Art & Culture

Published on octobre 24th, 2020 | by Martin Ouellet

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En Tournage Durant une Pandémie et une Révolution Sociale : une Entrevue avec Patricia McKenzie

Au début de septembre, il régnait une chaleur étouffante sur le plateau de “Waking Up Dead,” le plus récent projet hollywoodien de la productrice et actrice québécoise Patricia McKenzie.

Patricia Mckenzie. Photo Crédit : Zack Zublena.

“En plus, l’air climatisé ne fonctionnait pas hier !,” lance la comédienne au bout du fil.

Oui, les manivelles tournent toujours à Hollywood en dépit de la pandémie. Elles ont un peu ralenti, certes, mais elles tournent.

Et compte tenu des circonstances, la fournaise du comté de Los Angeles (plus de 40 degrés centigrades au début du mois) est la moindre des difficultés. Toute l’équipe de tournage est soumise aux restrictions sévères imposées par les autorités de la santé publique. Les acteurs et artisans de la production doivent être contrôlés, testés et doivent respecter les règles de distanciation sociale. Pas facile de faire du cinéma à Hollywood ces temps-ci. Néanmoins, comme on dit, “The show must go on.”

“Il nous est interdit d’avoir plus de 15 personnes sur le plateau. C’est presque infaisable, même pour une petite production. C’est très peu de monde,” explique-t-elle.

“Tout le monde doit être testé tous les deux ou trois jours, la température est mesurée à l’entrée et s’il quelqu’un ne passe pas le test, et qu’il a été en contact avec des membres de l’équipe, toute la production doit s’arrêter. Chaque jour, on ne sait pas si on pourra tourner,” raconte-t-elle, un brin exaspérée.

PatriciaMcKenzieOnSet.
Photo Crédit : Photo taken on the set of Waking Up Dead.
 

“Waking Up Dead” est une comédie au sujet grave, le suicide. En plus de ses responsabilités de productrice, la Québécoise y tient aussi le rôle de Raven, une femme qui en a vu d’autres, et qui s’est recyclée en gourou de la psychopop sur Instagram. Écrit et réalisé par Terracino (Elliot Loves), le film met aussi en vedette Traci Lords (Melrose Place, Cry-Baby), Gabriel Sousa (MARVEL’s AGENTS OF SHIELD) et Judy Geeson (Mad About You, To Sir with Love).

Anecdote : McKenzie ne devait pas jouer dans “Waking Up Dead.” Elle a pris le relais de l’actrice qui s’est désistée en raison de la Covid. Même si elle produit le film, elle n’a pas eu de passe-droit.

“J’ai dû passer une audition comme tout le monde,” rigole-t-elle.

Si ce film est sa priorité dans l’immédiat, Patricia McKenzie ratisse beaucoup plus large et énumère en entrevue toute une liste de projets qu’elles mènent de front : une série mystère ici, une série pour enfants là, les idées défilent à toute allure dans sa tête. C’est un trait de sa personnalité qui s’est révélé dès la petite enfance.

“Je ne tenais pas en place, j’aime organiser des choses, je m’intéresse à tout,” relate celle qui a tâté le piano avant de passer à la danse, à la comédie musicale, au théâtre et au cinéma.

Née aux Îles de la Madeleine d’une maman acadienne et d’un papa originaire de Trinidad, Patricia McKenzie a grandi en français et en anglais à Montréal avant de prendre le chemin de Toronto, puis de la Cité des anges, en passant par l’Afrique du Sud.

Femme indépendante, noire, cosmopolite, Patricia Mckenzie incarne la diversité. Installée à Los Angeles, l’artiste porte un regard on ne peut plus personnel sur le mouvement Black Lives Matter.

“En tant que femme noire, il faut toujours être parfaite, on ne peut pas faire d’erreurs, car cela va se répercuter sur tous les autres noirs, comme groupe. Un noir fait un mauvais coup et ce sont tous les noirs qui sont jugés. On nous juge en groupe,” déplore-t-elle.

Comme s’il faut rappeler l’évidence, “tout le monde est différent, tout le monde a son histoire,” fait-elle valoir, même si les noirs partagent une expérience commune en tant que minorité.

Pour la productrice, Black Lives Matter a le mérite de susciter un débat sur le racisme et sur la place qu’occupent les noirs dans l’univers médiatique. En fait, bien peu de choses ont changé depuis l’époque où, gamine au Québec, elle cherchait en vain une personne “qui (lui) ressemblait” à la Une des magazines ou en vedette à l’écran.

En cela, BLM suscitera peut-être un éveil de conscience, comme l’a fait Me Too, espère-t- elle.

“Avant le mouvement Me Too, les femmes ne se parlaient pas. On vivait les mêmes expériences, mais c’était comme si on n’avait pas le droit d’en parler. Black Lives Matter n’est pas un mouvement parfait, il y a malheureusement de la violence, mais les noirs et les femmes expriment clairement aujourd’hui qu’ils n’accepteront plus d’être des citoyens de deuxième classe,” souligne-t-elle.

Verra-t-on plus de femmes et de noirs à l’écran à l’avenir? La productrice le souhaite de tout cœur, mais elle reste prudente.

“C’est possible, mais ça demeure de la business. Si les personnages noirs et latinos se vendent auprès du public, ça va changer. Sinon, on risque de retourner au statuquo,” dit-elle.


About the Author

mm

est un journaliste et entrepreneur né au Québec. Vivant à Los Angeles depuis 2015, il est le PDG d'Addendum Communication.



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