Art & Culture

Published on septembre 22nd, 2018 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

0

Interview avec Pierre Leloup, le directeur du Théâtre Raymond Kabbaz à Los Angeles

 

French Quarter Magazine : Comment est né le Théâtre Raymond Kabbaz dédié entièrement à la culture francophone ?

Pierre Leloup : C’est une histoire qui remonte à l’époque de Raymond Kabbaz qui est le fondateur du Lycée français fondé en 1964. C’était un passionné de théatre et moi, qui était professeur de musique et de théâtre, j’ai partagé cette passion avec lui. Nous avons commencé à monter une pièce de théâtre en français, “La Cantatrice chauve” d’Eugénie Ionesco en 1992. A cette époque, le théâtre Kabbaz n’existait pas. Nous louions des théâtres en ville. Cette première pièce de Ionesco a été jouée à Hollywood. Le public francophone et américain francophile était interessé par ce genre de spectacle donc nous avons fait une première édition de cette pièce de Ionesco en quatre représentations complètes. C’est ainsi que nous avons monté des pieces de théâtre chaque année.

En 1992, après une dizaine d’années de location dans les différents théâtres de la ville, Raymond Kabbaz a décidé d’ouvrir son propre théâre. Il a donc investi son argent personnel et nous avons alors monté un théâtre sur un campus du lycée français qui se trouve à Century City. Les travaux ont débuté en 1997-98 et le théâtre a ouvert ses portes en 2000 avec une représentation de  “La Belle Hélène” d’Offenbach.

La même année, Raymond Kabbaz a quitté le théâtre juste après l’ouverture et m’a nommé Directeur du théâtre. J’en ai pris les rennes et j’ai décidé de continuer dans sur sa lancée, c’est-à-dire de présenter un théâtre francophone mais pas seulement. Nous voulions attirer aussi un public américain francophone sans être limité par la langue française. Nous voulions également présenter des spectacles de flamenco, de danses italiennes, de théâtre contemporain, de jazz, etc. Nous avons, en majorité, des representations à connotation francophone mais pas toujours, c’est-à-dire que ce n’est pas forcément  “français.” Mais par contre, tous les soirs, nous diffusons soit un film québécois / canadien, un film suisse, un film belge, un film français et également un film d’Afrique de l’ouest en général.

Nous présentons également de la danse, de la musique, du cinéma, des conférences. C’est une programmation multidisciplinaire, très éclectique et de qualité. Nous ne faisons pas nécessairement dans le scolaire. Nous avons déjà reçu une longue liste d’artistes connus comme Michel Onfray, Charlotte de Turckeim, Françis Cabrel, Patrick Timsit, Olivia Ruiz, Michel Jonasz, Robert Charlebois, Marie-christine Barrault, Yaël Naïm, Françis Perrin, etc et aussi des artistes émergents de Montréal avec qui nous travaillons.

French Quarter Magazine : Sur quels critères choisissez-vous les artistes que vous produisez ?

Pierre Leloup : La qualité évidemment et s’il existe une passerelle éducative, c’est toujours mieux. Le choix des artistes se fait par rapport à un critère de qualité et une certaine cohérence avec notre programme. Nous essayons d’être éclectiques et d’avoir un bon équilibre entre toutes les disciplines : théâtre, danse, musique, conferences et cinéma. Nous ne pouvons pas présenter un spectacle d’avant-garde trop pointu car il faut qu’il soit accessible à un public américain francophile.

French Quarter Magazine : Qu’est-il important de défendre à travers le théâtre ?

Pierre Leloup : Il est surtout important de créer une habitude culturelle, celle de voir les gens retourner au théâtre. Quand le choix est trop grand, surtout ici à Los Angeles, il est difficile de jouer à guichet fermé, il faut donc créer un intérêt pour l’art de la scène.


French Quarter Magazine :
De quels moyens disposez-vous ? Recevez-vous des subventions ?

Pierre Leloup : Oui, il serait difficile de faire venir des artistes de haut calibre pour un théâtre de 213 places. Je suis obligé de prendre ma canne et d’aller taper aux portes pour trouver de l’argent. Nous avons, bien sûr, des fondations qui aident le théâtre. Il faut pouvoir leur présenter des projets qui correspondent à leur vision. Nous travaillons pour la France avec l’Institut Français, des bourses sont délivrées, il faut en faire la demande. Il faut que les artistes soient identifiés par la France comme étant des artistes qui méritent d’être exposés. Ensuite nous avons des mécènes privés, des partenaires, des institutions comme le Consulat du Canada, TV5 monde, etc.

French Quarter Magazine : Parlez-nous de vos partenaires francophones du Théâtre Raymond Kabbaz ?

Pierre Leloup : Oui, en l’occurence comme partenaires francophones, nous collaborons avec l’European Languages and Movies in America (ELMA)qui est un partenaire européen pour la promotion du cinéma européen, pas forcément français mais européen. Nous avons aussi des aides locales comme le Los Angeles Department of Cultural Affrairs qui aident sur certains projets. Nous avons quelques aides, ce n’est pas énorme mais cela nous permet de rester dans des prix relativement décents et accessibles au théâtre, de pouvoir rénumérer les artistes et de continuer à produire de beaux spectacles.

French Quarter Magazine : La langue française est-elle majoritaire dans votre programmation ?

Pierre Leloup : Je dirais que oui, mais c’est relatif. Cela dépend. Cette année, nous avons reçu l’artiste Charlotte de Turckeim dans “Chez Ma Mère,”  “Le Petit Chaperon Rouge” de Joël Pommerat, un grand metteur en scène en France qui tourne énormément. C’est un projet que nous présentons avec New York à la Fiaf (French Institute Alliance Française) et l’université de Princeton. Il est important de noter que j’ai créé une sorte de réseaux de  “niches francophones aux Etats-Unis ce qui permet de réduire le coût des visas, des transports internationaux. C’est le seul moyen pour un petit théâtre de faire venir des artistes de notoriété ce que nous appelons en anglais du “block booking.”

Je sais que les gens qui viennent nous voir, même si nous sommes à 10.000 kms de la France, c’est un peu par nostalgie. Nous organisons des soirées  “courts-métrages” en collaboration avec l’Alliance Française, nous remplissons la salle à chaque fois. Les gens aiment se replonger dans la culture française et connaître les dernières sorties en salle. Le choix se fait avec toute l’équipe, nous faisons tout une présélection. Ensuite, je fais une sélection finale et je la propose à l’Alliance Française qui entérine ou non ce choix. C’est une soirée qui s’adresse à des adultes.

French Quarter Magazine : En quelques mots, quel est votre rôle au Théâtre Raymond Kabbaz ?

Le Directeur artistique du Théâtre Raymond Kabbaz, Pierre Leloup.

Pierre Leloup : Je suis “Artistic Director” ça veut dire faire des choix de programmation, ce que je fais en priorité. Je suis le seul à pouvoir prendre ces décisions. Je travaille sur tous les terrains : la direction technique et le marketing. J’ai un peu toutes les casquettes.

Avec mon assistante, Christelle, qui est mon bras droit, nous avons également des stagiaires, des techniciens, des régisseurs, ce qui ne m’empêche pas d’être polyvalent.

French Quarter Magazine : Quel est votre public le plus fidèle ?

Pierre Leloup : Le public change et c’est là le challenge justement. Le public varie selon le spectacle : danse, théâtre, cirque, etc…. Avec un spectacle franco-français comme celui de Charlotte de Turckeim, le public est essentiellement français car il n’y a pas de sous-titrages.

Avec, par exemple, Eric-Emmanuel Schmitt, grand écrivain et réalisateur franco-belge, que nous avons reçu le 6 mai dernier, ce spectacle était proposé à des Américains francophones et francophiles car sous-titré en anglais. Nous essayons d’élargir un peu notre public en proposant ce genre de spectacle. Nous nous sommes rencontrés avec Eric-Emmanuel Schmitt à Avignon il y a 2 ans pour faire aboutir ce projet, celui de produire sur les planches du Théâtre Raymond Kabbaz, la pièce  “Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran” qui a été jouée par l’auteur Schmitt lui-même.

 

Cet article a été traduit en anglais par John Wilmot.

 

 


About the Author

was born in the royal city of Versailles, France and have lived in the United States since 1996. After earning a Bachelor's degree in History from the University of California Berkeley and studying for a Master program in education at the University of Southern California, she went on to teach French to aspiring UNLV and CSN students in Nevada. When she is not teaching, she is writing, interviewing people in a wide range of circumstances, pitching story ideas to writers and editors, taking pictures, traveling, painting or trying delicious foods.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


CAPTCHA Image
Reload Image
Back to Top ↑