Art & Culture

Published on janvier 29th, 2018 | by Laurence de Valmy

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Marine Tanguy: faire entrer l’art dans le quotidien

Nous avons eu la chance de rencontrer Marine Tanguy, fondatrice de l’agence artistique MTArt lors de son séjour à New York à l’occasion de l’exposition The Voice of a Generation  organisée au Quin Hotel.

Marine Tanguy vient d’être sélectionnée par Forbes pour les « 30 under 30 » pour son approche innovante sur le marche de l’art avec la création de la première agence pour artistes visuels, dont le credo est « invest in artists ». Son objectif est de soutenir le travail d’artistes au contenu innovant et de faire rentrer l’art dans le quotidien afin qu’il devienne plus familier et intéresse un plus large public. Elle a su mêler son background intellectuel (classe prépa littéraire et maitrise d’histoire de l’art) avec une approche business américaine tirée de son expérience de galeriste à Los Angeles.

Un parcours déjà bien rempli pour une jeune femme moderne qui démontre qu’il est possible de faire bouger les choses.  

Quel est votre parcours personnel ?

Ma famille vient de l’Ile de Ré et y est depuis plus de deux cents ans. Nous sommes très rhétais ! J’ai fait Hypokhâgne et Khâgne à Poitiers, je suis partie après deux ans et suis rentrée pour un deuxième cursus histoire de l’art à Warwick University. Je me suis jetée dans la culture anglo-saxonne car j’avais envie de comprendre cette culture et j’ai eu la chance d’être soutenue par un réseau assez anglais grâce à ça.

Parlons de votre agence MTArt. J’ai lu dans une précédente interview que vous aviez eu l’idée de dupliquer le modèle de l’industrie de l’Entertainment au marché de l’art. Quels sont selon vous les points principaux à améliorer dans ce secteur ?

Quand j’ai fondé l’agence, c’était suite à la création d’une galerie à Los Angeles où il y avait beaucoup d’agences hollywoodiennes. Ces artistes ont une audience qui est énorme par rapport aux artistes visuels. Le problème que j’ai toujours eu avec l’industrie de l’art c’est que c’est tout petit et que l’art pourrait avoir une place plus grande qu’il n’en a aujourd’hui. Si on pense par exemple en terme d’influence digitale, quelqu’un comme Kim Kardashian a plus de 100 millions de followers et Ai WeiWei qui est l’un des artistes les plus importants en a moins de 400 000 (sur Instagram NDLR). C’est quelque chose qui m’a choquée car je comprenais ce système hollywoodien et je regrettais que ce marketing ne soit pas utilisé à des fins plus inspirantes. Cela va au-delà des réseaux digitaux on peut penser à des partenariats par exemple pour intégrer l’art dans le quotidien.

En effet et pourtant il y a une demande du public pour l’art. Le fait que les hommes des cavernes aient crée des peintures ou que chaque enfant fasse du coloriage démontre bien que cela est profondément ancré dans les humains. Il y a visiblement une déconnection entre l’offre et la demande quel est votre point de vue ?

Je suis convaincue que l’art est essentiel. Cela part des conversations qui nous unissent d’un humain à l’autre quels que soient nos backgrounds. Bien sur on a cette dichotomie entre nos préoccupations quotidiennes et ces réflexions qui vont plus en profondeur. On a de la chance quand on a un métier comme le notre de pouvoir passer du temps sur ces sujets. Quand on n’est pas dedans et qu’on est exposé à un artiste contemporain dont le travail tourne autour de la mort ou des divisions culturelles, je peux comprendre que ce soit difficile d’accès et qu’on ait envie de choses plus relaxantes. Pourtant on y revient toujours car ce sont justement des questions essentielles. C’est justement pour cela qu’il est important que l’art soit plus dans le quotidien car ainsi cela devient plus familier et donc plus facile d’accès.

Vous êtes à New York pour votre exposition au Quin Hotel, pouvez vous nous en parler ?

Le Quin Hotel est une jolie coïncidence : ils avaient dans leurs clients l’artiste Georgia O’Keeffe et de mon coté, cela fait trois ans que je suis sponsorisée par les Comptoirs des Cotonniers qui a choisi Georgia O’Keeffe en inspiration pour sa nouvelle collection ! Il y a 4 ans ils ont redéveloppé l’hôtel et ils souhaitaient un programme culturel. Ce qui est très chouette c’est l’implication qu’ils ont eue sur cette exposition The Voice of a Generation. L’hôtel a vraiment souhaité développer un programme culturel et le voit comme une vraie valeur. Ce projet dure 2 mois avec un focus sur 4 artistes britanniques innovants : Alexandra Lethbridge, Jasmine Pradissitto, Tim A. Shaw, David Aiu Servan Schreiber. Ce dernier mène une réflexion sur l’environnement, Tim sur le médical, Jasmine associe la science et art et Alexandra travaille sur les illusions d’optiques dans un monde ou on se base beaucoup sur les images. C’est une façon de montrer comment l’art fait réfléchir et ils l’ont très bien fait.

Vous êtes habituellement basée à Londres, avez vous d’autres projets aux USA ?

J’ai choisi Londres car c’est l’entre deux entre mon éducation française et le marketing américain. La plupart de mes artistes, sachant qu’on reçoit environ 200 portfolio par mois, sont sélectionnés sur des critères d’innovations techniques et de contenu. Les trois quarts de mes artistes ont fait des doctorats et au départ on ne pense pas qu’on puisse faire du marketing autour de leur travail. Londres m’a énormément aidée d’un point de vue crédibilité : on a fait beaucoup de conférences dans des universités, des musées ainsi que la ville de Londres nous ont aidé. La seule chose qui me manquait et qui m’attire aux Etats-Unis c’est leur compréhension de l’Entertainment et du concept d’agence. En Angleterre ils sont très intéressés par des sujets sociaux, politiques et philosophiques mais un peu moins divertissement. Comment faire pour que des adolescents aient envie de suivre tel ou tel artiste ? On aimerait donc développer une base ici. Je n’exclue pas du tout la France car c’est un joli triangle et j’ai basé beaucoup de ce que je fais sur le côté français aussi. Ce que l’art nous apprend, c’est qu’en étant dans plusieurs endroits multi culturels, on génère de bonnes idées.

Au sujet de la France et de sa place dans le marché de l’art, un article récent indiquait que les artistes et les galeries françaises font un usage moins poussé des réseaux sociaux or c’est difficile de passer à coté aujourd’hui. Qu’en pensez vous ?

Je pense que c’est plus profond que ca. Les réseaux sociaux c’est la promotion de soi et ce n’est pas quelque chose que l’on fait naturellement. Quand je suis allée à Los Angeles à 23 ans et que j’ai fait une promotion personnelle, j’ai eu des réactions choquées de mes copines. Ce que je dis à mes artistes, qu’ils soient établis ou jeunes, c’est qu’ils peuvent s’exprimer directement. Un coté qui me dérange chez certains artistes intellectuels c’est une façon un peu snob de voir les choses en cultivant ce cote « peu d’engagement » et en regardant de haut des gens qui en ont beaucoup. De mon point de vue, déjà on ne peut pas être snob dans la vie. Ensuite si vous avez beaucoup de gens qui vous soutiennent, c’est que vous faites quelque chose de bien et cela vous donne une responsabilité. Il faut donc encourager plus les intellectuels avec beaucoup de contenu à développer plus d’engagement. Les réseaux sociaux ce n’est pas une catégorie de personnes, ce sont beaucoup de personnes différentes et tout le monde peut obtenir sa voix et je crois qu’il est possible de les utiliser de façon intelligente.

Que pensez vous du rapport au succès pour les artistes ?

J’ai eu une conversation avec une personne qui pensait que les artistes aimés par les masses n’étaient pas des grands artistes (on parlait de David Bowie). Je trouve cela d’une grande tristesse comme point de vue et plein de préjudices. Personnellement je peux écouter des tubes « commerciaux » et de la musique plus poussée. On peut avoir différentes envies selon les moments. En disant cela on dénigre et on exclut une partie de la population et je trouve cela dangereux. Un des aspects qui me plait beaucoup dans l’art public c’est justement le fait que les personnes s’approprient l’œuvre et en parlent avec les autres. Quand on se sent inclu on s’intéresse.

Quel est votre prochain projet ?

Il y en a plusieurs mais le prochain gros projet est à Londres à partir de mars: c’est une balade visuelle sur l’environnement qui partira de Euston station. Les œuvres vont absorber la pollution et le chemin va détourner des grandes routes plus polluées, avec de l’art permanent. Cela montre qu’on on peut transformer un environnement par l’art et l’intégrer dans les villes.

Quel est votre plus gros challenge dans votre entreprise ? Changer les mentalités : changer les choses prend du temps et le coût d’un business est cher. Le débat autour du fait que les masses ne peuvent apprécier le grand art est quelque chose que je voudrais changer mais tout cela prend du temps. On reproduit des comportements sans les comprendre car on est familier avec eux.

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About the Author

is a French born artist, who lives and works in New York Great area. She is a painter creator of the POST series, painted Instagram of the past revisiting art history. She was awarded an Artist Residency by the Eileen Kaminsky Foundation (ESKFF) at Mana Contemporary,NJ in 2017. She created the blog "The Curious Frenchy" and is a now contributor to French Quarter Magazine. https://www.instagram.com/laurencedevalmy/



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