Art & Culture

Published on juillet 4th, 2016 | by Kirsten King

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Notre Dame des Victoires de San Francisco — 160 Ans de Bonne Foi

Niché au cœur du centre-ville de San Francisco repose un bijou discret : l’église “Notre-Dame des Victoires.” Elle se trouve à moins d’un pâté de maisons de l’entrée de la Porte du Dragon de Chinatown, flanquée par les bâtiments hautains du Financial District. Compte tenu de la présence d’Union Square et ses nombreux centres d’intérêt à proximité, un battement de cils suffit pour que le piéton manque ce beau mais discret bâtiment perdu au milieu d’un paysage urbain chargé. Sa façade modeste et relativement moderne peut induire en erreur car, comme la ville qu’elle dessert, Notre-Dame des Victoires bénéficie d’une histoire riche en événements.

Our Lady of Victories

Notre Dame de Victoire

Une des premières congrégations ethniques de la Ville d’Or, Notre-Dame des Victoires entre en activité au milieu du 19eme siècle avec l’arrivée du prêtre français Père Langlois, lequel était parti en expédition en Oregon en 1842 avec un groupe de trappeurs canadiens français travaillant pour Compagnie de la Baie d’Hudson.
A l’époque, Le Père Langlois célébrait la messe dans l’église Saint-François (c’était alors une chapelle de l’armée) et livrait ses homélies en latin. En 1856, un homme du nom de Gustav Touchard acheta l’église baptiste qui allait devenir l’Église Notre-Dame des Victoires, dans le but de servir les catholiques français qui avaient immigré à San Francisco au cours de la ruée vers l’or en Californie.
Par décret papal, Notre-Dame des Victoires fut désignée église nationale française en 1887 et confiée à l’ordre mariste “à perpétuité.”
La Société de Marie (Maristes), qui fêtera son bicentenaire cet été, avait été organisée seulement 40 ans plus tôt à Lyon par douze prêtres qui, le lendemain de leur ordination, montèrent la pente forte de la colline de Fourvière, connue localement comme «la colline qui prie» – et, à son sanctuaire, promirent de consacrer leur vie au service des autres « dans l’esprit de Marie. »

L’église Notre-Dame des Victoires réussit à surmonter de graves épreuves et son histoire est pleine de hauts et de bas. Tout comme une grande partie de la ville, Notre-Dame des Victoires a été détruite par le grand tremblement de terre de San Francisco de 1906 et les incendies qui ont suivi. Après la dévastation de la catastrophe, l’église a émergé des décombres et des cendres et fut reconstruite en 1913. L’édifice roman qui réside maintenant sur Bush Street a pris comme modèle la Basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon, selon les plans conçus par Louis Brochoud; Elle a été reconsacrée en 1915. Le centenaire de la fondation originale de l’église a été célébré en 1956 et Notre-Dame des Victoires a reçu alors une plaque commémorative de la République de France. En 1984, la ville de San Francisco l’a classée monument historique. Cinq ans plus tard, l’église était endommagée par un autre tremblement de terre et des travaux de « retrofitting » lui permettront désormais de mieux supporter de futurs séismes. Un peu plus de cent ans après sa deuxième incarnation, Notre-Dame des Victoires est à présent presque éclipsée par les sites qui ont grandi autour d’elle depuis un siècle.

Fr. LeBihan and Fr. Girard

Fr. LeBihan et Fr. Girard

Aujourd’hui, l’église est également connue pour son école paroissiale: l’École Notre-Dame des Victoires. Fondée en 1924 par les Pères Henri Gérard et Louis LeBihan, le corps enseignant a été, pendant de nombreuses années, entièrement composé par des religieuses catholiques, les Sœurs de Saint-Joseph d’Orange – une congrégation religieuse qui existe depuis 1650, fondée dans la région du Puy en France. “The Little French School Downtown” reste un moyen d’expression de la culture française, unique dans son enseignement quotidien de la langue, coutumes, idées et valeurs françaises à tous ses étudiants.
Avec certains de ses diplômés en passe de gagner des prix prestigieux, l’école Notre-Dame des Victoires est désormais considérée comme un établissement d’enseignement qui encourage « une vision du monde inclusive et compatissante. »
Tant la paroisse que l’école recherchent activement à guider la communauté locale pour la sensibiliser aux questions difficiles que la société traversent ; des volontaires sont mobilisés pour aider à atteindre ceux qui ont besoin d’aide et de soutien.
L’église Notre-Dame des Victoires a établi un partenariat avec Saint-Vincent de Paul et avec eux livre régulièrement des fruits aux abris autour de San Francisco.
Pendant les dix dernières années, Notre-Dame des Victoires a aussi travaillé avec un groupe interconfessionnel dans le soutien de “Toiletries for the Tenderloin” – une campagne qui fournit des articles de toilette pour les plus démunis accueillis dans des hôtels dans les districts voisins. Notre-Dame des Victoires soutient également le projet Gubbio, un des seuls endroits de la ville où les sans-abris peuvent trouver un refuge et recevoir un petit-déjeuner dans une atmosphère familiale et protégée.
Egalement concernée par les conflits mondiaux, Notre-Dame des Victoires a récemment accueilli un concert organisé par « Movement for Migrants », dont les profits sont allés aux réfugiés syriens.

Église Notre Dames des Victoires_Interior

Intérieur de Notre Dames des Victoires church

Notre-Dame des Victoires s’est créée une place durable dans le Paris de l’Ouest, offrant des services catholiques traditionnels, ainsi que des formes plus universelles de culte chrétiens tels que les services Taizé, suivant les règles d’une communauté qui a sa propre histoire fascinante.
La communauté de Taizé a été instituée dans les années 1940 par Roger Louis Schütz-Marsauche, son fondateur suisse plus connu sous le nom de frère Roger. Décidé à réconforter et soigner les victimes du début de la Seconde Guerre mondiale, le leader monastique a mis en place un lieu de refuge à Taizé, une petite ville française alors non occupée par les troupes nazies.
Après la conversion d’une ferme abandonnée qu’il avait achetée, le Frère Roger a utilisé ce refuge pour cacher les enfants orphelins pendant le conflit et ceux chassés par la Gestapo. C’était ici, dans cette communauté religieuse non officielle, que ses membres ont échappé à quelques-unes des horreurs de la guerre, en grande partie grâce à la prière, sous toutes ses formes.
Dans les années d’après-guerre la communauté a cultivé un “type unique de service religieux publique… tiré d’un mélange éclectique de culte orthodoxe, bouddhiste / méditation hindoue, auxquelles s’ajoutent les anciennes traditions monastiques de prières chantées.” Frère Roger est mort poignardé par une déséquilibrée au cours d’un tel service en 2005 mais son travail est devenu un “phénomène international.”

Sisters of Orange

Sisters d’Orange

Notre-Dame des Victoires a été louée pour de telles approches éclectiques dans la célébration de ses messes, ainsi que pour sa gamme de musique qui “reflète la diversité des besoins et des goûts de [sa] congrégation,” – des genres qui incluent les ‘spirituals’ afro-américains, des hymnes de Southern Harmony, l’improvisation d’orgue anglo-catholique, des chants grégoriens ainsi que contemporains.
Les pasteurs à Notre-Dame des Victoires ont été complimentés pour leur accueil et l’intelligibilité de leurs sermons – ce qui n’est probablement pas surprenant dans un endroit aussi multiculturel et aussi chaleureux que cette ville.
Que l’on soit un amateur d’église ou simplement un passant curieux, Notre Dame des Victoires mérite une visite, ou à tout le moins un coup d’œil, de la part de toute personne se trouvant dans le quartier français.
L’atmosphère de l’église et son histoire ont beaucoup à offrir à toute personne disponible pour une pause loin des maisons victoriennes et des cloches des tramways, c’est a dire pour un peu de paix et de réflexion pour ceux qui sont prêts à donner une chance à une des plus modestes attractions de la ville.
Si l’envie vous en dit, la prochaine fois que vous vous trouvez dans les rues de San Francisco, prenez un moment pour connaître et apprécier ce sanctuaire qui a survécu à tant de chose – il a clairement été conservé pour une raison.

Footnote:
“Notre Dame des Victoires” est un qualificatif de la Vierge Marie qui rappelle la victoire navale catholique sur les forces ottomanes à la bataille de Lépante en 1571. Le pape Pie V avait invité tous les chrétiens à prier le Rosaire pour le succès de la Sainte Ligue dans cette mer.
http://www.ndvsf.org/church/ http://www.ndvsf.org/school/

Cet article a été traduit en français par Anne-Cécile Baer Porter.


About the Author

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Kirsten King is a keen traveler, currently interested in cultural studies. She has been teaching locally and abroad since 2006. Participating in French Quarter Magazine allows her to contribute to the sharing of culture and knowledge between our two countries - a joyful and exciting adventure.



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