Art & Culture

Published on mars 16th, 2016 | by Pascal Ordonneau

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Rue de la paix à Paris

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Photo de Pascal Ordonneau.

Cette rue est dans le ressort administratif des 1er et 2ème arrondissements, dans le Quartier Gaillon. Elle débute Place Vendôme et finit Place de l’Opéra.

Ici, il convient de rappeler un détail de la toponymie et de la morphologie des rues Parisiennes : indiquer qu’une rue débute à tel endroit et finit à tel autre alors qu’on pourrait tout aussi bien dire l’inverse ne se justifie que par la numérotation des immeubles. Une rue « débute » par le numéro 1… (ce n’est pas une plaisanterie à la Lewis Carroll). Dans le cas de la rue de la Paix, le numéro 1, correspond à l’entrée de l’immeuble qui jouxte la place Vendôme. La question devient alors : comment a-t-on décidé que le numéro 1 serait à cet endroit-là, précisément. La réponse est très simple : pour les rues qui sont perpendiculaires par rapport à la Seine, la numérotation débute à partir de cette dernière. Dans la rue de la Paix, le numéro 1 correspond à l’immeuble qui est le plus proche (ou le moins éloigné) de la Seine. On rappellera aussi que les rues à Paris portent les numéros pairs sur un côté et les numéros impairs sur l’autre.

La rue de la Paix est une rue de taille moyenne sur une longueur de 230 m et d’une belle largeur de 22,5 m. les trottoirs sont spacieux sans être très larges. Ils ont été rétrécis dans les années 60 lorsque le développement de la circulation automobile poussa les autorités administratives à réduire la largeur des trottoirs piétonniers. Je me souviens des protestations des habitants du VIIIème et du XVIIème arrondissements à l’occasion du rétrécissement des trottoirs du Bd Malesherbes. « On tue Paris et son élégance » entendait-on clamer dans les salons des beaux appartements de la Plaine Monceau. Pour ce qui concerne la rue de la Paix, la remarque est pertinente. Ils sont très fréquentés. La rue est un des hauts lieux du luxe. Vraiment les trottoirs sont trop étroits !

Percée en 1806, la rue de la Paix est une « création » napoléonienne. On pourrait s’en étonner : l’empereur Napoléon a été plus connu pour ses guerres que pour son amour de la paix ! La vérité est que l’Empereur décida de nommer la nouvelle rue : « Rue Napoléon ». Il n’y avait donc pas de contradictions ! Elle deviendra « rue de la Paix» en 1814 lorsque, l’Empereur ayant été défait par une coalition européenne dût abdiquer une première fois. Le nouveau nom célébrait l’arrêt des hostilités entre la France et l’Europe. Ce nom de Paix lui restera en dépit de la période dite des « Cents jours » qui vit Napoléon revenir au pouvoir jusqu’à sa défaite finale en 1815.

Dire que la rue de la Paix, au tout début, quand elle s’appelait rue Napoléon, est une création de ce dernier implique que jusque-là, il n’y avait pas de rue à cet emplacement. De fait, la Rue de la Paix a été percée au sens propre du terme, c’est-à-dire a été installée après démolition de bâtiments qui se trouvaient sur son passage ! Dans le vocabulaire voyer parisien, le terme « percer » ou « percement» est très fréquemment employé. Paris, fût sans cesse l’objet de réorganisations avec création de places, création de rue, création de bâtiments religieux, création d’égouts, de nouveau boulevards. Sans cesse Paris, depuis son érection en tant que capitale de la France, a été remodelée, rénovée, transformée, augmentée. Percer une rue, une avenue dans Paris revenait à détruire tout ce qui se trouvait à son emplacement. C’est ainsi que la restructuration de Paris organisée par le Baron Haussmann, conduisit à la destruction de dizaines d’églises, de palais ou d’hôtel particulier, sans parler des maisons et des cimetières. La rue de la Paix, quand elle fut percée, se trouvait à deux pas du centre du pouvoir après la révolution française : le château des Tuileries, résidence impériale et royale jusqu’à ce qu’il fut incendié durant la guerre civile de la Commune en 1871. Elle devint la voie suivie par les délégations étrangères tant que le château des Tuileries demeurât la résidence des chefs d’Etat Français.

A la place de la rue de la Paix, donc, se trouvaient des bâtiments en nombre : le centre de Paris était couvert de petites rues, d’immeubles misérables en torchis et de très beaux palais et couvents, dont le couvent des Capucines. Celui-ci avait déjà subi les inconvénients des percements de rues et de l’installation de places puisqu’il avait été partiellement détruit pour permettre la construction de la Place Vendôme et des hôtels particuliers qui l’entourent dont l’actuel ministère de la Justice et un des palaces les plus célèbres de Paris, le Ritz. Louis XIV, qui avait voulu cette place, s’était engagé à compenser les destructions subies par les bâtiments conventuels…Un siècle plus tard, ces nouveaux bâtiments furent eux aussi, en tout ou en partie, détruits pour créer la nouvelle rue.

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Photo de Pascal Ordonneau.

Détail macabre : dans le couvent étaient enterrées de nombreuses personnalités, les grands ministres de Louis XIV, Colbert, Louvois et aussi la célèbre marquise de Pompadour (la très fameuse favorite de Louis XV). Il fallut les exhumer et les transporter dans d’autres lieux. La dépouille de la fondatrice du couvent, la reine Louise de Lorraine fût transportée au cimetière du Père-Lachaise en 1806. Un demi-siècle plus tard, en construisant un égout, d’autres cercueils furent découverts. Tous ne l’ont pas été : on dit que le cercueil de la marquise de Pompadour est resté à sa place d’origine ! Certains auteurs donnent même le numéro de l’immeuble dans les caves ou les soubassements duquel on devrait le trouver si on voulait creuser un peu !

C’est le charme des vieilles cités, les églises sont construites sur des églises qui elles-mêmes étaient construites sur des chapelles et ainsi de suite ; des rues passent sur des cimetières qu’on a peiné à vider. La rue de la Montagne Sainte Geneviève, grimpe en suivant une pente abrupte tracée sur des déblais dont l’accumulation a progressivement enterré les caves et les souterrains alentours. Il y a une trentaine d’années, dans cette même rue, je visitai une cave voûtée datant du XVIème siècle. Son propriétaire me fit observer une dalle sur le sol dotée d’un énorme anneau de fer. Elle donnait accès à une autre salle voûtée. Il avait découvert trois autres niveaux. Le premier qui remontait au XIème siècle était à plus de 20 mètres en dessous du niveau du sol !

Aujourd’hui, la rue de la Paix est toujours la voie luxueuse et élégante qu’elle est devenue lors de la réorganisation du quartier : construction du théâtre de l’Opéra et ouverture des grands boulevards dont celui de l’Opéra. Les plus grands noms de la joaillerie, de l’horlogerie et de l’hôtellerie françaises et étrangères s’y pressent. Au sortir de l’Opéra et de la place de l’Opéra, la rue de la Paix conduit aussi vers les boutiques du luxe extrême de la place Vendôme et vers les grandes maisons de couture, de bijouterie et de maroquinerie de la rue du Faubourg Saint Honoré.

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Photo de Pascal Ordonneau.

La Rue de la Paix, rue du luxe, des vitrines somptueuses et des hôtels les plus renommés, mérite bien son nom : pas de commerce sans Paix. Pourtant, il faut se méfier : la place Vendôme où commence la rue de la Paix a souvent changé de nom : pendant quelques temps, sous Louis XIV, elle porta le nom glorieux de « place des Conquêtes. »

Mais, à cette époque, la rue de la Paix n’existait pas encore.


About the Author

40 ans de banque chez plusieurs établissements français et anglo-saxons ; il est l’auteur de plusieurs livres sur l’économie et la banque, d’un livre de voyage, d’un roman et d’un livre sur l’Allemagne. Il écrit pour les journaux et la radio, dont les Echos, le Figaro, Huffington Post, Radio France International.



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