Art & Culture

Published on novembre 1st, 2015 | by Lucie Pierron

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Le festival “off” d’Avignon

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Photo par Lucie Pierron.

Le Festival d’Avignon 2015 s’est tenu du 4 au 26 juillet, dans cette ancienne « cité des papes » du centre de la France, qui donne sur le Rhône. Le Festival d’Avignon se décline en deux festivals à part entière. L’officiel, appelé le « in », présente 6 spectacles dans des lieux magiques et emblématiques comme la Cour d’honneur du Palais des Papes, le cloître des Célestins ou la Chapelle des Pénitents Blancs.

L’officieux, dit le « off » prend lui sa place dans toute la ville et dans les villages alentours. Je me suis rendue à Avignon une semaine en juillet et n’ai eu l’occasion d’assister qu’au « off ». Mon article portera donc uniquement sur cette manifestation compte tenu de mon expérience.

Les rues d’Avignon pendant le festival sont en pleine effervescence. On ne peut faire deux pas dans la ville sans être sensibilisé à un spectacle, dans un des nombreux lieux d’Avignon à un horaire précis, tous les jours de la semaine, sans relâche. Le Festival d’Avignon a ainsi bien défini son slogan de « Plus grand théâtre du Monde ». En effet, tous les jours des quantités incroyables de spectacles qui ont lieu dans le cadre de cette manifestation. Cette folie créative n’aide pas le visiteur à faire son choix entre les multiples opportunités qui lui sont proposées. Deux moyens s’offrent alors à lui : consulter la brochure exhaustive de 400 pages, mais de fait quelque peu indigeste. Cette véritable encyclopédie référence tous les spectacles qui s’y déroulent, en faisant paraître pour chacun la distribution, un court synopsis et une photo de l’affiche que l’on voit placardée sur tous les murs de la ville. Mais le visiteur peut choisir un moyen vieux comme le monde, c’est le bouche à oreille très efficace. Ce procédé fait partie intégrante d’Avignon. C’est en prenant un verre avec des amis, ou uniquement en sortant d’une pièce de théâtre qu’on a écho d’un pièce amusante, émouvante, qui laisse le spectateur sur sa faim ou qu’au contraire, ne fait pas l’unanimité, et par conséquent intrigue.

J’ai fait l’expérience de cette frénésie du bouche à oreille. C’est en sortant de la pièce Léo de Tobias Wegner, au Théâtre des Béliers, que des jeunes gens m’ont flyé pour la pièce Un Poyo Rojo, de Hermes Gaido, Luciano Rosso, Alfonso Baron et Nicolas Poggi qui met en scène deux danseurs brésiliens dans le vestiaire d’une salle de Sport.

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Photo par Lucie Pierron.

Ainsi, en cinq jours passés à Avignon j’ai eu l’occasion de voir 11 spectacles dans 8 lieux différents. Les représentations que j’ai vues appartenaient à des genres différents. Knee Deep était un spectacle de cirque monté par la compagnie australienne Casus Circus, quand Le Parfum des Sons, de Khalid K, était un One Man Show animé par un homme qui faisait des bruitages des plus impressionnants. Inspirés de thèmes historiques, comme la Grande Saga de la Francafrique, de Jérôme Colloud, littéraires, comme Les Cavaliers, adaptation du roman de Joseph Kessel, ou autobiographique comme Les Chatouilles d’Andréa Bescond qui traite de son enfance traumatisée par des agressions pédophiles. Cette grande diversité dans les thèmes permet de satisfaire un public le plus large possible où tout le monde peut y trouver son compte.

Mais la Grande Force d’Avignon, c’est aussi de constituer une véritable plateforme, un tremplin pour les compagnies de théâtre qui se lancent et qui n’auraient pas encore la renommée nécessaire pour jouer dans les grandes salles parisiennes. De nombreux spectacles qui étaient à Avignon seront à l’affiche de théâtres parisiens dés la rentrée de septembre pour les plus chanceux ou pour la plupart, dés janvier 2016. Les Chatouilles par exemple, après avoir gagné le prix de l’interprétation féminine d’Avignon CritiqueOff et d’avoir été sacrée Coup de coeur OFF 2014, se jouera au Théâtre du petit Montparnasse en Janvier 2016.

J’ai eu aussi l’occasion d’assister à deux conférences qui traitaient du « off » suivant deux approches différentes.

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Photo par Lucie Pierron.

La première conférence réunissait les principaux directeurs de théâtre du « off ». Chacun expliquaient les difficultés de la programmation : être visionnaire et croire au potentiel de compagnies naissantes en minimisant au maximum la prise de risque. Les participants évoquaient également la disparité dans les spectacles proposés avec une forte augmentation des one man show au grand désespoir des défenseurs des formes de théâtre traditionnelles.

La seconde conférence faisait se rencontrer Greg Germain, Président d’Avignon Festival & Compagnies et Karine Berger Députée des Hautes Alpes. Le sujet du débat essayait de mettre en regard la création théâtrale et la création numérique. Les deux participants essayaient de comprendre l’écart entre les deux et de penser à des solutions pour rapprocher ces deux arts.

Assister à des conférences comme celles que je viens d’évoquer m’a beaucoup plu. Cette réflexion perpétuelle sur la forme du festival, sur les nouveaux genres qui y sont désormais inclus prouve à quel point Avignon est un festival en reconversion perpétuelle et qui essaie de s’adapter continuellement au nouveau théâtre d’aujourd’hui.

Je ne peux donc que vous encourager à suivre de prês les programmations d’Avignon que vous viviez à Paris ou en Province, venez tenter l’expérience avignonnaise, ça vaut vraiment le détour.

Photo d’entête: Avignon-et-Provence.com


About the Author

Etudiante en sociologie et en sciences politiques à l'Université Paris Dauphine, Lucie baigne dans le monde culturel et particulièrement dans la musique. Pianiste, ouvreuse à la Philharmonie de Paris, elle désire s'orienter vers la production dans la musique classique, à terme. Voyageuse dans l'âme, Lucie a mené dernièrement une enquête de terrain de trois mois sur l'implantation des nouvelles Philharmonies polonaises (dans 15 villes différentes). Démocratiser la culture et la faire venir dans les milieux les plus défavorisés est une des missions qui lui tiennent le plus à cœur, justifiant son engagement au GENEPI, association favorisant l'intervention en prison.



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