Art & Culture

Published on octobre 13th, 2015 | by Kirsten King

1

Picasso: Créatures et Créativité

L’un des artistes les plus prolifiques au monde, Pablo Picasso, a laissé derrière lui une oeuvre gigantesque, plus de 20000 pièces comprenant des tableaux, des sculptures, ou des gravures, qui sont actuellement en exposition à la Bellagio gallery of fine art à Las Vegas. L’exposition “Picasso : créatures et créativité”, s’intéresse au processus créatif métaphorique perpétuel de l’artiste, et se concentre sur sa technique sans égal au regard de ses tableaux-portraits et ses gravures. En vedette, des oeuvres empruntées de la collection privée du fils de Picasso, Claude, l’exposition comprend 43 oeuvres, qui s’étendent sur une période allant de 1938 à 1971, et se trouve maintenant disponible pour la première fois aux USA jusqu’au 10 Janvier 2016.

Photo3_Morgen Henry

Photo par Kirsten King.

Cette sélection unique de tableaux et de gravures à des stades différents, examine la préférence de Picasso pour la forme humaine en tant que sujet et, comme le démontre le point central de l’exposition, le contexte biographique est tout aussi important que le contenu, car comme Picasso lui meme le suggérait : “il ne suffit pas de connaitre les oeuvres de l’artiste ; il est également nécessaire de comprendre les circonstances qui leurs sont propres”. Figure majeure de la culture du 20e siècle, Picasso fréquentait les cercles du Paris bohème, tout comme d’autres expatriés de meme nature d’esprit, ceux de la génération perdue, tels qu’ Ernest Hemingway et leur protectrice commune, Gertrude Stein. L’oeuvre de Picasso contribua largement au modernisme, et sa très large influence s’étend depuis son oeuvre la plus “grave” Dove of Peace, choisie comme embleme de la première conférence internationale de la paix en 1949, jusqu’aux choix de styles personnels d’Andy Warhol ou Brigitte Bardot. Tandis que des guides audio et des visites programmées de l’exposition vous fourniront pléthore d’anecdotes similaires, une attention particulière sera portée aux femmes de la vie de Picasso : Dora Maar, Françoise Gilot et Jacqueline Roque. Souvent étudiantes en art elles memes, ces femmes étaient très présentes dans les compositions de Picasso. En fait, El Greco’s Portrait of a Man with a Ruff (1962), est la seule série de travaux de cet assemblage particulier de l’oeuvre de Picasso qui ne soit pas associé à une figure féminine. L’impact considérable des amantes de Picasso dans son entreprise imaginative est évident, notamment à travers les variations qui se sont produites dans son art au fil du temps ; les changements reconnaissables dans l’approche créative de Picasso coincident souvent avec un changement de partenaire.

Photo1_Woman with a Yellow Necklace

Dame avec un collier jaune. Photo du catalogue d’exposition.

Photographe émérite et surréaliste, Dora Maar apparait dans la scène “Two Nude Women” (1945-6) en compagnie de Françoise Gilot, la séquence de gravures la plus longue de l’exposition, mais également celle ou la présence de l’art primitif, ainsi que la capacité de Picasso à passer du réalisme à l’abstrait est la plus évidente (Maar est la femme endormie). On pourrait dire qu’elle fut la maitresse la plus torturée de Picasso, et elle sombra dans une dépression nerveuse lorsque leur relation de presque dix ans prit fin. Maar et Picasso s’engagérent alors dans une guerre à la fois emotionnelle et psychologique qui s’etendit bien après leur séparation ; la relation venimeuse est perceptible dans l’état final de “Two Nude Women”, dans laquelle Maar est aussi depeinte tel un cafard, tout en contraste avec la succession d’oiseaux symbolisant Gilot. On retrouve Françoise Gilot dans plusieurs pièces de l’exposition, y compris Reclining Woman Reading (1952), ainsi que dans le moins anguleux mais tout aussi frappant “Woman with a yellow Necklace” (1946), un portrait qui souligne certaines des touches allégoriques de Picasso, dans ce cas précis : des clés et des serrures. Gilot posa aussi pour “Figure” (1947) ; Picasso fit une réplique de ce tableau monochrome en lithographie, trois jours après avoir terminé cette pièce. Ce fut la seule occasion ou Picasso pu produire un rendu identique sur deux supports différents. Le canva et la lithographie, ainsi que le (plateau ? Plat?) en zinc utilisé dans sa confection, sont tous exposés au BGFA.

Photo4_Jacqueline with a Multicolored Straw Hat

Jacqueline avec un chapeau de paille multi-color. Photo du catalogue d’exposition.

Picasso a produit plus de 400 portraits de Jacqueline Roque, omniprésente au sein de l’exposition. Reconnaissable à son nez rectiligne et ses chapeaux de couleurs vives, on retrouve Roque au fil de la gallerie à travers des oeuvres telles que “Woman with a Chignon and a Yellow hat” (1962). selon l’endroit ou se tient le spectateur, celui-ci peut admirer différents aspects de son visage : de pleine face, au trois quarts, ou de profil, tous compris en un seul portrait, et pour cette raison, “Woman with a Chignon and a Yellow hat” est considérée comme une “image qui bouge”. La série de gravures “Jacqueline with a Multicolored Straw Hat” (1962), nous offre un autre exemple d’images dissimulées chez Picasso, déguisant ainsi un homme (peut etre Picasso lui meme) et une femme dans les traits d’un visage particulier ; la touche de Picasso au sein du pop art se retrouve dans cette série.

Ce type d’oeuvre est représentatif de ce qui est communément associé à Picasso : ses contributions au cubisme – des distortions à facettes qui ont, parait il, été encouragées en partie par des photos prises par Picasso à l’aide d’un appareil dont la lentille était endommagée – sa capacité à peindre comme les maitres qui l’ont précédé, ainsi que son penchant pour la complexité résolue et enfantine.

En plus des canvas, les gravures sur linoleum ou à l’eau forte authentiques sur lesquelles Picasso a travaillé pour ses gravures sont exposées en vitrine, intactes ; ceci est plutot rare, car en principe, des images sur de telles planches ou de tels blocs sont en général “dégradées” afin de prévenir le vol ou les reproductions contrefaites. Bien que les oeuvres elles memes ne soient pas signées (Picasso n’a jamais ajouté son nom dessus car il n’a jamais eu l’intention de les vendre, mais plutot de les garder à titre personnel), ses empreintes sont visibles dans la plupart de ces oeuvres, ce qui ajoute un note personnelle.

Picasso a dit un jour que “l’amour est le plus grand des prélassements de la vie”, notion qui semble s’exprimer à travers la sélection de “Creatures and Creativity”, arrangée exclusivement pour le BGFA. L’exposition fournit une expérience intime pour le spectateur dans le sens ou elle lui permet d’entrevoir une ouverture sur la compréhension de Picasso du beau sexe à travers son propre regard. La représentation de ses modeles, de ses maitresses et de ses muses, qui ont été pour lui une source intarrissable d’inspiration, garantit assurément la visite d’admirateurs de longue date, mais également de ceux qui une curiosité naissante pour le célèbre artiste.


About the Author

mm

Kirsten King is a keen traveler, currently interested in cultural studies. She has been teaching locally and abroad since 2006. Participating in French Quarter Magazine allows her to contribute to the sharing of culture and knowledge between our two countries - a joyful and exciting adventure.



One Response to Picasso: Créatures et Créativité

  1. Ansh Verma says:

    Hi Kristen,
    I got a chance to visit the exhibit in Vegas during my present visit. Since I am an human computer interaction researcher, I wrote a medium blog on how there lies some parallels between his cubism and our field.

    https://medium.com/@anshseven/how-pablo-picasso-was-an-hci-researcher-3a8e361644e8#.8v47hqjav

    I cited this article for people to know what the exhibit was about! Thanks for writing. Please share!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


CAPTCHA Image
Reload Image
Back to Top ↑