Histoire

Published on juin 20th, 2016 | by Pascal Ordonneau

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L’Impasse de la Providence, Passage de l’Espérance, L’Impasse des Souhaits, Passage de la Confiance

La nomenclature des rues de Paris laisse beaucoup de place à la fantaisie, l’imagination, ou … l’absence d’imagination. Considérez le grand nombre de rues qui doivent leur nom au patronyme d’un propriétaire foncier, ou au prénom de son épouse, ou bien à l’idée qu’il se fait de la société et vous aurez déjà une petite idée de ces originalités.

On a indiqué dans une monographie que la rue de la Confiance croisait la rue de la Providence. On a rappelé que l’impasse du Désir était à deux pas de la rue de la Fidélité. On s’est amusé lorsqu’on a découvert que l’impasse Satan se trouvait à proximité immédiate du passage Dieu. Dans les lignes qui suivent on va découvrir que l’Impasse de la Providence (Ne pas confondre avec la rue de la Providence) est elle-même fort proche du Passage de la Confiance. On voit ainsi que les Parisiens sont, malgré les apparences, des gens de cœur et de conviction !

Toutes ces voies font parties du XXème arrondissement qui, jusque dans les années 1960, était une juxtaposition de villages qu’une urbanisation pas très bien contrôlée avait fait grandir et se télescoper les uns les autres. On y voyait des restes d’habitat rural, de vieilles cours de fermes, des puits à ciel ouvert dont les margelles étaient usées au point d’être lisses comme du marbre. Tout ceci respirait encore la province avec ses malheurs cachés et quelques odeurs de vieux foin et de cuir usé. Au-dessus des puits les manivelles devenues ferrailles auraient eu bien du mal à monter et descendre des seaux d’eau.
Très couleur locale… mais surtout très pauvre.

Depuis cinquante ans, tous ces secteurs qui se souvenaient d’un Paris d’autrefois, un Paris du XIXème siècle, ont été restructurés. De nouveaux bâtiments ont été élevés. Des écoles, des dispensaires, bibliothèques…

On commencera ici par l’impasse de la Providence. Elle n’est pas bien grande : d’une longueur de 63 m et pas très large : 3 m. De nos jours, elle est surtout bordée par des écoles et par une institution religieuse d’assistance aux démunis.

Un peu plus loin, on découvre une ruelle, l’Impasse des Souhaits, d’une longueur de 67 m et d’une largeur de 2,5 m. Je suis sûr que vous êtes très impressionnés par la logique incontournable qui régit tous ces noms de rues. Vous le serez encore plus lorsque vous saurez que l’Impasse des Souhaits ne s’est pas toujours nommée ainsi : Jusqu’à 1877, elle fut connue comme « Impasse de l’Espérance ». On ne glosera pas sur la différence ontologique entre Providence, Souhaits et Espérance. Je vous laisse méditer sur leurs rapports étroits respectifs et sur l’impérieuse nécessité qu’il y a eu de concentrer tant de noms si nobles dans des quartiers si modestes.

L’impasse des souhaits ne commence pas très gaiement. Elle est même à proprement parler « sinistre ». Je n’aimerai pas m’y trouver tout seul à deux heures du matin en hiver ! Elle est éclairée, ne vous y trompez pas ! On y a installé de magnifiques réverbères à l’ancienne. Leur dessin rappelle bien les temps anciens quand ils fonctionnaient au gaz. Aujourd’hui, ils sont alimentés en courant électrique. L’allumage est automatique et l’« allumeur de réverbères» au métier si poétique (rappelez-vous : c’est un personnage essentiel dans le Petit Prince, ce petit roman philosophique écrit par Saint Exupéry) qui œuvrait pour que la lumière fût a quitté les lieux depuis longtemps. Tout n’est pas noir dans cette impasse : tout au fond, on trouve quelques petites maisons indépendantes, charmantes, aux portes colorées et aux fenêtres ornées de fleurs.

Il faut maintenant en venir à l’impasse des Souhaits, auparavant dénommée impasse de l’Espérance, ce qui n’était pas contradictoire : l’espérance n’est-elle pas la condition nécessaire de la formulation d’un souhait. Quel souhait n’est-il pas le produit de l’espérance ?

Les souhaits ont rapport avec l’espérance, c’est certain mais en ont-ils avec la Confiance ? Vaste question que je pose à l’instant car l’impasse des Souhaits faisait face au passage de la Confiance ! D’une longueur de 89 m et d’une largeur de 2 m, ce passage-là n’était pas d’un gabarit si différent de celui de l’impasse de l’Espérance !

On dit que le nom de cette voie privée ne lui a été attribué qu’en 1877 par ses propriétaires. Il suivait une précédente désignation : impasse Meunier qui probablement correspondait à un nom de propriétaire immobilier plutôt qu’à un propriétaire de moulin.

On voit que si les Parisiens peuvent être fantaisistes dans l’attribution des noms de rues, ils sont capables de s’obstiner en distribuant des noms de vertus et de qualités morales même dans les endroits les plus improbables, en tout cas dans les endroits les plus pauvres de Paris.

Mais voilà, l’embûche. J’ai pu vous décrire ces petites voies sans importance parce que j’y suis allé. J’ai pris le métro et à partir de la Station Alexandre Dumas, je les ai retrouvées et j’ai pu les arpenter et les photographier.

Toutes ? Non pas ! Il en est une que j’ai recherchée pendant une demi-heure. Je n’y croyais pas. Ce n’était pas possible. Je l’avais trouvée dans mon plan de Paris. Je reconnais que l’édition n’en était pas récente mais je sais aussi que les rues de Paris ne changent de noms que très marginalement et surtout dans les endroits « chics ». A Paris, comme ailleurs je suppose, on ne s’occupe pas beaucoup de donner de nouveaux noms aux rues de quartiers « défavorisés. »

Donc, j’ai cherché mon passage de la Confiance qui avait disparu et je ne l’ai pas trouvé. Alors, il a bien fallu que je me rende à l’évidente : Le Passage de la Confiance avait été supprimé. Je ne le trouvais pas parce que mon plan trop vieux ne savait pas que la Confiance était sur le point de disparaître.

Etait-ce prémonitoire ? Cela annonçait-il quelque chose de grave sur le point de frapper la société française ? Cette question trouvera une bonne part de sa réponse dans d’autres tribulations parmi les rues morales et vertueuses de Paris.


About the Author

40 ans de banque chez plusieurs établissements français et anglo-saxons ; il est l’auteur de plusieurs livres sur l’économie et la banque, d’un livre de voyage, d’un roman et d’un livre sur l’Allemagne. Il écrit pour les journaux et la radio, dont les Echos, le Figaro, Huffington Post, Radio France International.



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