Art & Culture

Published on décembre 28th, 2017 | by Christopher Cipollini

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Louise Weber : La Goulue de Paris

Louise Weber, mieux connue sous le nom de « La Goulue. » Photo by Google.

Louise Weber, mieux connue sous le nom de « La Goulue », était une célèbre danseuse de cabaret du fameux Moulin Rouge. Sa vie fut aussi paillarde et éclatante que le fameux cabaret où elle acquit cette notoriété. Immortalisée par l’iconique illustrateur Toulouse-Lautrec, elle était connue pour ses hauts coups de pied, son penchant pour la boisson et ses danses sur table. Weber personnifia la joie de vivre et la splendeur de la vie nocturne de Paris du début de siècle.

Louise Weber vit le jour le 13 juillet 1866. Elle était née dans une famille de classe moyenne inférieure dans le quartier juif de Paris. Son père était un chauffeur de taxi et sa mère était une blanchisseuse. Louise était de toute évidence, une jeune fille espiègle et imaginative. Elle connut une enfance étouffante et stricte, à laquelle elle voulait échapper. Une de ses habitudes était d’« emprunter » les vêtements de certains des clients les plus aisés de sa mère et de se faufiler dans les bals et les cabarets, où elle tentait de côtoyer et de se mêler aux glamoureux échelons supérieurs de la société. Admirant les danseurs sur la scène, elle rêvait d’être un jour tout aussi splendide et de devenir elle-même une célèbre artiste de cabaret.

La vie à la maison était insupportable pour Louise. Sa mère la battait quand elle apprenait les exploits de sa fille. Ne pouvant accepter sa situation personnelle profondément insatisfaisante, sa famille sévère et son rang social inferieur, Weber décida de devenir une danseuse et se forma auprès de vétérans comme Grille d’Egout et Céleste Mogador.

Henri de Toulouse Lautrec – La Goulue, 1891, lithographie. Photo de Si l’art était conté.

Louise passa dans une série de clubs et cabarets. Grace à sa personnalité magnétique et son style impertinent, elle laissa une marque indélébile dans chaque salle. Sa signature de style caractéristique était sa chevelure orangée, montée en chignon juste au-dessus de sa frange. Elle marquait sa clientèle en faisant tomber les hauts-de-forme des messieurs d’un haut coup de pied avant de leur montrer le cœur brodé sur son derrière.

Irrévérencieuse et ostentatoire, Weber sut attirer l’attention et en profiter à chaque instant. Ce qui lui valut son surnom de « La Goulue », puisque c’était son habitude de s’emparer des boissons de ses clients à peine posées sur la table. La forte personnalité et présence dominante de Weber ne la rendirent pas toujours populaire avec les clients de la plus haute société ou avec des collègues artistes, bien qu’elle ne fût pas du genre à renoncer à une bagarre. Louise obtint finalement une place au sein de la destination phare de la vie nocturne à Paris-le Moulin Rouge. Situé près de Pigalle, sur le Boulevard de Clichy, il était le lieu de naissance du cancan, également connu alors sous le nom de grande quadrille et possédait déjà une impressionnante brochette d’artistes et interprètes tels que Jane Avril, la danseuse et chanteuse filiforme, Yvette Guilbert, l’actrice aux longs gants de dentelle, Cadieux, le comédien rondelet et l’espiègle groupe de danseuses de cancan.

Henri de Toulouse Lautrec – Bal au Moulin Rouge, 1890, Philadelphie, Museum of Art. Photo de Si l’art était conté.

Cependant, le plus célèbre client des lieux n’était pas un artiste de scène. L’artiste Toulouse Lautrec était un habitué du Club et se lia rapidement d’amitié avec Weber. Il aimait son style follement irrévérencieux et ses propos osés. La notoriété de Weber au club prit enfin son envol lorsque Lautrec reçut la commande d’une affiche la montrant effectuant son fameux coup de pied au milieu de plusieurs danseurs et spectateurs bien habillés. Au premier plan se trouve Valentin le Désossé-surnomme ainsi en raison de son extrême souplesse. L’image a perduré et est devenue non seulement la plus emblématique de La Goulue, mais aussi de la carrière de Lautrec.

Louise devint la coqueluche de la ville et fut éventuellement baptisée « Reine de Montmartre », gagnant plus que tout autre artiste de son temps. La fille de la lingère devint synonyme de la vie nocturne de Paris et du cancan.

Finalement, Louise se maria et eu un fils qu’elle nomma Simon.

Cependant, la célébrité s’accompagna d’un ego démesure, et Weber, se sentant prête à poursuivre des occupations plus ambitieuses, décida de se lancer seule et de former sa propre troupe de danse, dans le cadre d’une fête foraine itinérante. Malheureusement, l’entreprise fut un échec cuisant, étant donne que Weber n’avait peu ou pas le sens des affaires. En dehors du Moulin Rouge, Weber ne semblait pas trouver de cadre pour son style de performance si particulier. Les fans semblaient penser de même et le spectacle itinérant se tarit.

Henri de Toulouse Lautrec – La Goulue arrivant au Moulin Rouge avec deux femmes, 1892, New York, The Museum of Modern Art. Photo de Si l’art était conté.

Pendant un temps, Weber essaya de se produire en tant que dompteuse de lions mais échoua de nouveau lamentablement. En plus de tout cela, elle perdit son fils suite à une maladie. Weber se tourna vers son vice favori, la bouteille tomba dans l’alcoolisme et une dépression profonde. En seulement quelques années elle était passe de la plus célèbre danseuse de France à une méconnaissable oubliée vivant en périphérie, vendant des cigarettes et des cacahuètes devant les cabarets.

Démunie et perdue dans l’alcoolisme, Louise Weber meurt dans l’anonymat en 1929.

L’histoire de cette Reine du cancan français et icône accidentelle de l’illustration du début de siècle pourrait constituer un récit édifiant sur le vice ou la nature fragile de la célébrité. Cependant, l’histoire de La Goulue n’est pas une tragédie. Louise Weber a vécu sa vie avec zèle et zeste, sans excuses, et maintenant, près d’un siècle après sa mort, elle a réussi quelque chose dont elle aurait pu rêver en farfouillant parmi les parures empruntées dans une blanchisserie. Au travers des yeux et de la palette d’un artiste et du passage du temps, par l’intermédiaire de la danse – La Goulue a obtenu l’immortalité – et cela mérite certainement un coup de pied en l’air!

Cet article a été traduit en français par Sandrine Sweeney.

 


About the Author

was born in the United States but his heart belongs in the culture of Paris. His passion was born through self taught study of artists from Degas to Lautrec and writers as Genet and Rimbaud. His great love of French culture are symbolism poetry and, French cinema and history. He is a two time author and has written for several American publication as "The Desert Observer," Downtown Zen" and published two prose books: "The Musings" and "A Secret Kingdom". He lives in Las Vegas.



2 Responses to Louise Weber : La Goulue de Paris

  1. Kimberly Thatcher says:

    Really enjoyed the article about Louise Weber…beautifully written, it really drew me into her life and that time…I felt as if I was watching a movie playing out in front of me. How amazing it would’ve been to be there!

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