Art & Culture

Published on mai 26th, 2017 | by Lucie Pierron

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Thomas Kaplan et sa «collection Leiden» sortent de l’ombre au Musée du Louvre

Quand on pense aux plus grands collectionneurs privés d’art, on cite en première position David Geffen, magnat des médias, puis l’américain Eli Broad, le grec Philip Niarchos, les frères Nahmad en quatrième et cinquième position (issus de la principauté de Monaco) et en sixième position le français François Pinault. Parmi eux, de nombreux exemples illustrent le lien fort établi entre ces collectionneurs américains et les musées français. L’exemple récent du couple américain Hays est symbolique. En novembre 2016, Spencer et Marlène Hays, propriétaires d’une collection référençant quelques 600 œuvres du XIX° et XX° siècle signent la donation de 187 œuvres (estimées à 173 millions) au Musée d’Orsay, établissement mettant à l’honneur l’art pictural du XIX° siècle.

Mais dans cette liste, aucune référence à Thomas Kaplan. Qui est donc ce milliardaire américain, collectionneur d’art, qui expose sa collection au musée du Louvre du 22 février au 22 mai ?

Thomas Kaplan : un collectionneur d’art peu connu du grand public

Si certains collectionneurs communiquent beaucoup sur l’acquisition de leurs œuvres d’art et sur l’importance et la valeur de leur collection, Thomas Kaplan a quant à lui, plutôt choisit la discrétion. Milliardaire américain, philanthrope et collectionneur d’art, il est d’abord connu en tant que président de The Electrum Group LLC, société gestionnaire de placements privés qui investit dans des marchés boursiers publics et des sociétés privées.

Sa particularité de collectionneur d’art n’est connue que secondairement. Pourtant la collection de Thomas Kaplan et de sa femme Daphné Recanati Kaplan est des plus intéressantes. Faisant toujours référence à leur patrimoine sous le titre de «Collection Leiden» (en référence à la ville natale de Rembrandt), leurs œuvres font, au fil des années, l’objet de dépôts anonymes dans une quarantaine de musées, dont le Metropolitan Museum et le Getty. A cet anonymat, s’ajoute un sens du partage public : le collectionneur et sa femme n’ont pas la volonté de se constituer un musée privé cloisonné entre les quatre murs de leur propriété. Ils décident donc d’exposer leurs œuvres dans des lieux publics, sous l’unique mention de «Leiden Collection.»

Les Kaplan détiennent aujourd’hui 250 œuvres dont onze toiles et 9 dessins du maître Rembrandt. L’exposition au musée du Louvre est d’ailleurs l’occasion pour le couple de voir, pour la première fois, leurs œuvres réunies dans un seul et même endroit, ce qui permet à Thomas Kaplan de réaffirmer que la collection «ne comporte pas d’erreur majeure,» comme il le soutenait en mars 2016. Ainsi, en 2017, à Paris, la collection privée la plus importante dédiée à l’art flamand sort donc de l’ombre.

Une exposition qui rend hommage au Siècle d’or hollandais

Bien que le cœur de l’exposition soit constitué des onze toiles et des neuf dessins de Rembrandt, ses pairs compatriotes, à savoir Jan Steen, Jan Lievens, Frans van Mieris ou Gerard Dou (dont le couple a acquit une douzaine d’œuvres) seront également exposées à cette occasion. Les œuvres présentées appartiennent à deux types : des portraits et des scènes de genres.

Parmi ces chefs d’œuvres, seront présents «La Minerve» de Rembrandt, issue d’une série de portraits représentant des femmes fortes et des déesses de la mythologie, «Portrait d’un homme en manteau rouge» de Rembrandt ou «l’Age d’Or» de Jan Brueghel et le cercle de Pierre Paul Rubens. L’ensemble de la collection Leiden est d’ailleurs disponible en ligne, depuis le 23 janvier 2017, accessible depuis le site internet du Louvre, pour les curieux qui voudraient découvrir en amont les chefs d’œuvres flamands exposés lors de cette rétrospective.

Thomas Kaplan : collectionneur salvateur pour l’Etat français

Seule exception de la collection : «l’Eliezer et Rebecca au puits» de Ferdinand Bol. Pour comprendre ce cas particulier, il s’agit de revenir sur l’historique de cette toile. En 2009, alors que Thomas Kaplan vient d’acquérir la toile de Bol, il apprend que le Louvre avait été sous-enchérisseur pour cette même toile de l’élève de Rembrandt. Il décide alors de proposer la toile en dépôt au Louvre, opération extraordinaire pour ce musée qui n’a pas pour habitude d’accepter les prêts à long terme des collections privées. Et les Kaplan ont décidé d’aller encore plus loin en faisant don de la toile au Louvre. Tout comme le couple Hays, les milliardaires américains aident la France à mener à bien sa mission d’acquéreur d’œuvres d’arts. Et nous en avons grandement besoin.

En effet, pour rappel, l’Etat français a aujourd’hui cinq leviers d’actions pour étoffer ses collections nationales. Il peut en acquérir avec de l’argent public (et avoir recours à des crédits d’acquisition), accepter des dations en paiement des droits de succession, faire des achats en vente publique avec la mise en œuvre du droit de présomption, demander à des entreprises de faire des achats pour le compte du trésor public ou encore susciter des donations via les collectionneurs. Compte tenu de la santé actuelle des finances publiques françaises, c’est bien cette dernière solution qui est la plus envisagée, et des collectionneurs comme Thomas Kaplan permettent de participer au renouvellement des collections françaises. Il songe également à laisser en dépôt un Rembrandt au Louvre d’Abou-Dhabi lors de la prochaine exposition dans cette annexe du Louvre, en 2018. Et nous apprécions énormément sa générosité et nous lui disons merci.

 

Cet article a été traduit par Anne-Cécile Baer Porter and John Wilmot.

Photo d’entête: lemonde.fr


About the Author

Etudiante en sociologie et en sciences politiques à l'Université Paris Dauphine, Lucie baigne dans le monde culturel et particulièrement dans la musique. Pianiste, ouvreuse à la Philharmonie de Paris, elle désire s'orienter vers la production dans la musique classique, à terme. Voyageuse dans l'âme, Lucie a mené dernièrement une enquête de terrain de trois mois sur l'implantation des nouvelles Philharmonies polonaises (dans 15 villes différentes). Démocratiser la culture et la faire venir dans les milieux les plus défavorisés est une des missions qui lui tiennent le plus à cœur, justifiant son engagement au GENEPI, association favorisant l'intervention en prison.



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