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Published on août 14th, 2015 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Interview de Sami Saula, un acrobate au Cirque du Soleil et musicien à Las Vegas

Crédits de l’interview
Editeur de l’interview: Isabelle Karamooz
Intervieweur: Isabelle Karamooz
Rédacteurs: Isabelle Karamooz
Transcription & vidéo: Pascale Nard

I.K. : Bonjour Sami

S.S.: Bonjour

I.K. : Quel est votre métier ?

S.S. : Je suis acrobate, musicien sur un spectacle du Cirque du Soleil depuis plus de dix ans. Je fais des acrobaties, je suis aussi guitariste, je joue d’autres instruments sur le spectacle.

I.K. : Etes-vous issu d’une famille d’artistes ?

S.S. : Mes parents jouent beaucoup de musique, mon père est guitariste, ma mère pianiste. Ils m’ont élevé avec beaucoup de musique. Mon père fait aussi de la peinture, c’est ce côté artiste très inspirant. J’ai grandi comme ça, je me suis mis à la musique très tôt ; à six sept ans j’ai commencé les percussions à l’école de musique. Ca m’a permis de découvrir le monde musical de l’intérieur. J’ai grandi là-dedans très jeune.

I.K. : Vous avez étudié la musique en France pendant une dizaine d’années, comment êtes-vous passé des percussions à la guitare manouche tout en jouent de la Earth Harp ?

S.S. : Mon père jouait de la guitare, donc il m’a appris les bases de la guitare, avec les accords, j’ai chanté et joué de la guitare. En 2008, je suis allé à un festival de Jazz en Californie et j’ai découvert le Jazz manouche là-bas, ce qui est « fou » en tant que Français c’est de découvrir aux Etats-Unis le jazz manouche. J’ai découvert le hot club de San Francisco à l’époque qui jouait. J’ai été bluffé, je les ai vu jouer, c’était comme magique pour moi j’ai fait : « Whooo ». Après, je suis rentré, j’ai fait mes recherches, j’ai découvert Django Reinhadt et tous les gens qui jouent aujourd’hui encore.
Ça a été un déclic pour moi, je me suis mis à fond dedans. J’ai beaucoup aimé ; Ce côté challenge, on ne peut pas le jouer directement, il y a un apprentissage pour apprécier de le jouer. Le challenge est important pour moi.

I.K. : Et vous jouez également de la Earth Harp ?

S.S. : Oui, la Earth harp c’est une harpe sur le spectacle KA au MGM, spectacle qui a été fait exprès pour le show j’y joue là-bas tous les soirs en pré-show donc juste avant que le spectacle commence,
Les gens achètent leurs boissons, des choses à boire et ils nous voient en train de jouer.
C’est vrai que j’ai joué pendant des années tous les jours, j’ai trouvé mes petites astuces pour jouer un peu tout, donc on joue vraiment de tout sorte d’instruments, c’est un instrument assez fabuleux.

I.K. : De combien d’instrument jouez-vous ? Parlez-moi du Hand Drum que vous avez sur les genoux, de quelle origine est cet Instrument ?

S.S. : Celui-là vient d’Allemagne. Je l’ai acheté en 2008, il y a déjà bien longtemps, le modèle est le Caisa les modèles originaux sont des Hand Drums, ici ils appellent ça des Hand pads c’est un Steal Drum qui est à l’envers. On joue avec les mains. Pour moi qui ai grandi avec les percutions, le touché est très important, les congas etc… J’ai « tilté » tout de suite en voyant cet instrument à l’époque, je suis tombé amoureux de l’instrument. J’ai réussi à m’en procurer un à l’époque, j’étais très content, puis il est resté un peu sur le côté. J’ai travaillé beaucoup ma guitare, j’ai travaillé d’autres instruments pour moi évolué musicalement, m’épanouir. Il y a quelques années je l’ai ressorti pour créer des choses que j’avais en tête. Je touche à pas mal d’instruments mais mon instrument principal c’est la guitare, je joue un peu de piano, je fais un peu de clarinette, quelques instruments comme ça, principalement les percussions et la guitare, je me sens vraiment à l’aise dans le langage musical.

I.K. : Est-ce que vous faites des concerts de Hand Drum ?

S.S. : Pas encore des concerts, j’ai joué quelques fois oui, le travail au cirque prend beaucoup de temps et la vie familiale aussi, on a une vie à côté. C’est pour ça que j’avais besoin de sortir quelque chose de musical donc mon album qui est sorti « AWAKEN. » J’avais besoin de sortir quelque chose de cet instrument et de mes influences musicales. J’ai joué quelques fois à certains endroits, mais ce n’est pas quelque chose de régulier encore, on verra dans le temps.

I.K. : En 2001, vous avez voulu rendre hommage à tous les gens morts à la suite de la tragédie du onze septembre en composant « Le chant des oiseaux ».

S.S. : Ce n’est pas moi qui l’ai composé. Laurent Pimentesi qui est l’un des Yamakasis, l’un des frondeurs de la pratique avait écrit ce texte magnifique à l’époque. C’était à la suite du onze septembre ; il a vécu des semaines ici. Moi, j’étais entraîné par lui avec d’autres amis de mon âge, on a découvert ce texte, on a mis de la musique dessus, on en a fait une chanson, « Le chant des oiseaux. » Un texte qui touchait beaucoup de monde et qui est encore actuel même s’il y a quinze ans qu’il a été écrit, le texte peut traverser le temps, c’est un message de paix et d’amour.

I.K. : Quel a été votre parcours avant d’intégrer le cirque du soleil ?

S.S. : Avant le cirque du soleil comme je l’ai dit, j’ai joué de la percussion, l’école de musique, pas mal de sport aussi en club, j’ai fait un peu de basket, du Hockey sur glace, ce qui n’a rien à voir avec l’acrobatie. J’ai découvert l’art du déplacement à Evry. J’ai grandi à Evry. Les Yamakasi étaient basés à Evry, j’ai découvert ça là-bas par Yann Hnautra qui est aussi un des fondateurs de la discipline qui nous a pris sous son aile. Il nous a entraîné pour nous pousser à grandir là-dedans et à grandir en tant qu’humain. Il y a beaucoup de valeurs, qu’il introduit en plus de la pratique elle-même qui sont très importantes ; on a fait ça, (je dis on parce que moi et mes amis d’Evry qui étions ensemble à l’époque) avons passé un casting pour le Cirque du Soleil qui cherchait des gens pour un spectacle, on a été pris pour un nouveau spectacle à l’époque c’était en 2003 et l’aventure à commencer comme ça.

I.K. : Comment avez-vous été recruté par le Cirque du Soleil ?

S.S. : Ils cherchaient du monde pour le spectacle, à l’époque les Yamakasis étaient sur un tournage sur un film, Yann nous a appelé il nous a dit « écoutez, il y a un casting. Le cirque cherche des gens donc on va vous proposer est-ce que ça vous tente ? » On était très jeune, a dit on va essayer on verra ce que ça donne. Une des personnes du casting est venue à Evry, on avait nos dossards, nos numéros et on a traversé tout Evry à faire nos sauts, nos acrobaties qu’on faisait à l’entraînement.

Le lendemain on a fait une autre journée qui était beaucoup plus… Comment dire ? C’est dans un « gym » (gymnase), on a grimpé à une corde, on a chanté, on a fait des exercices plus poussés c’était un casting plus traditionnel en terme de jour de casting, quelques mois après ils nous ont recontacté en nous disant : « Ecoutez, on a besoin de vous pour ça, etc… » C’est parti ! Ça c’est fait ! (Sourire).

I.K. : Vous sentez vous plus chanteur ou acrobate ?

S.S. : Je ne suis pas chanteur, musicien oui. Ecoutez ! Un peu des deux, parce que le côté acrobate il ouvre le visage, la pensée (pardon) à réfléchir à d’autres façons de réfléchir à ce qui se passe, spécialement dans l’art du déplacement on voit plus les choses de la même façon, on regarde un endroit, on veut sauter d’un endroit à l’autre etc… On essaie de ne plus passer par les mêmes que tout le monde. Musicien aussi beaucoup parce que j’ai grandi là-dedans.

I.K. : Vous ne chantez pas un petit peu ?

S.S. : Non, sous ma douche comme tout le monde (rires) un petit peu mais pas assez pour moi me sentir à l’aise et écrire quelque chose ou je chanterais dessus. Qui sait, peut-être que ça arrivera un jour mais pour l’instant, je me suis tourné sur (vers) la musique et comment l’écouter ; j’adore beaucoup écouter de la musique comme si c’était des paroles, y mettre ses propres mots, ces émotions à travers ce qu’on écoute c’est pas forcément qu’on nous dise : « I met her, I fell in love… » de raconter ce qui se passe, les gens le ressente, au final chacun ressent des choses différentes suivant ce qu’il entendent et ce qu’ils ont vécu dans leur vie, c’est ce côté-là que j’aime rechercher dans l’écriture de la musique.

I.K. : Aviez-vous déjà une formation d’acrobate ?

S.S. : Je suis rentré dans le Cirque avec l’art du déplacement, c’est ça qu’ils recherchaient, c’était le profile dont ils avaient besoin pour le spectacle, après quand je suis arrivé dans le Cirque j’ai appris évidement les bases du Cirque les choses comme ça sur place, on a eu des classes ou on nous a inculqué tout ça, après dix ans c’est vrai que l’on est imprégné de tout ça mais, à l’origine c’est l’art du déplacement qui était mon moteur dans ma façon de m’exprimer. Y a beaucoup de gymnastes qui entrent là-dedans (au Cirque) moi je n’avais pas fait de gym. J’apprenais à l’extérieur, à travers l’art du déplacement.

I.K. : Sur scène, on vous demande d’être à la fois, acrobate, musicien, comédien, c’est un métier très physique, parfois il y a des accidents, avez-vous peur parfois ?

S.S. : Oui, mais la peur est un moteur, ce n’est pas nouveau mais c’est un moteur de ce qu’on fait. Il faut avoir peur pour se surpasser et aller de l’avant, si on n’a pas peur c’est là où s’est dangereux. La peur reste là, mais c’est le contrôle de la situation qui fait qu’on est à l’aise ou pas, se faire confiance c’est très important et se remettre en question peu importe ce qui se passe c’est ça, après…
Je me suis blessé au genou dès la première année quand je suis arrivé au Cirque. Ca a été un grand tournant pour moi dans ma vie à me remettre en question. Est-ce que c’est vraiment ça que je veux faire etc….
Ça m’a ouvert les yeux sur beaucoup de choses, comment voir la vie, la vie à travers mon corps et voir les choses de la vie. C’est quelque chose auquel on fait toujours attention. On est jamais à l’abri d’un accident dans ce métier. On le fait tous les soirs, deux fois par soir, une fois par semaine, c’est une grosse demande physique et mentale, il ne faut surtout pas tomber dans la routine, c’est là où ça devient dangereux. On ne fait plus attention. C’est un métier ! On apprend des choses tous les jours, il faut être sur ses gardes. Après on ne retient que le plaisir de ce qui s’est passé.

I.K. : Décrivez-nous une journée de travail au Cirque du Soleil, combien d’heures d’entraînement ?

S.S. : Ça dépend, il y a des jours où ça peut être assez tôt, on a des journée où on doit arriver à deux ou trois heures de l’après-midi, c’est pas tôt mais considérant qu’on finit à minuit le soir, on a des entraînement là-bas selon les actes, après il y a des entraînement physiques pour maintenir le physique pour pouvoir faire le spectacle, après il y a les entraînements personnels, moi je travaille des choses là-bas avant que le spectacle commence. Il y a le maquillage, il y a le show qui commence. C’est un tout. On peut commencer à deux heures de l’après-midi, je rentre à la maison il est minuit, minuit et quart. Ça ne fait pas forcément des longues journées parce qu’on fait beaucoup de choses et ça reste un plaisir d’être sur scène, les gens qui sont là pour vous voir, vous applaudissent, c’est un environnement très très particulier, c’est ça le métier, les journées que je peux avoir.

I.K. : Pouvez-vous nous parlé d’Ilan votre petit garçon de quatre ans qui souffre d’une maladie très rare ? Vous sortez actuellement un CD « AWAKEN » qui servira à financer les soins hospitaliers…

S.S. : Ilan est né en 2011 et puis il est tombé malade après ses six mois, on ne savait pas pourquoi. En raccourcissant un petit l’histoire, il a une maladie du système immunitaire qu’on ne connait pas, il a la maladie de cœliaque une intolérance au gluten qui lui détruit l’estomac, il ne peut donc plus avoir de nourriture à base de gluten, il a plusieurs autres intolérances comme le lactose etc…
Le pourquoi il est malade, pour le moment on ne sait toujours pas, il est traité tous les mois dans une clinique qui l’aide à paraître normal, se sentir normal et grandir. Un jour il faudra éventuellement qu’on décide d’arrêter pour voir ce qui se passe pour remettre en question son état de santé, pour l’instant il est stable, ils veulent le faire grandir.
Pourquoi il est relié à l’album ? J’ai écrit l’album quand il était malade, c’était quelque chose que j’avais besoin d’exprimer à ce moment-là, je suis introverti donc je ne m’exprime pas forcément avec les mots, pas toujours en tout cas. Du coup j’avais besoin de l’exprimer à travers la musique, l’album est sorti ; à chaque étape de l’album, il se passait quelque chose avec Ilan aussi, il était à l’hôpital, il y avait des choses qui se passaient en même temps, la vie de famille était dure à gérer. Toute la vie était dure, en même temps ça s’est produit, c’est pour ça qu’on l’associe autant l’un à l’autre.
Les ventes de cet album nous aideront pour tout ce qui concerne les soins.

I.K. : Où peut-on acheter ce CD ?

S.S. : Le CD, on peut l’acheter sur www.samisaula.com, pour les résidents de Las Vegas au Sambalatte, au Boca Park ou bien à Tivoli village les gens peuvent acheter directement dans le magasin.

I.K. : Alors, on s’intéresse un peu à cet instrument maintenant qui est le du Hand Drum, est-ce que vous pourriez nous en jouer un morceau avant la fin de l’interview ?

S.S. : Bien sûr.

I.K. : Merci Sami Saula pour nous avoir fait écouter ce magnifique morceau, merci pour avoir répondu à nos questions.

S.S. : Merci à vous.


About the Author

was born in the royal city of Versailles, France and have lived in the United States since 1996. After earning a Bachelor's degree in History from the University of California Berkeley and studying for a Master program in education at the University of Southern California, she went on to teach French to aspiring UNLV and CSN students in Nevada. When she is not teaching, she is writing, interviewing people in a wide range of circumstances, pitching story ideas to writers and editors, taking pictures, traveling, painting or trying delicious foods.



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