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Published on février 15th, 2018 | by Philippe Bouthet du Rivault

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Interview de Yann Cariou, le commandant de l’Hermione

Le Commandant Yann Cariou.

Philippe Bouthet du Rivault a eu le plaisir d’interviewer le commandant Yann Cariou le 18 juin 2017 sur le prochain voyage de l’Hermione, une réplique du navire de guerre français en service de 1779 à 1793, reconstruite dans l’ancien arsenal de Rochefort à partir de 1997 et lancée en eaux salées le 7 septembre 2014.

Philippe Bouthet du Rivault : Eh bien merci commandant de nous accueillir dans la grande chambre de L’Hermione.

Vous êtes donc de retour à Rochefort pour recruter, former un nouvel équipage en vue de la prochaine navigation qui démarrera en février 2018. Alors que pouvez-vous nous dire sur ce recrutement, est-ce qu’il y a des nouveautés dans ce recrutement ?

Yann Cariou : Alors, tout d’abord, parmi les 233 volontaires qu’on a déjà formés entre fin 2013, 2014, 2015 et 2016, parmi ces 233 à peu près 110 vont revenir l’année prochaine. Les autres ne sont pas perdus, mais ils ont des changements dans leur vie, ils ont des occupations, d’autres orientations, et ils ont des occupations. Voilà, on va en récupérer environ 110, il y en a peut-être plus, qui se sont engagés à venir l’année prochaine donc on doit en former environ 150. Ça, c’est 150 gabiers normaux et entre 50 et 100 jeunes de l’OIF qui est l’organisation internationale de la francophonie.

PBdR :      Ça c’est tout nouveau.

YC :  C’est une nouvelle donne, c’est une sorte de partenariat que l’on a établi avec l’OIF et on s’engage aussi à former pour l’instant c’est 100 mais ils s’y sont pris un peu tard cette année, c’est au minimum 50 cette année et encore 50 par la suite. Alors, c’est une nouveauté puisque cela n’existait pas avant. Ces jeunes de l’OIF viennent de très loin. Certains viennent du Vietnam, du Québec, d’Afrique du Bénin. On a tous les pays de la francophonie. On fait des stages plus longs pour eux, ce sont des stages d’une semaine au lieu de trois jours et cela comprend aussi une journée de découverte par exemple de Rochefort et de la région. Ici il y a un tel patrimoine historique.

PBdR :      Vous les hébergez à bord ?

YC :  Ils sont hébergés à bord quand ils viennent. Voilà, ce sont deux formules différentes. Nous commençons la semaine prochaine mardi à former les volontaires classiques si je puis dire qui ne font que trois jours et comme ils sont en général du territoire français ou proche, ils reviennent parce que les trois jours de formation ne comprennent pas la pratique. Ils font juste un peu de pratique. Donc voilà à peu près pour l’équipage.

PBdR :      Alors, le voyage de l’année prochaine ?

YC :  Le voyage, c’est un départ début février de Rochefort , un armement complémentaire à La Rochelle et ensuite, le 20 février nous quittons La Rochelle et nous sommes prêts à partir vers la Méditerranée. Alors évidemment le golfe de Gascogne (Biscaye gulf) en février . .

PBdR :      Ça peut être dur !

YC : Ça peut être très rude surtout que l’équipage n’aura pas navigué sur le bateau depuis un an et demi et le bateau non plus ! Donc on aura peut-être des réajustements à faire : reprise de rides, . . Donc, je serai au mouillage dans les pertuis sous l’île de Ré , à attendre une fenêtre météo.

Si les conditions sont bonnes dès le 20, je pars tout de suite, et on fait l’entrainement sur la route comme on dit. A condition qu’il fasse beau, pas trop mauvais ; on ne va pas commencer tout de suite avec du force 8 à 9 ! S’il y a du mauvais temps on attend, quitte à s’entrainer un peu dans les pertuis mais au niveau voile c’est limité parce que c’est petit. On va tirer des bords et ensuite, dès qu’on a passé le cap Finistère on commence à descendre et normalement ça devrait aller pour arriver jusqu’à Tanger – Maroc – qui sera la première . .

PBdR :      Vous ne vous arrêtez pas à Lisbonne ?

YC : Non, directement au Maroc; ensuite on va sur Port-Vendres, Tanger Port-Vendres . . .Ah non excusez-moi, on va à Sète pour “Escale à Sète” : c’est un rassemblement de grands voiliers en Méditerranée.

PBdR :      Il y a une date impérative.

YC :  Voilà, c’est le 27 (mars). Donc on passe aussi par Barcelone pour se joindre à toute la flotte, une sorte de route commune d’une flotte qui se rassemble à Barcelone et qui va jusqu’à Sète.

Après Sète, alors évidemment c’est la tournée des ports : Toulon, Marseille, peut-être Monaco, Port-Vendres et peut-être Bastia : la Corse, c’est en pourparler et le retour après vers Portimao au Portugal, au sud, c’est dans l’Algarve qui eux, se sont montrés très . . . se sont mobilisés énormément. En fait, c’est une sorte de communauté française de l’Algarve.

PBdR :      C’est vrai qu’il y a beaucoup de Français qui vont s’installer au Portugal.

YC :  Ils ont rassemblé les fonds pour qu’on vienne à Portimaro. Voilà, c’est un petit port où je suis allé il y a longtemps, c’était en 81 et ensuite on rentre vers la France. On va faire escale à Pasaia qui est au Pays Basque où une association a reconstruit un navire qui avait pêché la baleine et la morue à Terre-Neuve.

Voilà, après Bordeaux et un petit passage à La Palice en cale sèche et retour à Rochefort le 16 juin c’est-à-dire dans un an nous serons de retour.

PBdR :      Vous carénez au retour du voyage !

YC :  On caréne au retour, oui parce que l’idée c’était avant de rentrer, de revenir dans la forme de faire un carénage parce que si le bateau reste là plus d’un an après . . . Bon, là c’est un peu pessimiste.

PBdR :      Et au-delà, vous n’avez pas encore de projet ?

YC :  Non, pour l’instant il y a des propositions sur Rouen, l’Armada en 2019, mais faire sortir L’Hermione pour une escale, c’est pas rentable. Il faut essayer de combiner autre chose. Après il y a d’autres grands projets : on a parlé de l’expédition La Pérouse : c’est un très très grand projet puisque là c’est un impact mondial et un long voyage puisque c’est deux ans, deux ans et demi. Voilà, mais ça commence à germer.

PBdR :      Je me doute que pour mettre au point une pareille expédition, il faut du temps.

YC :  Il faut du temps, énormément de temps.

PBdR :      Mais ça doit être passionnant de s’occuper de cela.

YC :  Voilà, c’est une grande histoire, une grande aventure à la dimension de L’Hermione.

PBdR :      Eh bien merci commandant de toutes ces informations pour les lecteurs de French Quarter Magazine.

YC :  Merci.

Cet article a été traduit en anglais par John Wilmot.

 

Depuis l’interview, le programme du voyage en Méditerranée est figé : (https://www.hermione.com/voyage/voyage-2018/)

 



About the Author

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Philippe a été successivement officier de Marine Marchande, officier de Marine puis ingénieur dans l'industrie automobile à l'international. Aujourd'hui retraité il renoue avec sa première passion, la mer, à travers les archives de la Marine à Rochefort et la frégate L'Hermione, celle du XVIIIe comme celle du XXIe siècle. Elles l'ont inspiré pour des conférences et des écrits.



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