Art & Culture

Published on août 15th, 2014 | by Lucie Pierron

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The Orient Express or the opening of a new world

« Notre randonnée ne nous conduisait pas seulement à travers l’espace, mais aussi à travers le temps. Nous marchions vers l’Orient, mais nous traversions aussi le Moyen Âge ou l’Âge d’Or …»
Herman Hesse, Le voyage en Orient, 1933.

L’Orient express : un trajet luxueux inédit et hors du commun.
Premier train rejoignant l’Occident à l’Orient, l’Orient Express marque une première révolution dans le monde des transports. C’est à George Nagelmackers que l’on doit cette innovation technologique qui sera à la base de l’ouverture de l’Orient. Lors d’un voyage aux Etats-Unis de 1867 à 1868, Nagelmackers découvre l’œuvre de Pullman et veut s’en inspirer. En 1876, il crée dans un premier temps la Compagnie Internationale des Wagons Lits (CIWL) qui assurera tous les déplacements de l’Orient Express.

George Nagelmackers instaure le trajet de l’Orient Express pour les classes très aisées, constituant une clientèle privilégiée (le prix du trajet était l’équivalent de 20 000 €). Le train traverse cinq Etats en Europe (France, Empire Allemand, Empire Austro-Hongrois, Bulgarie, Roumanie), supprimant toutes les correspondances et mettant à la disposition des passagers tout ce dont ils pouvaient avoir besoin.

Décors OE

Intérieur de l’Orient Express – Photo par Lucie Pierron

Les wagons en bois d’acajou, décorés de marqueteries et les œuvres de René Lalique, célèbre maître verrier, font de ce palace roulant un lieu incontournable pour les classes aisées. Le trajet à bord est donc presque plus important que la destination. Ainsi, les 42 passagers privilégiés de l’Orient Express dégustent tous les jours les mets les plus délicats dans des conditions idéales. Un « conducteur des wagons lits », présent dans chaque voiture est là pour répondre aux moindres désirs des passagers. L’intimité est également de mise. Dans les voitures on trouve de petits espaces privés réservés aux rencontres de courtoisies ; une lumière rouge indique si la voiture est occupée ou non. Poste crée par Nagelmackers, sur le modèle des conductors de Pullman dans ses trains de nuit, ce « majordome » fait partie intégrante du décor. La renommée de sa clientèle (Joséphine Baker, Agatha Christie…) et le coût du voyage participent à son prestige.

Les années 1882-1883 sont celles du lancement des nouveaux trains : ce sont les premiers trajets du Train Eclair de Luxe qui rejoint Paris à Vienne et du Train Express d’Orient qui relie Paris à Varna. Constantinople n’est à l’époque pas encore accessible par les rails. Les voyageurs s’y rendent en bateau par la Mer Noire. C’est en 1889 que la ligne directe Paris-Istanbul est inaugurée.

Un trajet qui se meut au rythme de l’Histoire et de l’évolution de nouvelles disciplines.
Le succès de l’Orient Express tient à son caractère exceptionnel, à son unicité mais également à sa constante adaptation au monde occidental.

Dans un premier temps, les trajets du train s’adaptent à la géopolitique de l’Europe. Suite à la première guerre mondiale, ce sont trois Empires qui s’écroulent : l’Empire Ottoman, l’Empire Austro-hongrois et l’Empire Allemand. Avec l’exacerbation des nationalismes, les trajets sont donc considérablement refaçonnés et les itinéraires modifiés : l’Orient Express désigne désormais un réseau de villes européennes rejoignant Istanbul. Cette ville se développe en partie grâce au prestige de ces trajets : capitale d’un empire en déclin, elle retrouve son attrait grâce à l’avènement du chemin de fer.

Carte trajets

Carte du trajet, le Simplon Orient. Photo par Lucie Pierron

Ainsi, en 1920 l’Orient Express circule à nouveau. Le trajet privilégié était celui du Simplon Orient. Reliant Venise par le tunnel du Simplon, il est le lieu des années folles et des voyages de noces.
Cette nouveauté introduit un nouvel aspect. La compagnie de Nagelmackers se développe également en fonction des projets technologiques ou d’infrastructures qui voient le jour. Le Simplon Orient doit sa renommée au tunnel creusé sous les Alpes, reliant la Suisse à l’Italie, accélérant le voyage et lui offrant une ouverture vers de nouvelles contrées désormais accessibles comme Zagreb et Sofia. Les wagons bénéficient aussi de nouveautés. Initialement construits en teck, ils sont à présent fabriqués en métal et peints en bleu avec un double liseré jaune-doré, détails qui feront sa renommée internationale. Le train vit donc à l’heure des progrès dits « technologiques » suite à la seconde Révolution industrielle.

Affiche OE

Production de posters par de fameux artistes comme Rysselberghe qui a commencé une tradition qui dure – Photo par Lucie Pierron

D’autre part, le train mythique marque le début de la communication. En attestent les nombreuses affiches qui promeuvent les différents voyages. George Nagelmackers confie le soin des affiches à des artistes de renom comme Rysselberghe initiant alors une tradition pérenne. Pour vanter les voyages proposés, ces affichistes s’inspirent des représentations pittoresques et exotiques du Bosphore ou de la Grande Mosquée d’Istanbul. Les agences de la CIWL mettent également à disposition des brochures et documents détaillant les différentes prestations pour donner de la matière au rêve. Les premiers communiqués de presse ont également lieu à cette période. C’est en octobre 1883 que Nagelmackers invente le « voyage presse » lors du trajet inaugural de l’Orient Express. Des écrivains, des journalistes, des diplomates, des militaires et des personnalités sont à bord du train pour son premier trajet. Ils ont été invités dans le but de faire la promotion de ce nouvel itinéraire hors du commun.

Le train de Nagelmackers marque donc une avancée de la communication, du tourisme et de l’attrait pour l’Orient dans les hautes sphères des sociétés européennes dans une Europe et un Moyen Orient en pleine transformation politique et diplomatique.

Un attrait littéraire et cinématographique mythique pour l’Orient Express – L’Orient fantasmé.
« à cinq heures du matin, en gare d’Alep, stationnait le train désigné sous le nom pompeux de « Taurus Express ». Le Crime de l’Orient Express, Agatha Christie.

Cet attrait pour l’Orient est caractéristique de la société du XIX° siècle. De Chateaubriand à Victor Hugo, en passant par Delacroix, tous les artistes idéalisent le monde oriental « exotique » à leurs yeux, à travers les harems, les mosquées… Au XX° siècle, cette vision devient plus fidèle grâce à l’avènement de la photographie et aux récits plus réalistes. Ainsi Pierre Loti emprunte très fréquemment l’Orient Express pour entreprendre ses voyages qui sont la source de ses récits, comme Aziyadé en 1877. Le train permet donc de satisfaire cette « soif de l’Orient » en toute sécurité, alors que jadis les routes étaient très incertaines et aléatoires. Ce voyage permet de confronter les réalités observées et celles rêvées, c’est confronter le bazars de rêves aux souks de la réalité. Là encore Pierre Loti est très significatif de cette confrontation. Orientaliste convaincu à ses débuts, il rejette ce mouvement à la fin de sa vie, dénonçant l’Occidentalisation de l’Orient dû au développement du tourisme.

L’influence littéraire n’est donc pas des moindres. Agatha Christie voyage aussi avec l’Orient Express à maintes reprises. Le métier de son mari, archéologue en Syrie, l’amène à emprunter les wagons qui inspireront le drame qu’elle écrit. Avec Le Crime de l’Orient Express, elle met le célèbre train à l’honneur et crée un drame dans ce huis-clos angoissant d’un train bloqué par les neiges yougoslaves.
Une petite touche joviale et nostalgique pour finir, avec la scène de Bon Baisers de Russie, dans lequel 007 est interprété par Sean Connery et qui met à l’honneur le train mythique et notamment la voiture-restaurant de manière plus contemporaine. A vos souvenirs…

 


About the Author

Etudiante en sociologie et en sciences politiques à l'Université Paris Dauphine, Lucie baigne dans le monde culturel et particulièrement dans la musique. Pianiste, ouvreuse à la Philharmonie de Paris, elle désire s'orienter vers la production dans la musique classique, à terme. Voyageuse dans l'âme, Lucie a mené dernièrement une enquête de terrain de trois mois sur l'implantation des nouvelles Philharmonies polonaises (dans 15 villes différentes). Démocratiser la culture et la faire venir dans les milieux les plus défavorisés est une des missions qui lui tiennent le plus à cœur, justifiant son engagement au GENEPI, association favorisant l'intervention en prison.



One Response to The Orient Express or the opening of a new world

  1. Orient express is also equal to the open up of world. Because the train gives the luxury pleasure of travel as a person can get the pleasure of travelling world. These feelings is as like as heaven on earth.

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