Art & Culture

Published on août 27th, 2017 | by Christopher Alain

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La Palette d’une Poète : Les Œuvres de Florine Stettheimer

La peintre, poète et icône de l’âge du jazz Florine Stettheimer partage son univers coloré dans plus de 50 peintures et dessins au Jewish Museum de la ville de New York du 5 mai au 24 septembre 2017.

Florine Stettheimer. Photo de Wikipédia.

Pour les non-initiés, Florine Stettheimer pourrait juste passer pour une autre « jazz baby » aux yeux de khôl sachant manier un pinceau et un chevalet. Ce fut ma première impression lorsque j’ai approché ses œuvres. Je suis heureux de dire que j’avais tort. Au premier aperçu il s’agit d’un monde de danses luminescentes, de bouquets multicolores, et de teintes éclatantes. Les garçonnes flânent avec de longs boas et des dandys du XXème siècle embellis de costumes de tweed et chapeaux de feutre et avec des dames à la mode dans des robes opalescentes de Poiret. Des personnes défilent dans les rues. Des licornes et oiseaux mythiques s’ébattent dans les prairies et les arbres de Noël éclatent en flammes magiques. Dans son travail, on peut voir les ombres d’autres visionnaires tels que Chagall, Mondrian ou même Monet.

C’est un monde attrayant, mais toujours significatif et qui en dit long sur l’artiste elle-même et l’univers de son chevalet. Une féministe avec un penchant récalcitrant et un pinceau de visionnaire, saisissant le monde autour d’elle, tout en invoquant une signification, une narration, et même un peu de satire.

Florine Stettheimer est née fille de Rosetta Walter et Joseph Stettheimer le 29 août 1871 à Rochester New York. Sa famille était d’origine juive allemande. Florine était l’une de cinq enfants. Son père quitta la famille à un jeune âge, et elle forgea une relation proche avec sa mère qui lui donna une éducation artistique à l’étranger, visitant des villes comme Berlin, Stuttgart et Munich.

Une fille timide et calme, elle s’exprimait au travers de sa vision unique. Florine commença à former sa propre voix artistique à New York après la Première Guerre Mondiale. Naturellement progressives, elle et ses sœurs organisèrent un salon pour les artistes et esprits visionnaires qui accueillaient ouvertement gays et expatriés. Elle cultivait une collection Avant Garde et en exposant son pinceau à de multiples influences, elle commença à développer son propre langage pictural. En présentant son travail au sein de plusieurs expositions, y compris les Expositions Annuelles de la Société des Artistes Indépendants, elle conçut et cultiva son style distinct. Comme Rembrandt, elle forma son art par le biais de son visage dans plusieurs autoportraits.

La chaleur, vers 1919. Photo de Wikipédia.

Les corps et les portraits de Florine proviennent de tous les milieux de la vie des années folles. Critiques d’art et financiers, gentilshommes élégants, femmes mûres en vogue, joueurs de tennis et égéries de la mode et même un peu de biographie remplissent son œuvre. Scènes mystiques, fêtes endiablées, moments intimes et un peu d’auto-caricature sont également présents. Grâce à tout cela, l’artiste présente une fluidité, si bien que tous les détails de son sujet, d’une paire de gants à des pompons ou des marguerites forment un rythme parfait les uns avec les autres. On se demande combien ses études de l’Art Nouveau ont influencé les toiles de l’artiste.

L’œuvre la plus notable de Stettheimer est peut-être « Pique-nique à Bedford Hills, » qui représente le peintre Marcel Duchamp et plusieurs dames profitant tranquillement d’une journée à la campagne avec ses champs jaunes sereins. La peinture que j’ai trouvé la plus captivante était « Portrait de moi-même, » mettant en scène l’artiste dans un manteau de pourpre ardent qui semble lui servir d’ailes presque angéliques, souriant sereinement et enveloppée d’un opaque bouquet de fleurs sous un soleil brillant.

Les cathédrales de Broadway. Photo de Wikipédia.

Une artiste aux nombreux visages, l’œuvre de Stettheimer s’étendit jusqu’à la poésie. Un écrivain modeste, qui écrivit ses œuvres sur des morceaux de papier destinés à des proches et à être lus au sein de son cercle d’amis plutôt que publiés, les siens sont des portraits satiriques et souvent amusants de ses contemporains tels que Gertrude Stein qu’elle appelait « Gertie » ou Marcel Duchamp, qui est surnommé « Duche.» Avec sa poésie, Stettheimer réalise une merveilleuse démonstration d’esprit, associée à des critiques observatrices sur la culture moderne et le mariage. Ses poèmes furent publiés à titre posthume sous forme d’une collection appelée « Fleurs de Cristal,» assemblée par sa sœur Ettie en 1949 et rééditée en 2010.

Le travail de Stettheimer en tant scénographe est prolifique. En 1934, elle fut la décoratrice-styliste pour « Quatre Saints et Trois Actes », un opéra qui inclut un livret par Gertrude Stein. Le flair particulier de Stettheimer pour la performance fut démontré lorsqu’elle composa le livret pour « Orphée des Quat-z-arts ou le bal des Fêtards des 4 Arts, » une soirée annuelle organisée par les associations d’étudiants d’Art de Paris.

Portrait de notre infirmière, Margaret Burgess, 1929. Photo de Wikipédia.

Beaucoup de critiques saluèrent les travaux de Stettheimer de son vivant, l’appelant une visionnaire et une véritable pionnière féministe. Son travail fût abondamment représenté dans de nombreux salons tels que la Biennale Whitney et le Salon d’Automne. Excessivement modeste, elle refusa les propositions d’expositions consacrées uniquement à son œuvre, malgré de nombreuses offres.

Le 11 mai 1944, Stettheimer fut emportée par un cancer à l’âge de 72 ans.

Dans sa vie comme son héritage, et que ce soit par intention ou à dessein, Stettheimer fut une véritable provocatrice. Une femme modeste et silencieuse qui a laissé son pinceau exprimer les mots qu’elle prononce rarement elle-même. Parlant couramment le langage des races, des sexes, et de la sexualité de son époque, son oeuvre se solidifia en une composante essentielle de la riche tapisserie de l’art féministe et moderniste, s’élevant au niveau de celles de Georgia O Keefe ou de Marc Chagall. Il n’y a rien d’archaïque dans le travail de Florine Stettheimer. Son éventail de couleurs voluptueuses et de personnages provocateurs et merveilleux, est aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était il y a plus de 80 ans.

 

Cet article a été traduit en français par Sandrine Sweeney.


About the Author

was born in the United States but his heart belongs in the culture of Paris. His passion was born through self taught study of artists from Degas to Lautrec and writers as Genet and Rimbaud. His great love of French culture are symbolism poetry and, French cinema and history. He is a two time author and has written for several American publication as "The Desert Observer," Downtown Zen" and published two prose books: "The Musings" and "A Secret Kingdom". He lives in Las Vegas.



2 Responses to La Palette d’une Poète : Les Œuvres de Florine Stettheimer

  1. Martin Weston says:

    Thank you for my first read of the day! Until now, I was unfamiliar with Florine’s work and found her to be quite a surprise. Her work has the beautiful rich build up of color reminiscent of Gauguin, while running the gamut from Dali’s dreamlike visions, to Chagall, and Sargent’s delicate realism. Your article introduced me to Florine, and brought her gilded, Great Gatsby-like world to life. Wonderful and insightful piece. Well done!

  2. Adrian says:

    She was attracted to both the gaudiest forms of popular culture and the most explicit and controversial cultural arts.

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