Art & Culture

Published on juillet 11th, 2014 | by Lucie Pierron

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Raw Vision – 25 years of Outsider Art

L’art Brut et la Halle Saint Pierre

En 1989, la revue anglo-saxonne Raw Vision est la première à défendre la création populaire hors normes et à lui donner une dimension internationale. Son rôle catalyseur, fédérateur, a permis l’engouement actuel pour cet art si peu connu dans les années 1980. Vingt-cinq ans plus tard, le mouvement bien loin de s’être essoufflé, connaît une grande renommée et, c’est à la Halle Saint Pierre, au pied de la basilique Montmartre que se tient l’exposition « Raw Vision » qui fait honneur aux 25 ans de l’art brut.

Le cadre est plaisant. Ancienne halle de style Baltard, ayant abrité autrefois un marché puis une école, l’exposition se tient sous la halle lumineuse et laisse le visiteur se balader dans le musée, qui jouxte le café et la librairie éphémère. L’ambiance y est donc décontractée, en rupture avec l’effervescence des touristes du monde entier qui gravissent la butte à quelques pas.

La halle Saint Pierre joue un rôle très important dans l’art brut en France. En 1995, elle présente l’exposition « Art Brut et Compagnie, la face cachée de l’art contemporain ». Cette exposition réunissait six musées en un : cinq collections majeures autour de la collection-mère de Lausanne, lui concédant alors la légitimité française et internationale pour présenter l’art brut et son actualité.

Un Art extraordinaire, une expérience haute en couleur
C’est donc un art extraordinaire et sans précédent qui est présenté ici. Raw Vision, c’est la volonté de présenter les œuvres des artistes marginaux et originaux qui se démarquent de ceux connus par la société. Ainsi, l’exposition rassemble des œuvres de toutes nationalités, anglaises, finnoises, russes, étasuniennes ou encore tchèques. Les artistes ont tous eu des parcours spécifiques et hors du commun.

Adolf Wölfi, né dans le canton de Berne, est abandonné par son père à l’âge de 7 ans puis est placé dans des familles paysannes dans lesquelles il exerce la fonction de chevrier ou valet de ferme. Suite à une arrestation pour attentat à la pudeur, il est interné à l’hôpital de la Waldau où il finira sa vie. Son œuvre est très variée, elle comprend des collages, des créations littéraires et des partitions musicales.

Dans une tout autre veine, Scottie Wilson, artiste écossais, est illettré et s’engage dans l’armée à l’âge de 16 ans. À son retour de la première guerre mondiale, il commence à travailler dans des fêtes foraines et des cirques. Après de multiples péripéties à travers le monde, il devient revendeur à Toronto au Canada et se met à dessiner dans son arrière boutique à l’âge de quarante ans. Les œuvres exposées à Montmartre sont toutes symétriques, présentant des influences indiennes ou du Moyen-Orient.

Art Brut 2

Pièces maîtres par Viljo Gustafsson. Photo par Lucie Pierron

Enfin, pour le finnois Viljo Gustafsson, ouvrier qui connu l’alcoolisme, la misère sociale et la solitude, l’art fut un moyen d’adoucir son existence. Les longues nuits d’hiver, chargées d’obscurités, étaient pour lui emplies de formes étranges. Elles ont nourri ses peintures, mais ont également influencé ses sculptures, représentant des animaux étranges sortis tout droit de son imagination. Ses œuvres sont donc un réel travail d’introspection et n’étaient pas destinées, en premier lieu à être exposées.

Le visiteur rencontre donc des artistes marginaux et entre dans leur monde par leurs œuvres. On peut voir toutes sortes d’œuvres d’arts exposées, ce qui fait également le charme de cette exposition. Les tableaux présentés sont soit réalisés à la peinture, à l’encre ou encore au stylo à bille. Les influences sont nombreuses compte tenu de l’éclectisme des artistes. Le spectateur se balade donc entre des peintures, des photographies, des statuettes ou encore, des sculptures en tous genres.

Art Brut 1

Bienvenue à Coney Island par Tom Duncan. Photo par Lucie Pierron

En effet, on ne cesse d’être surpris tout au long de l’exposition. Le manège de Coney Island de Duncan, présente un monde féerique. La fête foraine, la grande roue, les autos-tamponneuses et les vendeurs de glaces jouxtent une plage bondée, sur laquelle surfeurs et cachalots cohabitent. Enfin, rappelant le monde urbain, influencé par la seconde guerre mondiale, un tramway, un train et des avions arpentent le paysage dans le fond. Cette construction animée, qui met en mouvement tous ces personnages les uns par rapport aux autres, représente dix-huit ans de travail et sont donc une partie de la vie de Tom Duncan.
=> pour voir la structure en animation : http://www.dailymotion.com/video/xyd6iq_tom-duncan-dedicated-to-coney-island-andrew-edlin-gallery-at-the-armory-show-2013_creation

Après avoir regardé très précisément le manège de Coney Island de Tom Duncan, on arrive dans une salle où la minutie est de taille. Sculpture sur mine de crayons (de Dalton Ghetti), sur allumettes ou encore pointillisme. Le spectateur n’est pas au bout de ses surprises. On s’émerveille donc devant ces œuvres incroyablement précises. C’est la découverte d’un alphabet, d’une girafe ou d’un clou sur la mine d’un crayon de papier. Le résultat est impressionnant et très amusant !

Art Brut

Carved pencil Art par Dalton Ghetti – Giraffe. Photo par Lucie Pierron

Raw Vision – 25 Ans d’Art Brut – 8 septembre 2013-22 août 2014

La Halle Saint Pierre
2 rue Ronsard – 75018 Paris
Tel : 01.42.58.72.89
M°2 : Anvers, M°12 : Abbesses
Ouverture :
⁃ en semaine : 11h-18h
⁃ samedi : 11h-19h
⁃ dimanche : 12-18h
Tarif : 8 € – 6,5€ tarif réduit.

 


About the Author

Etudiante en sociologie et en sciences politiques à l'Université Paris Dauphine, Lucie baigne dans le monde culturel et particulièrement dans la musique. Pianiste, ouvreuse à la Philharmonie de Paris, elle désire s'orienter vers la production dans la musique classique, à terme. Voyageuse dans l'âme, Lucie a mené dernièrement une enquête de terrain de trois mois sur l'implantation des nouvelles Philharmonies polonaises (dans 15 villes différentes). Démocratiser la culture et la faire venir dans les milieux les plus défavorisés est une des missions qui lui tiennent le plus à cœur, justifiant son engagement au GENEPI, association favorisant l'intervention en prison.



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