Art & Culture

Published on décembre 5th, 2016 | by Pascal Ordonneau

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Les rues de Paris: La rue de la Bienfaisance

Elle déroule sa chaussée dans le VIIIème arrondissement de Paris. C’est une belle rue classique, pas trop large, 12 mètres, bordée de beaux immeubles en pierre de taille.

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Photo par Pascal Ordonneau.

Dans la plupart des villes, en France mais aussi, j’en suis sûr dans la plupart des pays du monde, des rues sont dénommées « Bienfaisance ». L’origine, bien sûr, tient aux vertus morales des populations quelles que soient les nationalités ou les religions ; souvent, le nom vient d’une institution religieuse ou laïque qui avait été établie pour remplir des œuvres de charité et distribuer ses bienfaits aux misérables et aux nécessiteux ; plus rarement, ce nom vient des actes d’une personne qui a marqué son quartier par l’attention qu’il portait aux autres.

Pourquoi, dans ces conditions, nommer la rue « bienfaisance » et non pas reprendre le patronyme de l’auteur des bienfaits ? Peut-être faut-il penser qu’un vrai bienfaiteur ne tient pas à la gloire posthume d’un nom de rue ? Peut-être faut-il imaginer que la modestie caractérisant celui-ci, ses amis et son entourage ont eu la délicatesse de ne pas marquer son nom sur les lieux mêmes où il exerçait son activité bienfaisante ?

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Photo par Pascal Ordonneau

Pour la rue de la Bienfaisance, à Paris, c’est exactement ce cas. Le bienfaiteur se nommait Goetz, il était médecin et se dévoua jusqu’à sa mort à la cause des pauvres. Il disparut en 1813. Peu de temps après, la rue prenait le nom qu’elle a conservée jusqu’à nos jours.

Ce n’est pas une rue bien remarquable. Elle est ancienne puisqu’elle mentionnée dans un plan de Paris du milieu du XVIIIème siècle. Elle était très courte jusqu’au moment où, en pleine Révolution française, il fut décidé d’en accroître la longueur en nivelant le sol pour lui permettre de joindre une des rues qui descendait du plateau de Monceau vers la Seine, la rue du Rocher.

La rue de la Bienfaisance naquit « administrativement » en 1793, sous la dénomination de « Rue de l’Observance » par référence à un couvent de l’Observance installé là au début du XVIIIème siècle. Puis elle porta le nom de «Rovigo ». Peu de temps après, il y a plus de deux cents ans, son nom « moderne » lui était attribué.

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Photo par Pascal Ordonneau.

La Rue de la Bienfaisance croise l’avenue de Messine à deux pas du Parc Monceau et de ses fameuses « grilles d’or ». Aujourd’hui, on pourrait dire qu’elle est à la frontière de deux quartiers emblématiques du Paris « Moderne ». Au Nord, on trouvera le très bourgeois, très « huppé » et très chic quartier dit de la « plaine Monceau », que le milieu du XIXème siècle a doté de magnifiques hôtels particuliers, d’immeubles imposants et de très larges avenues généreusement agrémentées de rangées d’arbres. Au Sud, c’est le quartier du faubourg Saint Honoré, plus ancien, bâti au XVIIIème siècle où se trouvent non seulement les boutiques de luxe les plus célèbres mais aussi les lieux du pouvoir, le Palais de l’Elysée et les grandes Ambassades. La rue de la bienfaisance est à la fois discrète et paisible, mélange de quartier résidentiel et de quartier d’affaires où on trouve cabinets d’avocats et départements spécialisés de banques d’affaires.

A l’opposé de l’avenue de Messine, face à son croisement avec la rue du Rocher, la rue débute en longeant une des rares églises « métalliques » de Paris : Saint Augustin. Elle fut, en effet, construite par l’architecte Baltard, aussi auteur des grands pavillons en fonte dans lesquels furent installées les Halles de Paris, jusqu’à leur transfert dans le sud de Paris, à Rungis. Audacieux, Baltard choisit de poser de construire l’église sur la base d’une ossature métallique et d’innover radicalement quant au mode de construction. En revanche, sur le plan « stylistique » le bâtiment surmonté d’un dôme gigantesque est de style « syncrétique » associant à peu près tous les formes possibles de toutes les époques depuis Byzance jusqu’au « genre Jésuite » !

Outre l’Eglise Saint-Augustin, de nombreux Hôtels particuliers ornent la rue : la plupart ont été construits au XIXème siècle, Hôtel de Broglie, Hôtel Van Blarenberghe, Hôtel de Ribes et ont abrité aristocrates, financiers et …demi-mondaines !

Et la demeure du Docteur Goetz ? Elle a disparu, victime de l’extension d’une école primaire !

Cet article a été corrigé en anglais par John Wilmot.


About the Author

40 ans de banque chez plusieurs établissements français et anglo-saxons ; il est l’auteur de plusieurs livres sur l’économie et la banque, d’un livre de voyage, d’un roman et d’un livre sur l’Allemagne. Il écrit pour les journaux et la radio, dont les Echos, le Figaro, Huffington Post, Radio France International.



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