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Published on décembre 5th, 2019 | by Pascal Ordonneau

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Le quartier des Amériques : situé dans le XIXème arrondissement au Nord-Est de Paris entre le parc des Buttes-Chaumont et le parc du Chapeau Rouge

Nos promenades parisiennes à la rencontre des rues qui aiment à parler des Etats-Unis nous conduirons parfois vers des lieux inattendus.

Paris est plein de surprise. Songez que le Passage Dieu est à deux pas de l’Impasse Satan. Vous pensez que je plaisante et que je cherche à créer la surprise pour mieux attirer votre attention ? Il faudra vous y habituer : Paris n’est pas à une originalité près. Un autre exemple ? Voici une rue aujourd’hui dénommée « bleue » comme la couleur. Autrefois, elle était dénommée « rue d’Enfer. » Dans son prolongement, se trouvait une rue, portant le beau nom de Paradis !!! Ce nom-là est resté, mais pas l’autre « la rue d’Enfer » est devenue « rue Bleue. » Ainsi à Paris quand « on sort du bleu » c’est pour aller au Paradis.

Pourquoi tant de précaution avant d’aborder le quartier des Amériques ? Vous allez le découvrir en vous promenons dans les rues et le long des maisons de ce charmant secteur de Paris. Première surprise : On aurait pu penser à donner le nom « Amériques » à un secteur très moderne de Paris, dans le genre de Manhattan. Le quartier de la Défense qui frappe par la modernité de son architecture, la hauteur de ses tours et ce monument unique au monde qu’est le « cube » aurait bien mérité d’être américain. On aurait pu le penser, mais en fait, c’est l’inverse exactement !

Le quartier des Amériques est situé dans le XIXème arrondissement au Nord-Est de Paris entre le parc des Buttes-Chaumont et le parc du Chapeau Rouge.

Urbanisé au cours du XIXème siècle, le quartier des Amériques est sillonné de petites rues, ruelles, passages, et construit de pavillons et de petites maisons. On y trouve toute la hiérarchie sociale qui s’exprime dans les bâtiments, les maisons et les villas. Toute une partie du quartier au-dessus de la rue de la Mouzaïa est construite de petites maisons. Elles étaient destinées à une population d’ouvriers. Tout autour, prospérait un glacis d’entreprises en tous genres. Quartier ouvrier, quartier de révoltes, il sera marqué par celle de la Commune de Paris en 1871. De nos jours, les usines et les ateliers ont été repoussés en dehors de Paris et le quartier des Amériques a été réhabilité par les fameux « bobos », bourgeois-bohèmes. Les petites maisons « pauvres et modestes » sont devenues pimpantes et un peu clinquantes.

Un peu plus loin du côté des rues de la trilogie républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité, s’exposent des façades plus bourgeoises. Leur style est composite comme aiment souvent les Français. Il est vrai qu’il est tant de modèles de tous les siècles qu’on a l’embarras du choix et que personne ne s’étonne lorsqu’une maison récente ressemble à un petit manoir de la Renaissance ou à une ferme normande avec son toit de chaume ou encore à un chalet montagnard. Enfin, dans une autre partie de ce petit quartier ce sont de véritables « hôtels particuliers », ce qu’on nomme aussi des « maisons de ville » pour montrer qu’on peut vivre à Paris dans une maison et non dans un immeuble collectif si on est suffisamment riche. Certaines d’entre elles sont rassemblées dans le « Hameau du Danube. »

Pour prendre l’air et profiter d’une vue magnifique sur les alentours de Paris, on se rendait en famille au parc du Chapeau Rouge qui doit son nom à une « guiguette » où on allait boire du vin des côteaux parisiens.

Une magnifique église dédiée à Saint François d’Assise domine tout le quartier. Plus modestement, on trouve place des Fêtes, l’église des « Antoinistes » : elle rassemble les membres d’une secte qui croient que la mort n’existe pas.

Le quartier est très verdoyant, car, à Paris, qui dit « maisons de ville » ou « maisons ouvrières » dit jardins, lilas, lierres, fleurs grimpantes, petites parcelles de gazon, parterres de fleurs. C’est un ravissant dédale de petites rues qui débordent de verdure, éclairées des traditionnels réverbères parisiens. Certains guides parlent de « Labyrinthe. » C’est aller un peu loin ! On ne peut pas se perdre, la plupart des rues et passages formant une sorte de damier. Il faut s’y promener lentement et se glisser dans des passages qui n’ont pas plus de trois mètres de largeur. Pas d’automobiles, ni motos, ni rien qui roule, on va à pied. Les branches débordent et filtrent le soleil. Au printemps, par une belle journée ensoleillée, c’est un enchantement. Est-on encore à Paris ? N’est-on pas dans un de ces « villages » qui font de la résistance. Des morceaux de campagne qui luttent contre la progression de la ville, opposant les charmes des petites maisons à la froideur des grands ensembles.

On a un peu rêvé, on s’est promené dans des rues bien modestes qui portent de beaux noms, Liberté, Egalité, Fraternité, Progrès, Prévoyance, Solidarité ; à Paris, les grandes idées ont de petites rues ! les grands hommes aussi : Verlaine et Rimbaud ont leurs rues, à deux pas l’un de l’autre.

On était à Paris sans y être. On était dans le quartier des Amériques. Mais, au fait, pourquoi « le quartier des Amériques ? » Et pourquoi ces petites rues et ces charmantes maisons quand s’imposait à Paris la construction d’immeubles face à l’accroissement incessant de la population ?

Prenons les problèmes les uns après les autres : la raison de ces petites constructions se trouve dans le sous-sol où couraient des carrières de plâtre et de gypse. Elles furent exploitées pendant tout le XIXème siècle jusque dans les années 1880, le plus souvent en souterrain, rendant les sols en surface particulièrement fragiles. Il était impossible d’y bâtir des immeubles de plusieurs étages. Le quartier des Amériques n’est pas le seul quartier à être suspendu au-dessus du vide ! Paris doit ses belles maisons en pierre « de taille » et ses immeubles enduits de plâtre à ses ressources géologiques.

Enfin, il faut qu’on y vienne, pourquoi, le quartier est-il dit « des Amériques ? » 

Avant de se nommer ainsi, il porta quelques temps le surnom de « quartier des Carrières d’Amérique ». Personne ne sait trop bien pourquoi les carrières de gypse auraient été américaines ! Ce serait le fruit d’une légende « économique » : le gypse des carrières du quartier possédait d’exceptionnelles qualités esthétiques et mécaniques. Si exceptionnelles qu’une partie de la production des carrières aurait été expédiée aux Etats-Unis pour la construction de nombreux immeubles de la côte Est ! C’est ainsi que du plâtre aurait servi à édifier la Maison-Blanche, à Washington. Mais aussi, aux Etats-Unis, on commençait à construire très haut. Il fallait donc du bon matériau. Et la France en produisait. Jolie histoire n’est-ce pas… mais ce n’est qu’une histoire !


About the Author

a 40 ans de banque chez plusieurs établissements français et anglo-saxons. Il est l’auteur de plusieurs livres sur l’économie et la banque, d’un livre de voyage, d’un roman et d’un livre sur l’Allemagne. Il écrit pour les journaux et la radio, dont les Echos, le Figaro, Huffington Post, Radio France International.



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