Art & Culture

Published on mai 6th, 2018 | by Laurence de Valmy

0

Michel Hazanavicius aux USA pour Godard Mon Amour et le 50ème anniversaire de Mai 68

Il y a cinquante ans en France, les étudiants ont été à l’origine de manifestations, qui seront le plus grand mouvement social vécu par le pays dans l’histoire contemporaine et qui vont affecter profondément la société française. Il est souvent entendu “c’était avant (ou après) 68” lors d’un commentaire sur la façon dont les choses étaient faites. Pour commémorer cet événement, les universités et les institutions culturelles aux USA présentent des programmes divers et des événements qui revisitent l’atmosphère des années 60 avec des expositions, des conférences et des festivals de cinéma.

Michel Hazanavicius, doublement “Oscarisé” pour le film “The Artist” (2011), est venu aux Etats-Unis présenter son film “Godard Mon Amour” (Le Redoutable) présenté en première au Festival de Cannes l’année dernière. Le film est basé sur le livre d’Anne Wiazemsky (Un an après), ex-épouse du cinéaste français Jean-Luc Godard et met l’accent sur le tournage de La Chinoise. Les événements de mai 1968 ont secoué Godard et cela a affecté leur relation. Louis Garrel joue Godard et Stacy Martin joue Wiazemsky, avec une distribution comprenant Bérénice Bejo, Micha Lescot, Grégory Gadebois et Félix Kysyl. Ce film rend hommage à Godard et dresse un portrait de la société en évolution, avec son impact sur la vie personnelle des personnages. Nous avons eu la chance de partager un moment avec Michel Hazanavicius, alors qu’il était à New York, qui a très gentiment répondu à nos questions.

Qu’est ce qui vous a séduit dans cette histoire et pourquoi avez vous voulu faire ce film ?

Godard filmant une manifestation en mai 68

C’est la combinaison de plusieurs choses : je n’avais pas intention de faire un film sur Godard au départ mais c’est l’approche sentimentale du livre qui donne une dynamique au personnage, à sa crise existentielle, au contexte politique de mai 68 avec des niveaux d’allégorie sur la révolution, le fait de détruire, de changer consciemment, de détruire aussi celui qu’on était. J’ai trouvé qu’il y avait des textes assez profonds avec la possibilité de combiner tragédie et comédie d’une manière qui me plaisait bien avec un petit côté transgressif pour les cinéphiles puristes.

Vous l’accompagnez maintenant aux USA et dans d’autres pays à la rencontre de français et de francophiles. Les réactions du public sont elles différentes du public de métropole ?

Pour le public je dirais que c’est à peu près pareil… les attentes sont peut-être un peu différentes et ce qui fait l’appréciation d’un film c’est l’espace entre les attentes que l’on a et le film lui-même. Par contre pour les critiques en charge de couvrir le cinéma français aux Etats-Unis, Godard est leur totem, et donc certains n’aiment pas mais c’est comme ça…

Le cinéma américain est une de vos influences revendiquées et vous avez fait des références ou de l’appropriation dans vos films. Roy Lichtenstein a dit “j’admire ce qu’en apparence je parodie”. Est ce que cela est pareil pour vous ?

Tout a fait ! C’est amusant qu’il ai dit ça comme ça… je ne connaissais pas cette citation. En général je n’utilise pas le mot parodie parce que justement j’ai de l’admiration et du respect donc je parle de détournement mais ce n’est qu’une question de vocabulaire. Quand je fait du détournement, j’essaye de mettre un premier degré qui me permet d’attaquer un deuxième degré voire un troisième… J’aime bien mettre plusieurs niveaux de lecture mais il n’y a jamais de moquerie, c’est un jeu avec toujours de la tendresse.

Louis Garrel (Godard) et Stacy Martin (Wiazemsky)

Parmi tous ces films, quels sont ceux que vous auriez rêvés diriger ?

Il y en a beaucoup et j’ai toujours beaucoup de mal avec le fait de faire des listes. J’ai des goûts très éclectiques et j’aime des choses qui n’ont rien à voir avec ce que je fais. Je ne sais même pas ce qui m’a influencé ou pas c’est un ensemble de choses. Ca va des plus sérieux comme John Ford, Spielberg, les frères Cohen, Tarantino… la liste est sans fin ! Quand vous voyez Voyage au bout de l’enfer, c’est impossible de ne pas reconnaître que c’est un grand film… vous ne savez pas quand les choses vous influencent ou non finalement.

Vous faites partie du très petit club de français sacrés par un Oscar. Est ce que vous auriez envie de faire un film aux USA ?

Michel Hazanavicius, Berenice Bejo et Jean Dujardin aux oscars pour The Artist (2011)

J’ai eu beaucoup de propositions et en soit j’aimerai beaucoup. Le matériau du cinéma américain c’est déjà un sujet en soi pour moi et il y a des acteurs fantastiques… après ici les choses prennent beaucoup de temps et il faut trouver le bon projet. Et il faut que cela se passe de manière naturelle, si le prix à payer c’est de déménager ma famille et attendre que cela se passe, c’est trop me demander. Ma vie est plus importante. Si cela se fait ce serait super bien sur…

Pour en revenir à Godard mon amour : c’est un film sur le cinéma et sur un directeur. Est ce un moyen de faire de l’auto dérision envers votre propre rôle ?

De l’auto dérision mais aussi de l’introspection. Il y a plein de sujets sérieux qui sont traités dans le film même s’ils le sont de manière marrante. Ça veut dire quoi te faire des films, ça veut dire quoi d’être dans des systèmes de production traditionnelle. C’est un film que j’ai produit moi-même, ce qui n’est pas étranger au film lui-même. La dérision ne vous force pas à la superficialité.

Que pensez vous de l’initiative de l’équipe du film Paris est une fête, (dont les auteurs disent s’être entre autres inspirés de Godard) qui ont levé des fonds via une vidéo virale sur Facebook ?

Je trouve que c’est hyper bien, tous les gens qui ont le courage de ne pas attendre qu’on leur donne la parole mais qui la prennent je trouve ça toujours vachement bien. Surtout s’ils ont quelque chose de bien à dire ! J’ai rencontré récemment des étudiants et j’étais étonné car ils m’ont dit « c’est difficile de rentrer dans ce milieu ». Je leur ai répondu qu’il ne s’agit pas de rentrer dans le milieu, il faut faire son travail et si tu le fais bien, le milieu va se créer autour de toi. Moi mon premier film n’a pas marché, donc c’était compliqué… ensuite j’ai pu faire les suivants qui ont bien marché. Cela permet d’apprendre mais il faut faire les choses. Après bien sur pour faire un film, il faut beaucoup d’argent donc c’est pas pareil que pour un auteur ou un peintre qui peuvent être plus autonomes.

programmes pour la commemoration de Mai 68

Godard Mon Amour


About the Author

is a French born artist, who lives and works in New York area. She is a painter working with acrylics for the wide possibility of this medium. She has followed art classes both in France and the USA and was awarded an Artist Residency by the Eileen Kaminsky Foundation (ESKFF) at Mana Contemporary,NJ in 2017. She created the blog "The Curious Frenchy" and is a now contributor to French Quarter Magazine. https://www.instagram.com/laurencedevalmy/



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


CAPTCHA Image
Reload Image
Back to Top ↑