Art & Culture

Published on août 19th, 2016 | by Pascal Ordonneau

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Rue de Paris: Place de la Concorde

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Photo par Pascal Ordonneau.

Située au bas des Champs Elysées et au sortir de la rue Royale et de la rue de Rivoli, la place de la Concorde longe la Seine entre le Cours de la Reine et le quai des Tuileries. Elle forme un rectangle (360 mètres sur 210) elle est « donnée » dans les classements internationaux pour une surface de 86 000 m2. Evidemment, tout le monde connait la place de la Concorde.

On y trouve une vue sublime sur l’avenue des Champs Elysées jusqu’à l’Etoile et même jusqu’aux tours de la Défense. En leur tournant le dos, ce sont le jardin des Tuileries et le Louvre. En considérant la Seine, on est face au Palais Bourbon, sorte de temple grec ou romain, en lui tournant le dos, on se retrouve, rue Royale et l’église de la Madeleine, elle-même temple grec ou romain. De la place, on perçoit les verrières du Grand Palais et les toitures du Petit Palais. Accoudé aux quais du Cours de la Reine, on admire la Tour Eiffel. Depuis le pont de la Concorde, c’est un enchantement de ponts et de monuments.

Dans Paris, la place de la concorde est un univers à part, elle parle d’architecture, de politique, d’art, d’urbanisme, de combats, de morts célèbres et de destins ravagés. Et pourtant, elle est bien jeune rapportée à l’ensemble des monuments et places de Paris. Elle n’apparait que dans le cours du règne de Louis XV, lorsque l’architecte Gabriel en lance les travaux. Jusque-là, elle n’était que le bout du jardin des Tuileries qui donnait sur un glacis défensif, via une passerelle dite « du pont tournant »au-dessus des fossés qui l’entouraient.

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Photo par Pascal Ordonneau.

Cette place est un véritable symbole de l’urbanisation moderne telle qu’elle fut lancée sous l’égide du roi Louis XV et en son honneur. Les grandes villes de France furent ainsi dotées de grandes places servant à mettre en valeur les statues monumentales du roi, surnommé le Bien-Aimé (au début de son règne). Les représentants de la ville de Paris voulant fêter la guérison du Roi à la suite d’une sérieuse maladie, décidèrent d’ériger une statue équestre qui ornerait le centre d’une place nouvelle sur laquelle aboutirait de nouvelles rues dont la rue Royale qui joint aujourd’hui l’église de la Madeleine à la place de la Concorde et la rue de Rivoli. La statue fut l’œuvre de Bouchardon. Elle ne résista pas à la Révolution Française. La place fut dessinée et bâtie sous la direction de l’architecte Gabriel. Les travaux seront achevés en 1763. Les projets initiaux de Gabriel ne furent que très partiellement exécutés, mais la Place de la Concorde ne cessât de faire l’objet d’aménagements jusque dans le milieu du XIXème siècle. En 1844, la place de la Concorde fut le lieu de l’expérimentation de l’éclairage électrique urbain. Les derniers grands aménagements datent de 1930-32 lorsque le pont de la Concorde fut élargi.

Aujourd’hui, la place de la Concorde est un croisement particulièrement chargé des avenues de Paris et le pont de la Concorde un des ponts les plus utilisés par les Parisiens. D’une taille exceptionnelle, elle compte parmi les plus grandes places urbaines du monde. Elle crée une sorte de rupture entre l’axe des Champs-Elysées et l’axe des Tuileries jusqu’au Louvre comme la place de l’Etoile crée une rupture sur l’axe, Paris-la Défense. A l’inverse des places construites antérieurement à Paris, place des Vosges ou place des Victoires, conçues comme des opérations immobilières autant qu’urbanistiques, elle n’est pas encadrée d’immeubles, mais seulement bordée au nord par deux grands Hôtels de style néo-classiques de Gabriel. Aujourd’hui, ils font l’objet de rénovation très lourdes, l’un est essentiellement occupé par l’Hôtel Crillon, l’autre l’était par le Ministère de la Marine. En bordure de la place de la Concorde, séparé de l’Hôtel Crillon par la rue Boissy D’Anglas, se trouve l’Ambassade des Etats-Unis. Que peut-on lui reprocher ? Hélas, elle est surchargée de voitures qui la traversent du nord au sud et d’est en ouest : se tenir sous l’obélisque en plein milieu de la place est un défi au courage et à l’intrépidité : il faut prendre le risque de traverser un flot permanent d’automobiles (même si des feux de circulation le canalisent) ; il faut s’apprêter à vivre un moment la vie des tranchées de 1915 bombardées aux gaz asphyxiants ; il faut enfin protéger ses oreilles, l’équivalent de 10 long-courriers semblent en permanence y atterrir et décoller.

L’organisation de la place de la concorde, sa destination, les bâtiments et ses nomenclatures diverses sont autant de marqueurs de la France Moderne. S’il ne serait pas juste de résumer l’histoire de la France aux évènements parisiens, il faut reconnaître que la place de la Concorde en a eu sa part et a eu à tenir son rôle dans des circonstances difficiles !

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Photo par Pascal Ordonneau.

Place Louis XV tout d’abord, elle affronte la Révolution, en perdant la statue du Monarque en 1792. Elle devient alors la place de la Révolution. A la fin de la période de la « Terreur révolutionnaire », en 1795, la place de la Révolution est renommée « place de la Concorde ». Le terme, on le voit, est plus neutre et prudent : la place de la Révolution a été un haut lieu de la symbolique révolutionnaire, comme on le verra dans les lignes qui suivent. Restons sur le nom dont elle est gratifiée. En 1826, le roi Louis XVIII, frère de Louis XVI décidait qu’en son souvenir, la place de la Concorde serait intitulée « place Louis XVI » et qu’une statue du roi décapité sera érigée. Le projet traînât, puis la révolution de 1830 qui chassât du trône Charles X, frère de Louis XVI et de Louis XVIII, le fit définitivement tomber dans les oubliettes. La question « politique » qui transformait l’aménagement de la place en un véritable casse-tête disparaitra en 1836 avec un aménagement majeur et complètement apolitique (selon les standards de l’époque) : l’installation en plein milieu de la place, de l’obélisque de Louxor donné à la France par le Vice-Roi d’Egypte.

Politique cette place ? C’est un fait qu’elle a été, à partir de la Révolution, un haut lieu de la politique dans ses fastes et dans toute son horreur ! En matière de faste, on sera bref, la place de la Concorde est depuis le Président Mitterrand le lieu où est installée la Tribune d’honneur du défilé de la fête nationale française, le 14 juillet. En matière d’horreur, la place de la Concorde fut un lieu où on guillotina activement durant la Révolution. La première décapitation qui s’y donnât au moyen de la guillotine concerne une bande de voleurs qui avait réussi à dérober les bijoux de la couronne dont le célèbre diamant bleu. La guillotine repartira ensuite place du Carrousel mais reviendra place de la Concorde pour décapiter Louis XVI, le 21 janvier 1793. Elle y restera de mai 1793 à juin 1794. Y seront « traitées » à peu près 50% des victimes de la Terreur, dont Marie-Antoinette, reine de France, Philippe d’Orléans (cousin de Louis XVI, qui, député révolutionnaire sous le nom de Philippe-Egalité, n’avait pas hésité à voter la mort de son cousin !) et Danton, un des chefs révolutionnaires ennemi de Robespierre. La dernière apparition de la guillotine sur la place de la Concorde (qui se dénommait alors encore Place de la Révolution), fut destinée à l’exécution de Robespierre, le 28 juillet 1794. La place de la Concorde n’a pas été de la partie pour les révolutions de 1830, puis de 1848. En revanche, elle sera, en 1934, le lieu d’un drame politique qui continue à marquer les esprits politiques en France : une manifestation de la droite et de l’extrême-droite s’étant rassemblée sur la place dans l’idée de « marcher sur le Palais-Bourbon », siège de l’Assemblée Nationale, la Garde Républicaine à cheval chargea la foule laissant 7 morts et 40 blessés.

Sur le plan architectural, la place est organisée autour de l’obélisque, surmonté récemment d’un pyramidion « doré à la feuille », et de deux gigantesques fontaines représentant l’une les océans, l’autre les fleuves. Des statues de «matrones » représentent quelques-unes des principales villes de France. Celle de Strasbourg fut endeuillée jusqu’au moment où, en 1918, l’Alsace, annexée par l’Allemagne en 1871, redevint Française. Se déploient aussi 20 colonnes rostrales et candélabres. Les sculptures dites des « chevaux de Marly » encadrent l’accès aux Champs Elysées et font pendant aux chevaux dominant l’entrée du jardin des Tuileries. Le dernier grand aménagement de la place consista en la suppression des fossés qui l’encadraient.

Sur sa partie sud, la place donne sur la Seine et ouvre le pont de la Concorde. Sa construction lancée en 1788 fut achevée en 1791. Il a changé de noms aussi souvent que la place ! Sa particularité, outre sa taille encore plus impressionnante depuis l’élargissement de 1930, fut d’être, pour sa partie supérieure, entièrement construite avec des pierres du Château de la Bastille. Lorsque celui-ci, symbole de l’oppression monarchique, fut emporté par la furie révolutionnaire, sa démolition fut très vite décidée et exécutée. Les pierres tirées de la destruction du château se retrouvèrent dans la construction du pont « de la Révolution ». Un vrai symbole (que tout le monde a oublié !!!)

Cet article a été corrigé en anglais par Aubrey Wadman Goetsch.


About the Author

40 ans de banque chez plusieurs établissements français et anglo-saxons ; il est l’auteur de plusieurs livres sur l’économie et la banque, d’un livre de voyage, d’un roman et d’un livre sur l’Allemagne. Il écrit pour les journaux et la radio, dont les Echos, le Figaro, Huffington Post, Radio France International.



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