Art & Culture

Published on avril 27th, 2020 | by Laurence de Valmy

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S’évader et voyager virtuellement avec l’artiste Bertrand Goalou

Bertrand Goalou est un artiste peintre français globe trotteur. Il explore le monde en particulier l’Afrique et l’Asie pour capturer avec ses pinceaux des moments du quotidien et les transformer en toiles colorées et pleines de vie.

Globe-trotting Artist Bertrand Goalou. River Nile, Cairo, Egypt. Copyright © Bertrand Goalou.

Il est passionné par la ville et la mobilité urbaine. Passion qui nourrit simultanément son art et son métier d’ingénieur urbaniste. En cette période de confinement, l’artiste a lancé une nouvelle série intitulée #virtualtravels “je propose à travers mes tableaux une nouvelle destination chaque jour. C’est à la fois une démarche d’évasion, de partage et d’échanges.” 

Il rêve de pouvoir reprendre ses voyages artistiques dès que la situation le permettra et de collaborer avec un auteur(e) pour “prolonger par l’écriture, la poésie et les histoires de mes tableaux.”

Un artiste amoureux de la diversité culturelle, des échanges et des couleurs, qui nous invite à s’évader quotidiennement sur ses différentes plateformes digitales dont son site internet ou son compte Instagram @bertrandgoalou qu’il a récemment lancé. 

Quel est votre parcours artistique ?

L’acte de création, l’art et les voyages de découverte ont toujours fait partie de ma vie. Ces passions se conjuguent à mon activité d’ingénieur-urbaniste spécialisé dans le secteur de la mobilité urbaine, aujourd’hui au service d’institutions de développement. J’ai une véritable passion pour la ville, ses typologies, pratiques et sociologies, particulièrement celles des villes des pays émergents d’Afrique et d’Asie. Ces traits se retrouvent fortement dans mon travail artistique et mes tableaux.

Mon parcours artistique s’est nourri de pratique, d’échanges et de découvertes. Sans suivre de formation artistique académique, j’ai fréquenté l’école des Beaux-Arts et en parallèle de mes études d’ingénieur-urbaniste, j’évoluais dans le monde associatif et artistique.’ C’est aussi le temps des premiers projets à l’étrangers, principalement en Afrique. Une révélation, l’expérimentation et jaillissement de couleur s’imposent alors à mon travail artistique. C’est aussi à ce moment que l’individu a trouvé sa place au centre de mon travail.

Cette relation entre voyage de découverte et création artistique s’est rapidement imposée comme une source intarissable d’inspiration depuis plus de 20 ans. Mes tableaux sont principalement des acryliques sur toiles, souvent de grand formats. Ces dernières années j’ai aussi développé une technique mixte alliant polychromos et Digigraphie. J’ai eu la chance d’exposer dans de nombreuses villes en France dont l’iconique Pont-Aven et dans plusieurs pays d’Afrique à l’invitation répétée des centres culturel français, comme au Niger, au Cap-Vert et en République Démocratique du Congo. A chaque fois des moments d’échanges très forts. Sur mon site internet je partage régulièrement mes nouvelles réalisations, de nouveaux projets et des expositions thématiques temporaires (la dernière est ‘urban mobility series 2020’). 

Colorful Urbanscape, Anatananarivo, Madagascar, Polychromos et Digigraphie® lamine sur Dibond®, 80 x 60 (cm), 2020. Copyright © Bertrand Goalou.

Quel est votre objectif à travers vos œuvres ?

Mon travail vise avant tout à révéler des instantanés de vie, nourris de lumière et rencontres. Je cherche à capturer la lumière et l’énergie que dégagent les villes, lieux et individus que je découvre lors de mes voyages. Mon œil est résolument optimiste, je cherche à révéler dans mes peinture la vie, la poésie et la beauté de ce qui nous entoure. Il ne faut certainement pas ignorer les difficultés et souvent l’extrême pauvreté auxquelles font souvent face les populations des villes que je dessine. Toutefois, ce qui m’intéresse en tant qu’artiste c’est de restituer la beauté et l’énergie émanant des scènes que j’observe et ressens, de mettre à l’honneur des anonymes. Chaque tableau naît d’un moment réellement passé quelque part, les lieux et personnes figurants sur mes tableaux existent. Ainsi j’ai longtemps intitulé mes expositions de peintures ‘haskan Ku,’ ‘votre lumière’ en Haoussa (langue aux très nombreux locuteurs en Afrique l’Ouest) pour souligner cette idée de restitution. 

Mes tableaux sont aussi une forme de témoignage. Je documente la ville et ses multiples visages, modes de vies et pratiques, principalement dans les villes du sud qui sont en pleine mutation. Il est intéressant de constater qu’au fil des voyages, similitudes et contrastes entre les différentes villes se dégagent à travers les séries. 

Ma démarche de déambulation consiste réellement à flâner en ville selon un fil conducteur tout en cherchant à m’égarer et à voir où mes pas me mènent, carnet de croquis et crayons dans le sac et iphone en poche. C’est toujours l’occasion de découvertes, d’émerveillement, de rencontres et de moments inattendus et uniques. Ce sont ces moments d’immersion et de lâcher-prise que je cherche ensuite à restituer dans mes tableaux. Par la couleur, le trait et les aplats, mon but est de suggérer ces moments avec le plus d’authenticité possible. 

City Market, Lagos, Nigeria, Polychromos and Digigraphie® laminated on Dibond®, 80 x 60 (cm), 2017. Copyright © Bertrand Goalou.

Vous êtes un artiste globe-trotteur, d’où est venu ce goût pour l’ailleurs ?

Ce goût pour l’ailleurs s’explique par une insatiable envie d’aller voir, d’une curiosité alimentée encore un peu plus à chaque nouvelle découverte. Notre monde est beau et regorge de diversité. Il a tellement à nous offrir. L’appellation d’artiste globe-trotteur me plait beaucoup.

Quels sont les artistes qui vous ont ou vous influencent le plus ?

J’aime l’art sous toutes ses formes. J’admire et me nourris des œuvres de Jean-Michel Basquiat, de Paul Gauguin, du sculpteur Ousmane Sow, du photographe artiste contemporain JR, du stencil artist urbain C215 (Christian Guémy), du graffeur et peintre Bansky, et d’artistes carnettistes comme Tituan Lamazou et ceux mis en avant par Michel Renaud. Les œuvres des grands peintres italiens de la Renaissance m’ont toujours fasciné. La musique et les ambiances sonores m’inspirent beaucoup, une autre forme d’art.

J’aime les couleurs medium et franches, hier sous le pinceau de Gauguin et celui des impressionnistes et aujourd’hui sous les pochoirs et les bombes de C215 ou de Bansky. J’aime aussi quand alliée à la couleur la spontanéité de l’acte de création transcende l’œuvre. Cette urgence de création animait le prolifique Basquiat.  La virtuosité des peintres italiens de la Renaissance nous a laissé des œuvres empreintes d’une poésie folle, parfois légère et souvent tragique, et où les individus et les émotions sont les éléments centraux des tableaux. Les sculptures monumentales d’Ousmane Sow dégagent une puissance inouïe. L’exposition de ses œuvres sur le pont des Arts à Paris il y a une vingtaine d’années et ce message m’avaient réellement marqué.

Les techniques de collage photographique monumental de l’artiste JR transforment des morceaux de villes entiers et des panoramas urbains en œuvre d’art. Je recommande vivement la TED Talk qu’il a donnée en 2011 (JR – my wish: use art to turn the world upside down). J’aime beaucoup cette idée de rendre l’art à chacun comme il le fait, et de pouvoir transformer la ville tout en alertant sur les sujets de société. L’artiste C215 propose des portraits d’illustres personnages et d’anonymes avec un traitement identique et la constante de choisir des hommes et femmes ‘admirables’. 

J’aime les artistes curieux du monde qui les entoure. Les témoignages prennent différentes formes et parfois celle de carnets de voyages comme ceux de Titouan Lamazou. Ces artistes voyageurs doivent beaucoup à Michel Renaud qui en France a largement contribué à développer cette forme d’art. Journaliste, sociologue, photographe, ambassadeur de la francophonie et surtout voyageur insatiable, il a fondé en 2000 le ‘Rendez-vous du carnet de voyage’ qui est rapidement devenu l’événement de référence annuel dans ce domaine en France. Il fut malheureusement victime des effroyables attentats de Charlie Hebdo à Paris en 2015. Aujourd’hui, ce rendez-vous annuel et sa devise ‘il faut aller voir’ continuent à inspirer les artistes voyageurs. Le dessin de voyage est une forme d’art à part entière.

Parlez-nous de votre projet actuel #virtualtravels

Il s’agit de s’adonner quotidiennement à un voyage à travers l’art. Le concept est simple, je propose à travers mes tableaux une nouvelle destination chaque jour, sur ma galerie en ligne et sur mon compte Linkedin pendant la période actuelle de confinement. C’est à la fois une démarche d’évasion, de partage et d’échanges. 

Passing by the Market, Lagos, Nigeria, Polychromos et Digigraphie® lamine sur Dibond®, 80 x 60 (cm), 2018. Copyright © Bertrand Goalou.

Ce voyage à travers l’art nous emmène de manière récurrente en Afrique et en Asie, principalement en Egypte, en Ethiopie, au Niger, au Nigeria, à Madagascar, aux Philippines, au Pakistan et en Tunisie. 

Ce projet a démarré en mars 2020 et est né du contexte actuel de pandémie mondiale. Cette crise sanitaire nous touche tous à différents degrés, ses impacts sont terribles et très anxiogènes. Les mesures de confinement imposées sur la quasi-totalité de la planète, c’est sans précédent. En cette période d’adversité on constate aussi que les énergies se mobilisent et que chacun cherche à se rendre utile à la hauteur de ses capacités, révélant parfois un potentiel d’adaptabilité et de créativité insoupçonné. L’art sous toute ses formes a comme toujours un rôle à jouer et nous pouvons compter sur le digital et les réseaux sociaux pour diffuser de nouveaux projets. 

Les œuvres sont sélectionnées sous le double angle de l’art contemporain et de la mobilité urbaine. Cela correspondent à mes deux casquettes et aussi à mes deux communautés. 

Je suis très heureux du réel engouement que le projet suscite. Le plus important à mes yeux est de susciter des échanges et des partages d’expérience. Comme souvent devant une œuvre d’art, chacun a une lecture très personnelle. Spontanément, l’amateur d’art et les artistes partagent leurs impressions, le voyageur ses anecdotes, les professionnels de la mobilité et de l’urbanisme leur compréhension des lieux, leurs projets. A présent, j’invite chaque jour quelques personnes éminentes dans le domaine de de la mobilité urbaine et de l’art à partager des anecdotes sous l’angle du voyage et de la mobilité. 

#virtualtravels est devenu pour beaucoup un rendez-vous d’évasion quotidien, une parenthèse au bout du monde. Chaque tableau appartient à une série portant sur la ville en question, et il est possible de prolonger l’expérience en consultant le portfolio complet sur ma galerie en ligne. Enfin j’ai la joie de constater que l’audience est réellement internationale avec des connections constatées dans plus 30 pays. Belle illustration des mots d’André Malraux, ‘il semblerait que l’art, soit le plus court chemin de l’homme à l’homme,’ qui prennent une résonance particulière en ces temps de confinement !

Nul ne sait prédire la fin du déconfinement global, une seule certitude il prendra fin et jusqu’au dénouement de cette crise j’entends poursuivre ce projet et continuer à proposer de nouvelles destinations de #virtualtravels et susciter des échanges jour après jour.

Avez-vous une anecdote à partager à propos de vos voyages artistiques ?

Le voyage et surtout la déambulation sont extrêmement propices aux anecdotes. La personne qui dessine ce qui l’entoure intrigue et amuse à la fois. Les passants ne comprennent pas toujours l’intérêt que l’on peut trouver à dessiner leur environnement qu’ils considèrent souvent tellement anodin. Les gens s’approchent très souvent, échangent quelques mots et blaguent facilement. Ils s’amusent de reconnaître leurs amis sur le dessin, et se moquent parfois un peu d’eux. Dans la quasi-totalité des cas, ce moment d’échange est tout simplement apprécié comme une marque d’intérêt et de considération. 

Pour n’en garder que deux, je citerai cette fois au Maroc, où le dessin fut le point de départ d’une invitation à boire le thé puis à dîner. Un moment unique passé dans le village d’Ilmil (au pied du Djebel Toubkal). La beauté de cette invitation spontanée, des saveurs du dîner et des échanges au cours de cette belle soirée étoilée. Et aussi, à la fin de ce même voyage au Maroc, le souvenir d’avoir oublié mon carnet de dessin complet dans un train. C’est là mon premier carnet de dessins de voyages abouti, devenu finalement une œuvre éphémère à la durée de vie très limitée ! L’art pour l’art et la compréhension que l’important était d’avoir vécu ce voyage pleinement et tous ces moments à dessiner.

Au Ghana, ce souvenir d’avoir passé l’après-midi à dessiner des enfants jouant au foot et de n’avoir pu refuser de leur donner tous les dessins à la fin, ils étaient si heureux et fiers de se voir. C’était avant l’iphone et je n’avais donc pu garder aucune trace de ce bel après-midi passé sur la plage du port d’Elmina. Et pourtant, j’ai encore chacun de ces dessins très clairement en tête.

Colorful bus conductor, Peshawar, Pakistan, Polychromos et Digigraphie® lamine sur Dibond®, 80 x 60 (cm), 2017. Copyright © Bertrand Goalou.

Quel serait le projet de vos rêves ?

J’ai une foule de projets artistiques en tête. Parmi eux naturellement, continuer à voyager et poursuivre ma démarche dans d’autres pays et retourner dans les pays que j’affectionne pour les peindre à nouveau en appliquant un nouveau regard et mes nouvelles techniques. Exposer ensuite les séries dans chacun des pays où elles sont nées, la restitution sur les lieux même est une dimension essentielle de mon travail. Continuer à les faire vivre en ligne et à essayer de faire voyager amis et amateurs d’art. Ce serait déjà un réel accomplissement artistique.

Le projet que j’aimerais lancer à court terme est une collaboration avec un (ou plusieurs) écrivain(e), ou journaliste. Ce projet consisterait à voir prolonger par l’écriture, la poésie et les histoires de mes tableaux. Lire et découvrir ce qu’ils inspirent et le voir retranscrire par la plume ajouterait une dimension très enrichissante à l’expérience proposée. Cela passe évidemment par une rencontre artistique. Le projet pourra prendre plusieurs formes : exposition proposant une association visuelle et sonore (tableau+texte+lecture) favorisant l’immersion par l’imaginaire, galerie en ligne selon le même principe (immersion par l’imaginaire virtuel), et évidemment sous la forme d’un beau livre ou d’une série de livres. Quel beau projet !!

Maintenant pour ce qui est du projet artistique de mes rêves et donc un peu dingue, ce serait un projet collaboratif de long terme sur plusieurs continents. Le travail de collage photographique monumental de l’artiste JR résonne particulièrement en moi autant sur la forme que sur le fond. Ce projet nomade serait donc un travail sur la ville à l’échelle monumentale, par le collage de tirages d’œuvres provenant des quartiers où ils sont collés et pensés en fonction des lieux ; une alliance et un dialogue direct entre l’urbain et l’art, mes deux passions. 

bertrandgoalou.carbonmade.com

Linkedin – Instagram @bertrandgoalou


About the Author

est une artiste française qui vit et travaille à Philadelphie. Elle est artiste peintre créatrice de la série POST, revisitant l'histoire de l'art a travers des Instagram peints. Son travail est exposé en galeries et foires d'art. Elle rédige le blog "The Curious Frenchy" et collabore au French Quarter Magazine. https://www.instagram.com/laurencedevalmy/



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