Art & Culture

Published on septembre 15th, 2014 | by Nathalie Monsaint-Baudry

2

Plantes en fleurs semblables aux prairies, mauvaises herbes et diverses considérations sur les fleurs

Depuis quelques années, vous aurez sans doute admiré dans le paysage français, urbain, semi-urbain et rural, un champ, un terrain vague, un bord de route, la lisière d’un bois, un vignoble oublié, un espace vert laissé à-demi en friche, se parer d’une multitude de fleurs d’antan.

Confettis semés pour notre plus grand bonheur venant colorer une zone autrement dépourvue de tout intérêt esthétique. Ainsi, entre mai et novembre, les abords des routes françaises, au lieu de s’ensauvager sous les ronces et de s’enliser dans les orties, se fardent, se maquillent, et se font une grande beauté. C’est le grand retour du coquelicot, du cosmos, du bleuet des champs, du sainfoin, de la marguerite, de l’adonis, de la nigelle, de la nielle des blés, du chrysanthème des champs, de la renoncule, du pied d’alouette, de la centaurée, du zinnia, du lin rouge, de la lavatère et de l’eschscholzia, bref de toutes les plantes messicoles de notre enfance, dont nous avions oublié les noms parce que les pesticides, herbicides et autres “cides” les avaient bel et bien éradiquées. Il est alors temps de les ré-apprendre.

On doit cette initiative aux Fédérations Départementales des Chasseurs, aux apiculteurs, et aux communes qui passèrent des accords avec les agriculteurs dans le cadre de la loi de 2008, les autorisant à mettre 10% de leurs terres en jachère. Ainsi, les jachères fleuries apportent davantage que la couleur à une friche ou à terrain vague. Elles réintroduisent de la biodiversité, une faune et une flore, sans aucun produit chimique, selon le type de jachère que l’on souhaite implanter : faune sauvage, pollinique, ou apicole.

Claude_Monet_les_Coquelicotsàargenteuil 3

Champ de coquelicot de Claude Monet. Photo par Nathalie Monsaint-Baudry.

Ainsi, pour notre plus grand bonheur, renaissent sous nos yeux dans le paysage réel, les paysages Impressionnistes : Monet et le Champ des coquelicots, Renoir dans la Femme à l’ombrelle dans un jardin, et la Cueillette des fleurs. Les fleurs des champs regagnent du terrain sur les villes.

Ceci ne voulant pas dire que cela signe le retour des mauvaises herbes, ces indésirables, celles que l’on nomme les adventices, les malherbes, l’armoise commune, la bourrache officinale, le chardon des champs, la carotte sauvage, le chiendent officinal, l’avoine folle, le liseron des champs, le mouron, la moutarde des champs, l’ortie brûlante, le pourpier, la ravenelle, le souci des champs, la renoncule rampante connue comme le bouton d’or, le trêfle blanc, ces mauvaises herbes restent indésirables mais certaines trouveront grâce aux yeux de la phytothérapie, de l’homéopathie, de l’allopathie, ou de l’aromathérapie.

Sur le plan étymologique, une jachère fleurie est un oxymore. Jachère renvoie à une terre non ensemencée, c’est une étape de la préparation des labours d’automne qui consiste aussi la nettoyer des adventices. Jachérer signifiait mettre la terre au repos. Un repos bien relatif puisqu’il fallait sarcler ce territoire vite envahi de mauvaises herbes. La jachère fleurie est donc le contraire de la jachère d’antan. Cette nouvelle jachère est très réglementée et n’a plus rien en commun avec sa cousine historique. Ces tapis de couleurs vives remplissent un espace de façon utile, esthétique et efficace tout en épargnant le labeur ingrat du désherbage. Ces zones rudérales, autrement conquises par les mauvaises herbes, s’humanisent, s’apprivoisent grâce aux commensales et s’anoblissent par ces nouvelles-venues.

Le retour des fleurs oubliées

J’ai descendu dans mon jardin… gentil coquelicot Mesdames, gentil coquelicot nouveau…

Nous les avions presque oubliés, ils nous manquaient, et ils reviennent pour ensanglanter ici et là les collines, les prairies mamellonnées de notre cher pays. C’est la signature du paysage français par excellence qui fait l’enchantement des admirateurs de la campagne française. Quant aux fleurs tombées un peu en désuétude : dahlia, fushia, giroflée, godétia grandiflora, cosmos, anémone, ces fleurs des jardins d’antan, elles semblent bien remises au goût du jour. Marguerites, pâquerettes, primevères, et cyclamens ont toujours enjolivé nos prés, jardins, et sous-bois, rythmant ainsi le passage des saisons.

lysNathalieMonsaintBaudry 1

Muguet. Photo par Nathalie Monsaint-Baudry

Si chez nous, le muguet demeure la fleur porte-bonheur offerte au 1er mai, nous en avons oublié l’origine. Depuis le Moyen-Age, cette fleur également connue sous le nom de lys des vallées, (d’où son nom en anglais lily of the valley), a toujours symbolisé le retour du printemps dans la culture celte et était déjà considérée comme un porte-bonheur. C’est le 1er mai 1561 que le roi Charles IX en officialisa la tradition, offrant quelques brins de muguet aux Dames de la Cour. Ce n’est que depuis 1976 que le muguet est associé chez nous à la fête du travail.

En France, le lys blanc symbolise la vierge Marie, la pureté et la noblesse. Quant au motif héraldique de la fleur de lys, très répandu en Occident depuis l’Empire byzantin, puis chez les souverains carolingiens, contrairement à ce que l’on pense, il semble s’inspirer directement de l’iris ou du glaïeul et non pas du lys botanique. Il revêtra des formes et des couleurs différentes. Nous le retrouvons sur le drapeau québécois, sur celui de la ville de Saint-Louis aux Etats-Unis, comme à la Nouvelle-Orléans. Il est l’emblème international du Scoutisme partout dans le monde, parce que traditionnellement, le lys indiquait le nord en cartographie. On le retrouve en version rouge avec étamines chez les Médicis, à Florence, et jaune ou or sur champ d’azur pour la famille royale en France, chez les Bourbons d’Espagne mais bien avant cela, sur l’embout fleurdelisé des javelots Gaulois.

C’est pour sa couleur mordorée que le chrysanthème devient la fleur des cimetières en France au XIXème siècle. En effet, les teintes automnales, jaunes et dorées remplacèrent la flamme des bougies sur les tombes. C’est la fleur de prédilection de la Toussaint, pour la longévité de ses couleurs chaudes résistant aux premiers frimas. Dans certains pays asiatiques, les chrysanthèmes blancs sont symboliques de la mort et du chagrin. Au Japon, ils représentent le pouvoir impérial, alors qu’aux Etats-Unis, mums, sont des fleurs pour toutes les occasions, y-compris pour la fête des mères. La Nouvelle-Orléans fait ici exception en revendiquant son héritage français.

Les œillets sont encore mérprisés en France par l’étiquette sous peine d’insulter la destinataire, faisant référence au bouquet de consolation que les actrices recevaient lorsqu’elles étaient déchues de leurs rôles. Nos amis Britanniques arborent un coquelicot (de papier) à la boutonnière pour honorer leurs défunts lors de Remembrance Day, le 11 novembre, en souvenir des champs de Flandres ensanglantés.

Inspiration

MIgnonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit déclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre…

Il est banal de rappeler la métaphore des fleurs et de la rose en particulier pour signifier la beauté, la jeunesse qui fâne, la femme, le temps qui passe en général. Balzac et le Lys dans la Vallée, Baudelaire et les Fleurs du Mal, Alexandre Dumas et la Dame aux Camélias, ces mêmes camélias qui devinrent le symbole de Chanel. De la English Rose, aux flower children de la contre-culture aux Etats-Unis, aux arums de Georgia O’Keeffe, des iris, tournesols, et des coquelicots de Van Gogh, aux tissus Liberty anglais, aux Indiennes mordancées importées par la Compagnie des Indes dès le XVIIème siècle, les fleurs sont une source d’inspiration intarissable. Elles se peignent, se brodent, s’incrustent dans les tables de marbres et de pierres précieuses en Italie, pietre dure. Elles s’impriment sur les créations haute-couture: perles de muguet, orchidées, tournesols, iris, violettes, prennent formes de robes en forme de corolles de la maison Dior. Le parfum poudré inodore et suggéré de coquelicot de Kenzo, est un autre magnifique oxymore. Peut-être parce que belle, mais fragile, la fleur est la quintessence de l’éphémère comme nous le rappelle le poète Ronsard, d’où la volonté de faire durer le plaisir en la fixant dans la représentation. C’est certainement dans la Florence médicéenne que la ville-fleur (Florence signifiant fleur) prend tout son sens. Avec le Printemps de Botticelli, la divinité Flore fait refleurir l’univers, elle n’est autre que Florence elle-même. Ne pas reconnaître les grands peintres de la Renaissance italienne, comme Léonard de Vinci, en tant que grands botanistes avant tout, reviendrait à dire que l’on a mal regardé leurs tableaux.

pietredurenathaliemonsaintbaudry 4

Photo par Nathalie Monsaint-Baudry.

Enfin, nous ne serions pas en France si la fine-fleur de notre gastronomie ne faisait pas appel à ces fioritures gustatives. La saveur poivrée des capucines viendra pimenter une salade, la fleur étoilée de la bourrache et sa couleur lavande rappellera le goût iodé de l’huître, cristallisée dans du sucre, elle se transforme en délicate fleur de sucre. Les soucis en infusion dans les huiles, en gelée, ou sous forme safranée apporteront un goût de radis. Les pétales de rose seront cristallisés, transformés en dessert glacé, ou gélifiés en confitures, et les fleurs de courgettes se retrouveront farcies ou délicatement traitées comme des beignets. Les pétales de coquelicot, la mauve et la guimauve, la violette, la pensée font florès dans nos assiettes.

Les fleurs ont toujours fait partie de notre santé, de notre beauté, de la symbolique et de notre vocabulaire : être à la fleur de l’âge, faire une fleur à quelqu’un, être une femme-fleur, être fleur bleue, un florilège, de la fleur de sel, être une fine fleur, se porter comme une fleur, à fleur de peau, déflorer, fleurer bon, conter fleurette, le fleuret dont la pointe est protégée par un bouton, jadis appelé “fleur de laine”, un fleuron… Bref, si l’on s’en tient au mot: fleur, du latin flos, il signifie la meilleure partie de quelque chose, et nous n’aurons qu’effleuré ce vaste sujet.

 


About the Author

French born and naturalized American, Nathalie Monsaint-Baudry lived in Italy and in the US - mostly in California - for about twenty years, studying linguistics in Italy, France and the US, art history, film studies and comparative literature. She earned a CAPES in 1990 from the French Ministry of Education. She majored in American Civilization Studies with a Master's degree from the University of Nantes, France. While in Los Angeles, she worked in pre-production and post-production for independent movie directors, films d'auteurs, translating for example, Elia Kazan's Beyond the Eagean with author and filmmaker, Michael Henry Wilson. Upon returning to France, she worked as a cross-cultural facilitator, professor & consultant. She is an essayist and contributor for various French and US magazines. Her articles, work and lectures are attempts to comprehend what happens when two very different cultures, languages, philosophical and aesthetic perspectives are at play within the same person. When the “can do” attitude collides with the Cartesian doubt, when“doing” and “being” are constantly negotiating and debating with one another. When “positive feedback” gets under the scrutiny of the French pique and critique. When simplifying is up against complexifying. She is married, two grown-up children (bi-cultural and multi-lingual), she managed a château in the Loire Valley for 8 years. She just finished restoring a XVth-XVIIth château near Nantes (Western France, by the Loire river), and is currently developing cultural projects combining her love for cooking, painting, music and her French life-style savoir-faire and savoir-vivre along with designing cultural retreats or expeditions to Italy. www.monsaintbaudry.fr http://pinterest.com/highcontext/conscience-esthétique/pins/ www.facebook.com/nathalie.monsaintbaudry



2 Responses to Plantes en fleurs semblables aux prairies, mauvaises herbes et diverses considérations sur les fleurs

  1. Connie says:

    A very good read Nathalie. Your skills and credentials are evident in all areas of your life. It is always a pleasure to be taken along on your journey.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


CAPTCHA Image
Reload Image
Back to Top ↑