Art & Culture

Published on novembre 13th, 2014 | by Magalie Lopez

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Jean Michel Jarre ou la Musique Visuelle

Je me souviens de ce jour qui, au lieu d’être, comme prévu, l’un des plus beaux de mon adolescence, fut l’un des plus marquants.
Mes parents et moi avions traversé la France en diagonale, direction le Mont Saint Michel pour aller « voir » et surtout écouter « Mon(t) Saint (Jean) Michel Jarre » qui donnait un concert au pied îlot rocheux flottant sur la Manche.
La veille du concert, nous étions partis visiter le Mont et avions vu l’immense scène en cour d’installation : les projecteurs, les instruments, les musiciens et… mon cœur de fan veut continuer à le croire même si mes yeux ne sont pas sûrs de ce qu’ils ont vu… Jean Michel Jarre lui-même.
Le lendemain matin, après avoir péniblement traversé d’incroyables bouchons, nous arrivons aux abords (lointains) du Mont. Une véritable marée humaine obstruait la voie pédestre tout comme les véhicules bloquaient les routes. Je voulais me jeter dans la foule pour attendre avec elle mais, du haut de mes 17 ans j’ai du obéir à mes parents qui, du haut de leur autorité et de leurs inquiétudes, durent m’empêcher d’assister au concert… et surtout d’attendre une journée entière parmi de plus ou moins sombres inconnus.
Le soir venu, à des kilomètres de là, dans le champ de l’agriculteur qui nous hébergeait, j’ai « vu » la musique dont seules les basses me parvenaient.

dailymail.co.uk

Jean Michel Jarre. Photo par dailymail.co.uk.

Même si aujourd’hui je sais que cela est faux, je me considérais comme la plus grande fan de Jean Michel Jarre (tous les fans se considèrent de la sorte, non ?). J’avais les mêmes lunettes de soleil rondes, un synthétiseur dont je jouais très bien (ça c’est vrai), ses photos sur les murs, ses partitions, tous ses albums et même un tee-shirt à son effigie ! Fin du fin, j’avais même dessiné son portrait d’après photo.

Alors, aujourd’hui, quand French Quarter Magazine me propose de rédiger un papier sur ce grand compositeur, j’accepte avec émotion ce clin d’œil du passé.

Jean-Michel Jarre est entré dans ce monde grâce à la rencontre de Maurice Jarre et France Pejot. Il est né à Lyon, le 24 août 1948, dans le quartier de la Croix-Rousse, d’un père compositeur (tient donc !) et d’une figure de la résistance lyonnaise durant la seconde guerre mondiale. Maurice Jarre a, entre autres, composé les musiques de films comme « le docteur Jivago », « Le cercle des poètes disparus », « Ghost » etc.
André Jarre, le grand-père, s’est aussi rendu célèbre pour avoir coinventé la première table de mixage pour la radio française.

C’est dans ce terreau fertilisé à l’engrais musical et bricoleur qu’à poussé Jean Michel Jarre.

synthtopia.

Jean Michel Jarre en train de jouer. Photo par synthtopia.com.

Je n’ai pas envie de dresser une énième biographie détaillée sur lui, ni même une discographie car, sans chercher bien loin, vous trouverez tout (et son contraire) sur le net.
Ce que je veux partager avec vous, c’est l’énergie dégagée par le talent fou, le génie de cet homme.
Cet immense artiste a su illuminer des villes entières et les remplir de sa formidable musique électronique ! Si je dis « sa » musique électronique c’est pour exprimer le fait qu’il en est l’un des grands pionniers, le roi, le grand alchimiste, le distillateur de rêves éveillés.

Je ne peux décemment pas écrire cet article autrement qu’en écoutant et regardant du coin de l’œil, la vidéo du concert qu’il donna à Lyon, lors de la venue du pape Jean-Paul II le 5 octobre 1986.
Le pape béni la foule innombrable, mêlant ses fidèles à ceux du musicien et à peine a-t-il souhaité « bonne nuit » à la ville que cette dernière s’embrase et que résonne les premiers sons.
Les spectateurs sont immédiatement enveloppés d’images, de jets de lumière, de feux d’artifices et de musique, sans plus savoir si les lumières accompagnent les instruments ou si c’est l’inverse.
C’est un voyage statique à travers le temps, les âges anciens, présents, futurs.

Sur scène, humains, ordinateurs et appareils électroniques cumulent leurs talents pour créer une improbable chorale réunissant l’homme et sa machine.
Au milieu de cela, telle une rock star, Jean Michel Jarre (sans le tiret entre Jean et Michel, pour un côté plus anglais), évolue sur la scène, bondissant d’un instrument à l’autre.
Parlons-en d’ailleurs de ses instruments de musique, semblant tout droit sortis du pays imaginaire. Il y a ce clavier circulaire dont chaque touche s’allume lorsqu’elle est actionnée. Il y a cette étrange guitare à touches, sorte de clavier portatif. Mais surtout, surtout, il y a la harpe laser, cet instrument au nom rappelant l’arme d’un Jedi ou la botte secrète de quelque super héros de chez Marvel. D’ailleurs, le musicien revêt sa panoplie de super héros pour manier la harpe : lunettes noires et gants de protection car même si c’est un instrument de musique, les cordes n’en sont pas moins de vrais lasers.
Disposés en éventail, les rayons/cordes de la harpe paraissent monter jusqu’aux cieux et, comme une harpe classique, émettent un son différent en fonction de l’endroit où on les pinces… sauf qu’en l’occurrence, le laser est « coupé » par la main de l’artiste au lieu d’être pincé.

Le concert dure une heure mais à t’on jamais vu une heure passer si vite !
Déjà retenti l’un des plus célèbres morceaux du compositeur, Quatrième Rendez-vous, joué lors de tous les feux d’artifices de chaque 14 juillet de mon enfance, joué lors de toutes les fêtes, j’ai même dansé sur ce tube un soir de boum au collège !

Monaco Royal Wedding - Jean Michel Jarre Live In Concert - Zimbio.com

Jean Michel Jarre en concert au Marriage Royal de Monaco – Photo par Zimbio.com.

Pour notre plus grand bonheur, Jean Michel Jarre a multiplié les concerts en France et dans le monde entier : il fut l’un des premiers artistes a être autorisé à jouer en Chine après la mort de Mao, il se produisit à Houston où il rendit hommage aux sept astronautes disparus à bord de la navette Challenger en 1986 ( Ron Mc Nair, l’un des astronautes était l’ami de Jarre) et dernièrement, il offrit un magnifique concert en l’honneur du mariage princier d’Albert de Monaco.

Je rêve qu’il revienne enflammer Lyon et cette fois-ci, ni les embouteillages, ni mon âge n’auront raison de ma détermination, je retrouverai un tee-shirt, des lunettes rondes et un sac-à-dos avec un poster qu’il dédicacera après le concert.
Je rentrerai chez moi sans toucher le sol, flottant au-dessus des gens, la tête dans ses étoiles.

 


About the Author

est écrivain public et passe une bonne partie de son temps à aider les personnes éprouvant des difficultés de rédaction. Elle soutient les écrivains en herbe, rédige, corrige tout ce qui s'écrit. Depuis peu, elle se remet à l'anglais afin d'aider également les nombreux étudiants étrangers anglophones de passage sur Lyon. En parallèle et pour le plaisir, elle tient un blog à tendance littéraire amusant sous le pseudonyme de Louise Artéfact. Elle publiera dès septembre son premier roman en auto-édition. Visit Magalie's Website Visit Magalie's Book Website



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