Art & Culture

Published on juillet 12th, 2018 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Retour de Marlene Dietrich à Las Vegas interprétée par Cyrielle Clair dans “Marlene is back.”

 

Nous avons eu la chance de partager un moment avec Cyrielle Clair, alors qu’elle était à Las Vegas pour jouer dans une pièce produite par le créateur de mode français Pierre Cardin qui a également conçu les sompteux costumes du spectacle. Une très belle production pour une évocation superbe de Marlene Dietrich, l’une des actrices et chanteuses les plus fascinantes du XXe siècle. Dans cette pièce révélée au public, Cyrielle Clair est magnifique dans le rôle de Marlene. Son travail de comédienne est tout à fait admirable. Elle nous parle dans cette interview de cette grande figure du cinéma avec passion et nous révèle une Dietrich qui était avant tout une femme libre et indépendante, en avance sur son temps, et une grande amoureuse ! 

 

Cyrielle Clair est magnifique dans le rôle de Marlene. Photo de Klaus Roethlisberger.

 

Cyrielle Clair : Alors isabelle, je voudrais d’abord vous dire que je suis ravie de faire cette interview ici avec vous à “Paris, Paris Las Vegas” ça m’amuse beaucoup d’être au premier étage de la tour Eiffel de Las Vegas avec le Bellagio devant. C’est génial !

French Quarter Magazine : C’est un honneur pour moi et pour French Quarter Magazine de vous interviewer et  je dois dire, c’est vrai que nous avons une vue magnifique sur le strip de Las Vegas en direct de l’hôtel “Paris.” Une question me trotte dans la tête: pourquoi avoir choisi les Etats-Unis et principalement Miami l’année dernière et Las Vegas cette année pour présenter le spectacle “Marlene is back ?”

Cyrielle Clair : Ce spectacle nous l’avons démarré à Paris, puis au festival de Lacoste et à Miami et finalement à Las Vegas. Las Vegas a vraiment une signification importante puisque Marlene Dietrich a commencé sa deuxième carrière ici à Las Vegas. C’était important de revenir là où Marlène avait pour la première fois commencé sa carrière internationale.

French Quarter Magazine : Et alors pourquoi Miami ?

Cyrielle Clair : Parce qu’il y a une grande communauté française à Miami. Comme je joue la pièce en français majoritairement au deux tiers, un tiers en anglais et quelques bribes d’allemand. Marlene était absolument trilingue. C’est une Allemande et très tôt dans sa petite enfance, elle a appris le français. Elle adorait parler français, elle le maîtrisait très bien.

French Quarter Magazine : Nous voyons bien que les langues française, allemande et anglaise occupent des places importantes dans cette pièce. Est-ce que vous-même vous parlez ces trois langues ?

Cyrielle Clair : Je parle couramment français et anglais. Je maîtrise assez bien l’anglais et je me débrouille en allemand. S’il fallait que je joue en allemand, avec un coach j’y arriverais. J’ai chanté deux chansons en allemand dont une petite comptine enfantine qui était assez amusante et également “Lili Marlene” en allemand. J’essaierai de parler plus allemand dans la tournée en Allemagne car cela représente évidemment bien ce qu’était Marlene. De plus, dans ce monde complètement cosmopolite, c’est un atout formidable et terriblement avantageux de pouvoir s’exprimer dans plusieurs langues.

French Quarter Magazine : Le théâtre pour vous, c’est un peu comme revenir à vos premières amours ?

Cyrielle Clair : Je ne me suis jamais séparée du théâtre. En fait, j’ai débuté par le théâtre et très vite j’ai fait du cinéma et de la télévision. Il se trouve que j’ai fait plus de théâtre ces dernières années. J’ai enchaîné depuis cinq ans plusieurs pièces de théâtre, plusieurs projets mais ce sont les circonstances. Cela me va très bien ainsi. J’aime bien alterner, un peu de  théâtre, un peu de cinéma.

French Quarter Magazine : Qu’aimez-vous particulièrement dans “Marlene is back,” une pièce sur la légendaire star du cinéma Marlene Dietrich et pourquoi avoir accepté de relever ce défi en vous plongeant dans l’univers captivant de Marlene ?

Pierre Cardin. Photo de Wikipédia.

Cyrielle Clair : C’est Pierre Cardin qui m’a dit “j’aimerais beaucoup que vous jouiez Marlene Dietrich.” J’étais la première surprise parce que Marlene je ne la connaissais qu’à travers ses films. Une proposition pareille, ça ne se refuse pas surtout que j’aime beaucoup Pierre Cardin que j’admire énormément et avec qui j’ai déjà travaillé. J’avais déjà fait deux spectacles chez lui, un où je jouais Lou Andreas Salomé et une autre très belle pièce de Pirandello qui s’appelait “Se trouver” donc il connaît bien mon travail. Il aime ce que je fais. J’ai accepté et il m’a laissé carte blanche. Cela a été formidable. Je me suis plongée à la recherche de Marlene et j’ai découvert une femme absolument fascinante. A plusieurs niveaux, c’était une femme libre. Il faut dire que dans les années 20-30 à Berlin, d’où elle était originaire, les cabarets de Berlin étaient très en avance artistiquement et créativement, ce que l’on voit d’ailleurs dans le film “Cabaret” de Bob Fosse. Il y avait des homosexuels, des transsexuels, tous cohabitaient. Personne ne s’étonnait de rien. Il y avait une sorte de créativité extraordinaire et tout cela bouillonnait dans un esprit de grande originalité. On avait l’impression qu’il n’y avait aucune censure. Cela à sûrement façonné une partie de ce qu’est devenue Marlene. Elle avait 20 ans quand elle a commencé comme musicienne. Elle était une bonne violoniste mais aussi une très bonne pianiste. En même temps qu’elle faisait “chorus girl” dans un cabaret, elle allait lire deux lignes dans une autre pièce et lever la jambe dans un troisième cabaret. Elle pouvait faire trois spectacles le même soir. C’était cela Berlin. Il y avait cet esprit de communauté et d’équipe. Ils étaient jeunes et beaux. C’était vraiment cela ses débuts. En 1929, elle rencontre Sternberg qui tombe raide dingue amoureux d’elle évidemment. Lui, il avait déjà une carrière américaine et tomba sous le charme de cette femme humble, intelligente et lucide. Sternberg l’a imposée alors que d’autres femmes avaient déjà été choisies.  Personne ne connaissait la petite Maria Magdalena à part une petite communauté d’artistes.

Lui a su voir son potentiel. Parfois, il suffit d’histoires et de rencontres. Entre un metteur en scène et un artiste, cela peut être quelque chose de fabuleux. Elle a eu la chance de rencontrer son mentor. Marlene a accepté, elle a tout de suite vu et compris son intérêt. C’est quand même lui qui l’a emmenée à Hollywood. Elle a appris la lumière aussi avec lui. Elle était très courageuse, infatigable dans le travail.

Après, à Hollywood, atteingnant les 50 ans, c’était très compliqué pour Marlene malgré qu’elle soit une grande star internationale. Il y avait de moins en moins de propositions pour elle. Un jour, elle fait le gala de l’union des artistes. On lui propose de faire du trapèze volant ou un numéro avec des chiens savants. Elle répond “je ne fais pas tout ça, je fais madame Loyal et la voilà qui arrive avec un petit short, un queue de pie qui montre ses sublimes jambes et un haut de forme. Elle est madame Loyal.

Elle mène la soirée d’une façon magistrale. Il se trouve qu’il y avait le propriétaire du Sahara Palace, Bill Miller, qui la remarque et lui offre un contrat exceptionnel pour l’époque. C’était 30 000 dollars par semaine. Personne n’était aussi bien payé à l’époque. Il fallait qu’elle fasse trois films dans l’année pour être aussi bien payé. Elle a eu un contrat de trois semaines où elle chantait 20 minutes seulement. Là, il s’est passé quelque chose. Elle a effectivement ce talent, cette présence sur scène. Ce n’est pas une grande chanteuse mais c’est une interprète fabuleuse et donc avec sa voix magnifique, elle subjugue.

Pour le Sahara Palace, elle invente une robe extraordinaire qui est comme nue mais juste habillée de diamants, de paillettes et de plumes. Elle avait 53 ans et elle se présentait comme ça. Elle était sublime. C’était une apparition.

Elle aimait plaire. Elle adorait les hommes, des hommes intelligents et cultivés.

French Quarter Magazine : “Marlene is back” que vous avez co-écrit avec Gérard Chambre est une pièce de théâtre produite comme nous l’avons dit par le créateur de mode français Pierre Cardin…

Cyrielle Clair : Et mécène des arts ne l’oublions pas. Il n’est pas que créateur,  c’est un mécène. Il avait son théâtre et a toujours produit sur scène. C’est lui le premier qui a produit Bob Wilson dans le “Regard du Sourd” à l’espace Cardin. J’adore Pierre Cardin. C’est un grand créateur et comme c’était son idée j’ai
accepté de relever le défi. J’ai commencé à écrire. Ensuite, j’ai demandé à Gérard Chambre parce que lui avait un petit peu l’habitude ayant fait des spectacles musicaux qui ont beaucoup de charme. Nous avons commencé à écrire ensemble.

French Quarter Magazine : Est ce que vous pouvez nous dire quel est le pitch de ce spectacle pour nos lecteurs ?

Cyrielle Clair : Il y a une chose à laquelle je tiens beaucoup, c’est la scène d’introduction qui est très délicate mais qui part du principe que Marlene est une légende mais c’est une illusion parce qu’elle est fabriquée. Elle a fabriqué son image d’actrice hollywoodienne mais ce que j’adore et ce qui était très sympathique est qu’elle sortait du studio où elle avait travaillé pendant 12 heures. Elle arrivait, elle balançait ses chaussures, elle était toujours très élégante, elle mettait un petit tablier de cuisine et faisait le bouillon pour tout le monde… Dos Passos disait d’elle “c’est la bonne petite ménagère allemande.” Dans la vie, elle était comme cela.

Quand elle arrive à Hollywood, le premier film qu’elle fait est “Morocco.” C’est un énorme succès international. Le deuxième film qui est distribué est “l’Ange Bleu.” En 1973, elle fait le dernier récital à
l’espace Cardin à Paris et rencontre Pierre Cardin. Il était fasciné par elle et s’il a voulu faire ce spectacle c’est parce qu’il la connaissait. C’est lui qui a conçu tous les costumes du spectacle.

French Quarter Magazine : Pouvez-vous nous parler de ses costumes de scène que vous portez aujourd’hui très joliment sur vous ?

Cyrielle Clair : Mon costume préféré, c’est quand je suis en “tuxedo” avec le chapeau haut de forme en frac noir, le gilet blanc et le nœud papillon blanc J’adore porter ce costume. D’ailleurs c’est celui que l’on a choisi pour la scène à Las Vegas.

J’aime aussi la robe finale “à la Marlene,” une création pure de Pierre Cardin. Il a choisi cette robe avec des broderies bleu pâle. Très jolie. Marlene portait souvent du bleu pâle et cette espèce de grand manteau qu’elle balançait à travers la scène.

J’ai reproduit ce qu’elle faisait sur scène parce que c’était assez fascinant. Je ne l’ai jamais vue en scène mais Pierre Cardin m’a racontée des anecdotes de Marlene qui étaient extraordinaires. C’est un privilège aussi d’être habillée par Pierre Cardin. Dans la pièce de Pirandello que j’avais jouée dans son théâtre, il m’avait aussi créé les costumes.

French Quarter Magazine : Au cours de votre carrière vous avez travaillé sur plusieurs productions anglo-saxonnes dont “Contrôle” avec Burt Lancaster et Ben Gazzara. Le fait d’être parfaitement bilingue vous a probablement ouvert d’autres portes ?

Cyrielle Clair : C’est vrai, j’ai toujours fait une carrière plutôt internationale. Il y a eu des moments où à Paris j’ai un petit peu disparu parce que je suis venue m’installer dix ans à New York. J’ai fait une série américaine qui s’appelait Counterstrike avec Christophe Plummer et ai fait aussi un film américain pour MGM avec Ed Harris qui s’appelait “Codename Emerald” où Harris jouait un triple agent. Moi, j’étais son contact français pendant la résistance. J’ai adoré tourner ce très joli film. Le fait d’être parfaitement bilingue m’a permis de faire une carrière internationale. J’ai tourné plusieurs fois en Italie, en anglais la plupart du temps sauf le dernier film que j’ai fait avec Lina Wertmüller où là j’ai joué en français mais avec l’accent de Marseille parce que je jouais une petite shampouineuse avec des petits shorts en vichy comme Brigitte Bardot. J’avais des camarades italiens qui étaient extraordinaires. Ils venaient surtout du théâtre.
J’ai adoré tourner avec Lina Wertmüller. C’est une réalisatrice brillante, une femme très intelligente, très peu connue en France mais elle a quand même eu deux nominations aux oscars. Elle m’a demandé de jouer en français parce qu’elle parle aussi parfaitement le français.

French Quarter Magazine : Vous avez une facilité avec les accents… Quand vous parlez anglais ou allemand, j’ai remarqué une certaine fluidité.

Cyrielle Clair : Le challenge était de taille parce que j’avais déjà joué dans des productions mais jamais en live en anglais.

C’est pour cette raison que Miami c’était un petit galop d’essai. J’avais toujours joué des films entiers en anglais et là je devais passer du français à l’anglais. J’avais très très peur mais je me suis dit allez, je relève le défi, je trouvais que c’était tellement Marlene, je me suis dit je vais essayer de le faire.

French Quarter Magazine : Avez-vous un rituel avant de monter sur scène ? Je pose souvent cette question aux artistes avec lesquels j’ai fait des interviews.

Cyrielle Clair : Absolument. Dans ma loge, j’ai en général “mes anges du théâtre,” mes anges gardiens: il y a Jean Louis Barrault, Arletty que j’ai eu le bonheur de rencontrer et de connaître mais aussi Edwige Feuillère et bien évidemment  Pierre Cardin.

C’est important de se mettre en relation avec ces gens-là qui, je sais, m’aiment, me protègent, m’envoient des bonnes ondes et puis surtout je fais un peu de méditation et de respiration. J’étais une petite fille très nerveuse mais maintenant j’arrive à canaliser cette énergie et je me rends compte que j’ai une résistance à la fatigue physique. Je crois que la pratique du yoga m’a aidée à canaliser ces énergies et à m’en servir au moment où j’en ai le plus besoin. Ce spectacle est très difficile parce que je passe de périodes en périodes et comme je change de costumes en très peu de temps, j’ai quelques secondes pour me dire ça y est maintenant je suis en 1930, maintenant je suis en 1938 après je suis en 1950 à Paris. Il me faut une concentration immense.

French Quarter Magazine : Maintenant pour finaliser notre interview vous allez repartir à Paris en passant par New York quelle est la suite un peu des événements avec la pièce ?

Cyrielle Clair : Je vais continuer à jouer Marlene.

French Quarter Magazine : Où sera-t-elle jouée?

Cyrielle Clair : C’est la grande interrogation. Nous sommes en train d’y travailler.

French Quarter Magazine : Ca reste une surprise, nous restons à l’écoute…

Marlene Dietrich. Photo de Wikipédia.

 

Cyrielle Clair : Il y a un lieu que j’aimerais beaucoup à Paris et que je trouve très idéal pour jouer Marlene après l’espace Cardin. Nous allons continuer à emmener Marlene un peu partout pour la faire connaître. Son intelligence lui a permis de sortir de situations très délicates notamment quand Hitler lui demande de porter les valeurs du troisième Reich qui étaient quand même d’horribles valeurs nazis. Et là, elle a tout de suite compris. C’était en 1933. C’est comme cela qu’elle a demandé la nationalité américaine.
Quelques années plus tard, elle se dit “je ne peux pas rester à Hollywood faire des films pendant qu’il y a la guerre mondiale.” Elle a eu cette intelligence, cette lucidité, cette générosité d’aller chanter des chansons aux prisonniers, aux blessés, à ces jeunes soldats qui avaient tous 20-25 ans et qui donnaient leur vie.
On voit des images d’archives qui sont fascinantes où elle les embrasse tous parce qu’elle se dit peut-être que demain ils seront morts Cela symbolise vraiment pour moi toutes les qualités de Marlene, je trouve cela magnifique.

C’est là où je me sens très proche de Marlene. J’adore ce côté qui dépasse les circonstances de la vie ; qui dépasse les petitesses et qui dépasse l’absurdité de la guerre. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit à la fin de la pièce cette petite chanson “Lili Marlene,” une chanson contre la haine et la barbarie et pour tous les amoureux de la liberté! Je la trouve extraordinaire. Cette chanson avait été composée en 1913. Au départ, c’était une chanson d’amour et à la première guerre mondiale les GI’s et tous ceux qui étaient dans les casernes avaient choisi cette chanson d’amour puisqu’ils étaient loin de leur fiancée. Cela leur rappelait un petit peu “oui, ma fiancée, tu m’attendras à la sortie de la caserne devant la lanterne”…, mais en 1939 les Allemands en on fait une chanson très militaire. En 1944, Marlene se dit comment cette chanson porte son nom “Lili Marlene.” C’est là qu’elle est génial. Elle a fait ré-écrire les paroles en anglais. Elle, une Allemande. Elle a chanté cette chanson pour les alliés. Moi, je vous dis elle m’épate. Elle me fascine, je la trouve géniale.


About the Author

was born in the royal city of Versailles, France and have lived in the United States since 1996. After earning a Bachelor's degree in History from the University of California Berkeley and studying for a Master program in education at the University of Southern California, she went on to teach French to aspiring UNLV and CSN students in Nevada. When she is not teaching, she is writing, interviewing people in a wide range of circumstances, pitching story ideas to writers and editors, taking pictures, traveling, painting or trying delicious foods.



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