé en anglais par Linda Quinet.

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About the Author

was born in the royal city of Versailles, France and have lived in the United States since 1996. After earning a Bachelor's degree in History from the University of California Berkeley and studying for a Master program in education at the University of Southern California, she went on to teach French to aspiring UNLV and CSN students in Nevada. When she is not teaching, she is writing, interviewing people in a wide range of circumstances, pitching story ideas to writers and editors, taking pictures, traveling, painting or trying delicious foods.



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